Or et Bitcoin : le nouveau bimétallisme ?

par | 20 Fév 2026 | Or | 0 commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

Au XIXᵉ siècle, l’Europe et les États-Unis vivaient sous un régime monétaire aujourd’hui disparu : le bimétallisme. Deux métaux, l’or et l’argent, coexistaient comme étalons officiels avec des ratios or/argent imposés par la loi. Et si, aujourd’hui, le rapport entre l’or et le bitcoin devenaient les deux faces d’un nouveau « bimétallisme » ?

Au XIXe siècle un bimétallisme pas si stable que ça

Le principe du bimétallisme, c’est que le ratio entre l’or et l’argent était imposé par la Loi. Aux États-Unis, après le Coinage Act de 1792, le ratio or/argent est fixé à 1/15. Dans l’Union monétaire latine, il est de 15,5/1. Et bien sûr la convertibilité entre les deux métaux était possible.

L'or et le bitcoin forment-ils un nouveau bimettalisme

Mais très souvent, le marché imposait un ratio qui ne correspondait pas à celui prévu par la loi. 

Ainsi, la monnaie sous-évaluée par la loi par rapport à sa valeur de marché disparaissait de la circulation, stockée, fondue ou exportée. La monnaie surévaluée  (toujours par le ratio légal) devenait celle que l’on utilisait pour payer. C’est le principe de la loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».

2020 : naissance d’un “double étalon” informel

Deux siècles plus tard, la question se pose à nouveau : peut-on dire que le rapport entre l’or et le bitcoin est une forme moderne du bimétallisme ?

La pandémie de Covid-19, ce moment « extra-ordinaire » à l’échelle de la planète, a vraiment provoqué des bouleversements dans de nombreux domaines.

Une situation monétaire et financière particulière

Dans le secteur de la monnaie et des politiques monétaires, la situation a brusquement changé. On relève une expansion monétaire massive, des taux réels au départ négatifs, une véritable défiance latente vis-à-vis des monnaies fiduciaires, et le retour de l’inflation. Les actifs non monétaires et tangibles ont vu leur rôle être décuplé.

L’or et le bitcoin sur le devant de la scène

L’or a d’abord joué son rôle traditionnel de valeur refuge. De son côté, le bitcoin a capté le surplus financier injecté via le « quoi qu’il en coûte » en France, et par d’autres modes de financement dans d’autres pays du monde. Le surplus d’épargne accumulé pendant les mois de confinement a aussi atterri dans des portefeuilles crypto.

Le bitcoin prend de la hauteur

En novembre 2021, le roi des crypto-actifs inscrit un premier sommet historique autour de 68 742 dollars alors qu’il n’était même pas à 15 000 dollars un an avant. L’actif numérique ne se présente plus comme une simple innovation technologique réservé aux geeks. Il entre dans la cour des grands, avec notamment le gestionnaire de fonds mondial Blackrock. Ce dernier s’autorise à investir dans le crypto-actif en janvier 2021 après l’accord de la SEC, l’autorité de régulation financière américaine.

Une version contemporaine de loi de Gresham

Durant cette phase, les flux privilégient la spéculation plutôt que la stabilité. Le bitcoin devient la monnaie qui capte les mannes d’argent frais. L’or semble presque immobile en comparaison, mais il ne chute pas pour autant.

Comme le prix des deux actifs n’est pas fixé par une autorité monétaire, il n’y a pas de contrainte légale. Donc on ne peut pas appliquer la loi de Gresham comme au temps du bimétallisme or/argent. Mais il y a hiérarchie implicite des préférences. La monnaie la plus spéculative génère le plus de circulation de capital. La mauvaise monnaie chasse la bonne ?

2022 : la corne d’abondance se tarit

En 2022, les États sifflent la fin de la récré : c’est le resserrement monétaire. Les taux montent, il y a moins d’argent disponible. La tolérance au risque se réduit brutalement.

Le bitcoin est délaissé, l’or conserve ses fondamentaux.

En novembre 2022, le bitcoin chute à 15 800 dollars : il passe du statut de placement alternatif à celui d’actif risqué. L’or reste plutôt stable, avec une tendance haussière. C’est un actif de réserve des banques centrales et une assurance contre les crises géopolitiques.

La comparaison entre les deux « bimétallismes » s’affine

Au XIXᵉ siècle, la monnaie la plus sous-évaluée par le ratio légal par rapport au prix du marché disparaissait de la circulation. En 2022, l’actif perçu comme le plus risqué disparaît des portefeuilles.

Il ne s’agit plus d’une loi de Gresham monétaire, mais d’une loi de Gresham sur les flux. Dans un environnement économique contraint, c’est la valeur la plus « universelle » qui l’emporte.

2023–2026 : la spécialisation des rôles

En mars 2025, l’or franchit pour la première fois les 3 000 dollars l’once. Et dans l’ensemble, l’année 2025 enregistre une succession de records. Au début de l’année 2026, la barre mythique des 5 000 dollars est passée. On frôle même les 5 500 dollars le 29 janvier 2026 avant revenir autour d’un support à 5 000 dollars.

Pendant ce temps, le bitcoin touche un plus haut stratosphérique à 122 000 dollars en octobre 2025, avant de chuter pour se retrouver autour de 66 000 dollars début 2026. Son comportement semble vraiment dépendre des conditions financières et de la liquidité disponible.

On n’assiste pas à la disparition de l’un au profit de l’autre mais à un positionnement complémentaire des deux actifs. L’or passe de valeur refuge à réserve de valeur, avec une augmentation des stocks des banques centrales, mais aussi une présence plus importante dans les grands fonds d’investissements. Le bitcoin est-il en train de gagner en sagesse ?

Une différence fondamentale avec le XIXᵉ siècle

Le parallèle est séduisant, mais il faut rester précis. Le bimétallisme historique reposait sur un prix administré, un ratio légal. Le système or/bitcoin, en revanche, est intégralement lié aux évolutions du marché.

Pas de ratio légal pour l’or et le bitcoin

Il n’y a pas de ratio fixe entre l’or et le bitcoin. Pas de convertibilité légale, pas de pouvoir libératoire commun. Il ne peut donc pas y avoir de disparition mécanique d’un des actifs au profit de l’autre comme le démontrait la loi de Gresham. L’or et le bitcoin, c’est un bimétallisme financier voire, osons le dire, un bimétallisme de storytelling. Aujourd’hui, ce sont les événements macroéconomiques et monétaires, les crises, le récit de l’époque qui influencent les mouvements de l’or et du bitcoin. Les autorités monétaires et financières n’ont pas la main sur leurs cours.

Vers quel équilibre ?

Historiquement, le bimétallisme n’a jamais tenu. Il finissait toujours par basculer vers un étalon dominant. Est-ce que l’un des deux actifs finira par dominer symboliquement le rôle de “réserve ultime” ? Ou bien assistons-nous à une nouvelle architecture financière où coexistent durablement deux formes de rareté : l’une physique, l’autre numérique ?

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Rosoor, Benjamin
Je suis entrepreneur sur le web depuis 1999. Diplômé de l'école de journalisme de Bordeaux, j'ai tout d'abord été journaliste-reporter radio pendant 10 ans. J'anime plusieurs médias sociaux et blogs sur les entreprises, la tech, la finance, le marketing digital.

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