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Posts Tagged ‘crédit’

The European crisis – the courage to act

Jeudi, août 5th, 2010

The European Union is facing an economic and political crisis that threatens the single currency, exposes greed, bureaucratic strangulation, unsustainable social welfare programmes, raises questions on protectionism and the very fabric of the free market. If that was not enough, the weakness of its leaders becomes apparent and two of the giants France and Germany support a different solution. There is a very English phrase “ to muddle through” and that is what European leaders have been doing and hope they can continue doing so as not to put emphasis on radical change that can upset the apple cart either internally or externally. Muddling through depends on growth. LIRE LA SUITE SUR NOTRE BLOG ANGLAIS, GOLDCOIN.ORG

Acheter des pièces d’or est un acte militant.

Mercredi, janvier 6th, 2010

Pourquoi acheter ou vendre des pièces d’or au 21ème siècle ? Cette question je me la suis posée de nombreuses fois à titre personnel et aussi en tant que président d’AuCOFFRE.com.

A titre personnel, avant de m’intéresser à l’or, j’ai d’abord été lecteur de gens tels que Bill Bonner ou bien Paul Krugmann. J’avais alors l’intime conviction, dès la fin 2007, que tôt ou tard nous allions payer les dérives des systèmes financiers et monétaires. Comment était-il possible que des organismes de crédit puissent continuer de prêter à des gens qui ne seraient même pas capable de rembourser les seuls intérêts d’emprunt du bien qu’ils allaient acheter ? Comment le pays le plus endetté du monde, les USA, pouvait-il continuer de vivre au crédit du reste des nations ? Comment ce même pays peut-il en toute impunité jouer de la planche à billets pour financer son économie sans en payer le véritable prix un jour ou l’autre ? La crise actuelle a déjà apporté son lot de réponses mais le pire reste à venir car aucun problème n’est réglé. Cela arrange trop de monde que l’on puisse poursuivre les affaires « as usual » là où une refonte profonde serait nécessaire. Le G20 proclamait haut et fort avoir apporté des solutions. En fait, tout ça n’était selon moi que de la poudre aux yeux pour journalistes ou bien Hedge founds en attente d’un signe de reprise. Un Madoff n’était finalement qu’un produit dérivé de ce système perverti et les paradis fiscaux avaient bon dos. Le gros du problème reste à régler : que faire d’un dollar qui n’a de valeur que la confiance que l’on a dans la richesse des américains, et d’un système financier déconnecté de la réalité . « Pourquoi voulez-vous que ma Banque investisse dans les entreprises lorsqu’elle dégage tant de profits avec les produits dérivés » disait en substance Daniel Bouton, l’ex-président de la Société Générale. Toute la crise que nous vivons et que nous allons vivre se résume finalement à la phrase de ce banquier.

De nombreux défenseurs de ce système prônent que c’est grâce à lui que les entreprises se développent, que l’économie avance pour le bien être de tous. Ils nous feraient presque croire que ce sont eux qui ont apporté l’eau courante et la lumière dans les foyers, ou plus récemment le téléphone puis l’internet. Ce n’est que le discours de personnes qui veulent légitimer l’existence de l’argent casino des marchés financiers. Savez-vous que seules 8% des sociétés qui ont levé plus de 75000 $ finissent dans le top des sociétés les plus profitables aux USA ? (Etude Inc). Nombreuses sont les sociétés pour lesquelles une existence en bourse relève plus des relations publiques voulues par leurs investisseurs que d’une réelle possibilité de financement. Faisant de manière objective le constat de ce que cela leur coûte et des bénéfices, beaucoup de dirigeants se retireraient des marchés s’ils avaient encore suffisamment d’autonomie au sein de leur propre boite. Les grands gagnants dans un casino ne sont ni les joueurs ni les croupiers distributeurs de cartes mais le casino lui même. Les retraités américains, qui avaient misé leurs vieux jours sous forme d’actions de sociétés trop grosses pour faire faillite, en tirent à présent les leçons.

jf_autravail

Jean-François FAURE est l'éditeur du blog LORetLARGENT.info et président fondateur d'AuCOFFRE.com SAS.

Bref, fin 2007 je souhaitais acheter de l’or pour assurer mes arrières face à ces problèmes que je pressentais. Mais pourquoi l’or ? Je pourrais vous déballer à nouveau les 10 bonnes raisons que vous lirait dans notre guide mais au final, je ne dirais qu’une chose : acheter des pièces d’or, ça a du sens. Du sens car c’est tangible et relève aujourd’hui clairement d’une action militante. Un membre (client) d’AuCOFFRE.com m’a clairement dit au téléphone «Je vous achète des pièces d’or car j’emm…e mon banquier qui tente de me vendre des forfaits de téléphone mobile, des alarmes ou des services à la personne plutôt que de faire correctement son métier de base. Si je pouvais, je retirerais tout l’argent que j’ai chez lui. Je vais déjà commencer par fermer mon livret A». Sans pour autant jeter la pierre à toutes les banques, je partage parfois le point de vue de ce membre lorsqu’on tente de me vendre des produits complexes que le banquier n’est pas lui même capable de m’expliquer en dehors des taux de rentabilité théoriques que je pourrais lire tout seul sur la brochure en papier glacé.

