Les argentins défient l’interdit en déjouant les lois : l’achat d’or a augmenté de 50 % dans les pays limitrophes. Au Chili et en Uruguay, la demande est très impressionnante venant des épargnants locaux. Ils utilisent la monnaie argentine et les achats vont de 2000 à 10000 dollars. Les transactions ne se font pas au taux du dollar officiel. Elles sont plutôt considérées comme des investissements à long terme. Quelles perspectives offre ce métal jaune?
Il est devenu difficile de faire l’acquisition d’actifs. En effet, devant l’impossibilité d’acheter des dollars, beaucoup recourent à tous types d’alternatives afin de ne pas demeurer restreints au peso argentin. Une d’elles est la thésaurisation de l’or. Or, il s’agit d’une tactique peu convenante au vu des restrictions officielles qui interdisent son acquisition. Le tant convoité et précieux métal n’est alors commercialisé que par le Banco Ciudad, avec un plafond d’achat estimé à 100g.
Pourquoi une telle exclusivité ? Notamment parce que le Banco Ciudad vend la « version argentine ». En d’autres termes, des lingots qui proviennent de la fonderie d’objets vendus par le peuple.
Comme il s’agit d’or national, il n’est pas requis d’autorisation particulière de l’AFIP (Administración Federal de Ingresos Públicos). Alors, quel est le problème ? De par sa qualité moindre – en comparaison à l’or international – il est ensuite difficile à revendre. Ceci, en plus du fait qu’il se commercialise en monnaie locale ou du moins en passant par le dollar ‘blue’ aussi appelé dollar parallèle (1).
Les argentins qui peuvent voyager ont pu trouver une solution à cette situation : ils passent les frontières.
En effet, depuis le mois de mai, une grande affluence d’argentins se ruent sur les bureaux de change au Chili et en Uruguay. Marqués par les restrictions du gouvernement , les argentins choisissent de traverser la frontière pour effectuer des opérations, dont certaines en pesos.
Le nombre de consultations et opérations ont explosé de plus de 40% et, selon les prédictions des sources consultées, tout porte à croire que ce mouvement continuera d’augmenter.
Option Trans-Andine
Dans le cas de l’option Chilienne, comme le confirme iProfesional.com, les argentins cherchent à convertir leur argent en métal précieux. Celui-ci est importé depuis le Canada et les Etats-Unis par une firme trans-Andine.
La société Aurica Metales, basée à Las Condes, à Santiago de Chile, confirma l’augmentation significative de la quantité d’opérations effectuées par les argentins, en précisant que les montants descendaient rarement en dessous de 2.000 dollars.
Des porte-paroles de la société spécifièrent que, sur ces trois derniers mois, «au moins 4 transactions sur 10 terminaient sous la forme de pièces». Et ils faisaient référence à «des acquisitions qui arrivaient à atteindre l’ordre des 10.000 dollars ».
« Ils viennent d’endroits différents du pays, mais la quantité d’intéressés qui viennent des provinces proches, comme Mendoza, s’est multipliée par dix », expliqua Jaime Muñoz, directeur général de Aurica Metales.
Il existe deux modes opératoires : l’achat de métaux physiques (des pièces en majorité) ou la garde en coffres.
Autrement dit, selon Jaime Muñoz , «la valeur légale n’a aucun rapport avec la valeur réelle. Par exemple, les American Gold Eagles de 50$ dépassent les 1.800$ ! ».
Selon le responsable de Aurica, l’évolution de la demande est passée de 5 à 10 onces, en début d’année, à presque 100 onces maintenant. « Le bouche à oreille fonctionne très bien, les clients argentins affluent», affirma-t-il.
Le mode opératoire au Chili consiste à échanger des pesos argentins en pesos chiliens. Pour l’acheteur qui se trouve de ce coté de la cordillère, le rapport avec le dollar est très similaire au taux du dollar ‘blue‘ : 6,4$ pour chaque devise nord-américaine.
Aurica dispose d’un accord de représentation de la firme canadienne Kitco, un des plus grands fournisseurs au monde, situé à Montréal.
Ceci leur permet d’importer au Chili des pièces d’or d’environ 22 et 24 carats en moins d’une semaine.
Comme alternative, la société offre le service de garde, principalement réservé à ceux qui choisissent d’acquérir des lingots allant jusqu’à 400 onces, avec un coût additionnel lié à la maintenance.
En échange d’un titre de propriété, il peut être proposé de garder l’or dans les coffres du Royal Canadian Mint pour des montants supérieurs (allant jusqu’à 300.000$ selon certains cas). A ceci, il faut ajouter un coût annuel de 1% sur la valeur détenue en coffres, qui sera débité au moment de la liquidation.
La courbe ascendante de la cotation internationale de l’or des 5 dernières années a suscité beaucoup d’intérêt. Des 700$ l’once en Août 2007 à ce mois-ci, l’évolution a été des plus surprenantes : l’once dépasse les 1.600$. Ce qui fait presque deux fois et demi le montant initial.
A ce jour, les gens préfèrent détenir de l’or physique.
D’autres facteurs relèvent de la fiscalité et de liquidité : selon la loi chilienne, les pièces d’or sont exonérées de TVA. Les argentins préfèrent les pièces d’or car elles sont disponibles rapidement à contrario du lingot qui, lui, est impossible à fractionner.
Ce qu’offre l’Uruguay
La nation trans-andine n’est pas le seul endroit attractif pour les argentins qui visent le métal jaune.
Les bureaux de change en Uruguay contactés par iProfesional.com affirmèrent que, durant les trois derniers mois «le niveau de consultations et de transactions d’achats de la part d’argentins avait augmenté jusqu’à 50% ».
« La demande continue de croître de manière constante. Les achats vont des lingots aux pièces d’or. Maintenant, nous ne proposons plus que des libras d’or alors qu’il y a quelques jours nous avions encore des pièces mexicaines. Il y a un grand intérêt de la part des argentins », confirma un agent de Cambio 18.
« Nous n’avons pas de problème à vendre directement depuis le comptoir jusqu’à une valeur de 3.000$. Au delà de ce chiffre, il faut justifier l’origine de l’argent qui fait l’objet de l’investissement, mais rien de plus », affirma-t-il.
Dans le cas de Cambio 18 , l’entreprise de services financiers prend comme moyen de paiement le peso uruguayen bien que de plus en plus de bureaux de change acceptent la monnaie argentine.
Pour citer un cas en particulier, Gales Casa Cambiara soutient cette alternative.
« Les paiements en pesos argentins sont acceptés. Et la cotation fixée pour un lingot d’une once, par exemple, est de 1.770$. Les pièces, en contre partie, accusent une moyenne de 1.800$ », informa un représentant de l’entreprise à iProfesional.com.
iProfesional.com constata que choisir d’acheter dans ce pays impliquait le paiement d’une taxe additionnelle de 14%, dû au fait que le rapport peso argentin-dollar accusait une différence de 7,30 dans le pays voisin.
Les argentins sont desemparés devant de telles restrictions. Passer les frontières n’est pas à la portée de tous. Ainsi, un certain ‘marché noir d’achat de devises dollars ou euros’ s’est développé dans le pays mais à quel prix ?
(1) ‘dollar bleu’ ou dollar ‘parallèle’ par opposition au billet vert. Il est acheté à pas moins de 6.4 pesos sur le marché noir, soit 33 % plus cher que le taux officiel (4,5 pesos). Le gouvernement argentin a instauré un contrôle strict quant aux changes et sorties de capitaux. Les argentins utilisent le dollar pour se protéger d’une inflation croissante estimée à 25% par an.