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La France : tout va bien, l’Allemagne… – Le Contrarien – Matin du 10 juillet 2012

Le Contrarien - Matin du 10 juillet 2012

L’Allemagne commence à en avoir assez

Ambrose Evan-Pritchard, le journaliste du quotidien anglais The Telegraph qui sait encore ce que le mot journalisme peut signifier, a signé un beau papier sur les dernières déclarations du Président allemand (si, si, en Allemagne, ils ont aussi un Président ! )

Je cite les propos exacts en anglais dans le texte (cela fait très sérieux)

German president Joachim Gauck has ordered Chancellor Angela Merkel to clarify exactly what she agreed behind closed doors at the EU crisis summit ten days ago, lending a powerful voice to critics dismayed by the surging costs of euro bail-outs.

« She has a duty to explain in great detail what it means, and what it means fiscally. There seems to be a lack of energy in telling the people what is really happening, » he told ZDF television.

Pour ceux qui ne comprendraient pas trop l’anglais, je vous propose ma traduction « maison » (cela fait très sérieux aussi). En gros (je ne vous ai jamais dit que ma traduction serait précise), le Président allemand demande à la Chancelière Merkel de clarifier précisément ce sur quoi elle a donné son accord derrière les portes fermées du dernier conseil européen de l’ultime dernière chance. Il souhaite également qu’elle explique au passage au peuple allemand ce que cela va signifier pour lui en terme de conséquences et particulièrement fiscales…

J’ai comme dans l’idée que le peuple allemand risque d’arriver rapidement avec sa sagacité légendaire à la conclusion qu’il risque d’être tenu à l’abri pour de très nombreuses années de tout allègement d’impôts ou réduction de la pression fiscale si vous voyez ce que je veux dire…

Bref, on se rapproche du moment où la tentation germanique du refus de payer pour les cigales du Sud risque de se faire beaucoup plus pressant.

D’ailleurs, le débat devient tellement vif en Allemagne que 176 économistes d’outre Rhin ont signé un appel à rejeter l’union bancaire en demandant à chaque citoyen de se rapprocher de son député afin de refuser une solidarité financière sans limite.

Taux qui montent et taux qui baissent

Pendant ce temps, ceux qui pensaient que les taux d’intérêt d’emprunt de notre pays exploseraient avec l’arrivée de la gauche aux affaires en sont pour leur argent…  en effet, pour la première fois de son histoire, la France a levé de la dette ce lundi 9 juillet à des taux d’intérêt négatifs!!

Lors de son adjudication hebdomadaire de Bons du Trésor (BTF), les taux des émissions à 3 mois et à 6 mois sont en effet ressortis à respectivement -0,005% et -0,006%. Le taux moyen de l’émission à 1 an est tombé lui à 0,013%, un niveau historiquement bas.

Cela signifie que, face à la tempête qui s’annonce, les investisseurs se ruent sur les placements de court terme dans une logique de préservation de leur capital. Et ils sont prêts à percevoir des rendements négatifs, autrement dit à perdre un peu d’argent, pour protéger leurs avoirs plutôt que de prêter leurs avoirs à des pays sur lesquels le risque souverain de défaut augmente de manière significative. La France devient par la force des choses le deuxième choix après l’Allemagne pour placer ses avoirs.

Simultanément les taux d’emprunt espagnols et italiens grimpaient sur le marché obligataire. Le taux à 10 ans de l’Espagne est repassé au-dessus de 7%, une première depuis le 19 juin, tandis que celui de l’Italie évolue au-delà de 6%.

La récession en V ou en W…

Vous vous souvenez il y a deux ou trois ans, les débats qui agitaient le landerneau économique? Aurons-nous une reprise en V ou en W ? On s’est empressé de vous expliquer doctement que tout irait mieux que bien, que c’était extraordinaire, que grâce à l’excellent travail des grands mamamouchis de ce monde, le pire était derrière nous et que évidemment, nous allions avoir une reprise en V !! Evidemment il n’en fut rien. D’ailleurs nous sommes peu ou prou exactement dans le même rythme que la crise de 1929 où la bourse atteint son point bas (pour y rester environ 30 ans) 4 à 5 ans après le célèbre Krach de 1929…

Donc soyons honnêtes, la reprise ne sera pas en V, pas non plus en W, puisqu’en réalité il n’y aura tout simplement pas de reprise mais une lente et grande dépression et une mort affreuse et douloureuse (j’en rajoute légèrement, mon épouse trouvant que je suis trop pessimiste).

Les marchés s’inquiètent donc toujours par ailleurs du ralentissement de l’économie mondiale. En Chine, l’inflation est tombée en juin à 2,2% sur un an (ce qui n’est pas du tout une bonne nouvelle), avant les très attendus chiffres de la croissance en fin de semaine.

L’Union Européenne entérine le non respect des engagements

Pendant ce temps toujours, l’Union européenne s’apprête à autoriser l’Espagne à ne ramener son déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) qu’en 2014 au lieu de 2013, selon une source européenne qui s’est exprimée sous couvert d’anonymat (comme on dit dans le cadre des fuites officiellement officieuses).

La décision « devrait être approuvée » mardi au cours d’une réunion des ministres des Finances des 27 à Bruxelles. Des sources européennes avaient indiqué le 30 mai que la Commission envisageait d’accorder un an de plus à l’Espagne pour parvenir à l’objectif de réduire le déficit public à 3% du PIB.

Tout en sachant que les objectifs de déficits budgétaires ne seraient déjà pas non plus tenus cette année. Mais rassurez-vous le Premier Ministre Rajoy en Espagne comme Monti en Italie ont annoncé qu’il y aurait encore plus de rigueur, selon le raisonnement abscons suivant, « si la rigueur ne fonctionne pas, c’est que nous n’avons pas assez fait de rigueur ».  Conclusion logique, la récession va s’aggraver dans ces deux pays.

Mais chez nous, aucun problème, il n’y aura ni austérité, ni rigueur ce qui est vrai, mais taxation massive des riches, c’est à dire des gens qui possèdent 4 sous puisqu’en France, on est vite statistiquement riche (salaire médian de 1 500€/mois).

Des désaccords de plus en plus flagrants

Pendant ce temps encore et toujours, la nécessité pour les Etats de garantir la future recapitalisation directe des banques en difficulté par le fonds de secours de la zone euro semblait faire encore l’objet d’un débat, lié notamment au calendrier de mise en place d’une véritable union bancaire.

Les dirigeants de la zone euro ont décidé le 29 juin de créer rapidement un « mécanisme de surveillance unique » des banques et en ont fait un préalable logique à la recapitalisation des banques par le Mécanisme européen de stabilité (MES).

L’objectif de la recapitalisation directe des banques est d’éviter que le sauvetage des établissements financiers ne vienne alourdir la dette d’Etats déjà en difficulté sur les marchés.

Or un haut responsable de la zone euro avait avancé une version différente. Selon lui, la garantie des Etats sera nécessaire tant qu’une véritable union bancaire ne sera pas en place, rajoutant que cette « union bancaire » prendra beaucoup plus de temps à voir le jour, car elle suppose, en plus du superviseur unique, un mécanisme commun de résolution des crises. Tant que cette union ne sera pas opérationnelle, « le MES ne pourra prendre de participation dans des banques qu’en échange de la garantie des Etats », avait assuré ce responsable.

Sans recapitalisation urgente, les banques espagnoles tomberont puisqu’elles sont déjà en faillite. Encore une fois, le temps de l’Europe n’est ni celui de la crise, ni celui des marchés.

En France tout va très bien, il manque juste 40 milliards d’euros à la BNP

Pendant ce temps là, pour finir, le quotidien belge La Libre Belgique nous apprend que le Belge Lars Machenil, nouveau directeur financier de BNP Paribas (à mon avis plus pour très longtemps), a jeté un pavé dans la mare.

En effet la BNP fait face à un déficit des dépôts dans les filiales italiennes et espagnoles estimé à environ 40 milliards d’euros par l’agence Bloomberg.

Il a laissé entendre que l’excédent de dépôts de Fortis Banque, la filiale belge de la banque française, pourrait servir à combler le déficit de dépôts évoquant un montant de 20 milliards d’euros venant de Fortis Banque et de 10 milliards venant de la filiale suisse, laquelle dispose également d’abondantes liquidités…

Alors que la banque centrale belge (si, si, les banques centrales nationales existent encore) assure qu’il n’y aura pas de transfert d’argent depuis les dépôts de clients belges vers l’Espagne ou l’Italie pour des raisons juridiques, la BNP échafaude déjà des solutions de contournement comme le scénario d’une délocalisation en Belgique des activités du financement à l’exportation et de « project finance » qui aurait l’avantage de ne pas être considéré dans ce cas comme des transferts de fonds intragroupes puisque l’activité serait localisée en Belgique.

Enfin, une nouvelle législation, entrant en vigueur fin 2012, va imposer de limiter les montants des transferts intragroupes à 100 % des fonds propres, ce qui va de fait limiter, pour une banque comme BNP Paribas, les possibilités d’allocation de ses dépôts. D’ou l’urgence de le faire temps que cela est encore possible dans des proportions plus importantes que ses fonds propres.

Si les médias belges commencent à se faire écho d’un véritable problème à ce sujet, vous remarquerez le silence assourdissant des journalistes français, qui sont sans doute déjà tous en vacances.

Si les dépôts de nos banques partent renflouer les déficits des filiales de l’Europe du Sud, que nous restera-t-il ?

Vous allez vous faire ruiner, rincer, laver, karchériser, ravager, piller et anéantir votre épargne. C’est cela la conséquence ultime d’une telle information.

Un instant, oui… hein ? quoi ?… hooo, bon d’accord, oui excusez moi, c’est ma femme qui regarde par dessus mes épaules (elle est en vacances et les enfants aussi…), elle trouve (encore) que je suis trop pessimiste, je crois qu’elle a raison pour aujourd’hui,  puisqu’une nouvelle réunion de l’Eurogroupe devrait se tenir le 20 juillet.

Avouez, vous êtes rassurés maintenant non ? Dans 11 jours l’Eurogroupe se réunit, c’est une bonne nouvelle, vous n’allez pas faire vos contrariens tout de même !

Non ?

C’est normal, la question reste toujours, combien de temps nous reste-t-il avant l’Eurogeddon?  (…) LIRE LA SUITE DE L’EDITO DE CHARLES SANNAT 

 

>>> LE CONTRARIEN DU MATIN 10 JUILLET – LISEZ L’INTEGRALITE <<<



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Réflexions
" Ce qui compte pour un alpiniste, c'est son effort, c'est son adresse, ce sont ses muscles. La corde qui l'assure ne joue aucun rôle tant que tout va bien. Mais elle lui donne la sécurité. De même, l'or ne sert qu'à garantir la confiance. C'est un refuge. "