L’or ne va pas promettre une rentabilité ou un rendement (il en serait bien incapable). Le rendement c’est une notion que j’associe à la valeur travail. L’or sous forme de pièces d’or doit être plutôt vu comme la plus belle des assurances. Une assurance dont vous pouvez récupérer un jour ou l’autre une bonne partie de la mise et qui révèle tout son potentiel lorsque le reste de votre patrimoine se porte mal. L’or est un placement simple, compréhensible, que vous pouvez expliquer à vos proches et dont vous pouvez même leur faire profiter. Vous pouvez offrir des pièces d’or à ceux que vous aimez (que ce soit de la main à la main ou bien sous forme de chèque cadeau pour les plus modernes), même s’ils ne connaissent rien à l’or, ils savent tout de suite la valeur de ce présent. Pensez-vous que ce soit possible, ou tout au moins avec autant de sens, s’il s’agissait d’un tracker avec le cac40 comme sous jacent ?

Dans nos pays nous avons trop tendance à vouloir nous arranchir pendant notre sommeil, pendant que nos actions grimpent, et à nous protéger grâce au travail des autres. Ce raisonnement a provoqué la crise de 29 et celle que nous vivons actuellement. Que font des pays comme l’Inde et la Chine pendant ce temps ? Pour s’enrichir ils travaillent et pour se protéger ils achètent de l’or.

Les pièces d’or ne sont pas une promesse comme un vulgaire bout de papier, elles portent en elle leur propre valeur. Elles sont le placement d’avenir d’un monde qui recherche la simplification, la franchise et le retour à des valeurs solides.

Et pour vous enrichir ? Travaillez plus ou bien investissez dans les entreprises de vos amis.

Jean-François FAURE

Appel à témoignagne : Vous souhaitez parler d’une mauvaise expérience avec votre banque ou votre banquier ? Vous souhaitez réagir à propos des dérives des banques et du système financier ? Vous avez une idée précise de ce  à quoi devrait ressembler une banque respectable aujourd’hui ?
Envoyez nous vos réactions sur info[ AT ]loretlargent.info (remplacez [ AT ] par @), elles donneront lieu à un article spécifique.

Les Français continuent de consommer

Mardi, mai 19th, 2009

Guy Lagache : En ce moment, qu’on soit directement touchés par la crise ou inquiets pour les temps à venir, on cherche tous des solutions pour doper son pouvoir d’achat. Y en a-t-il vraiment ? Quels sont les moyens pour dépenser moins et s’agissant des prix, sont-ils en train de devenir plus abordables qu’avant ? Alexandre Leo, bonsoir, vous êtes économiste, vous observez les grandes tendances en matière de consommation. Justement, dans le contexte actuel, est-ce que les Français continuent à consommer ou ont plutôt tendance à se serrer la ceinture ?

Alexandre Leo : La bonne nouvelle est que les Français continuent de consommer. En ce début d’année 2009, la consommation est supérieure à ce qu’elle était l’année dernière. Ça peut paraître fou.

Guy Lagache : Alors qu’il y a crise ?

Alexandre Leo : Alors qu’il y a la crise, alors que tout le monde dit qu’il faut arrêter de consommer, qu’il faut mettre de l’argent de côté, qu’il n’y a plus de crédits, les statistiques et les chiffres bruts montrent que la consommation ne s’est pas effondrée. Au contraire, elle continue de progresser par rapport à l’année dernière.

Guy Lagache : Comment l’expliquez-vous ? Parce que selon une étude récente 68 % des Français pensent que leur pouvoir d’achat a baissé.

Alexandre Leo : 68 % des Français pensent que leur pouvoir d’achat a baissé, je peux les comprendre, mais les statistiques montrent que le pouvoir d’achat de l’ensemble des Français a continué de progresser en fin d’année dernière et le pouvoir d’achat va sans doute continuer de progresser au premier trimestre. Il faut comprendre qu’à l’été 2008, on a eu un pic d’inflation qui était lié à la hausse des cours des matières premières.

Guy Lagache : Prix du pétrole ?

Alexandre Leo : Prix du pétrole, le prix à la pompe, on payait 1,10 € pour le litre d’essence, c’est passé à plus de 1,50 €.

Guy Lagache : 150 $ le prix du baril.

Alexandre Leo : Exactement. Ça a été divisé par trois depuis juillet dernier, c’est exceptionnel et ça a donné du pouvoir d’achat aux ménages sans pour autant qu’on le ressente parce qu’effectivement, sur la fiche de paie, on n’a pas vu d’évolution fulgurante. Il faut le comprendre, le pouvoir d’achat peut augmenter avec une évolution zéro des salaires. Il suffit que les prix diminuent, c’est ce qui s’est passé et ce qui explique pourquoi il y a une sorte de divorce entre la réalité du pouvoir d’achat et les sentiments qu’en ont les Français.

Guy Lagache : C’est-à-dire que, finalement, le pouvoir d’achat continue d’augmenter parce que les prix ont baissé. Est-ce qu’il y a d’autres raisons, par exemple des raisons liées à l’emploi ? On parle beaucoup de licenciements et de chômage, mais est-ce que par exemple en France, comparé à d’autres pays, on n’est pas finalement un pays où les emplois sont davantage sécurisés ?

Alexandre Leo : Vous avez raison de parler de la hausse du chômage. Effectivement, le chômage est en train d’augmenter très vite, mais en même temps, en France, il y a une sorte de coussin de sécurité, d’airbag de l’emploi qui est le poids de l’État, l’État qui emploie beaucoup de fonctionnaires ou d’assimilés fonctionnaires, autant de personnes qui ne verront pas leur pouvoir d’achat baisser en 2009.

Guy Lagache : Et ça, ce n’est pas anecdotique, ce nombre d’emplois liés directement ou indirectement à l’État ?

Alexandre Leo : Directement ou indirectement, vous avez près de 7 millions de personnes dont les revenus dépendent de l’État, c’est colossal. Après, vous avez une autre catégorie, c’est les retraités. En France, on a un système de retraite par répartition, c’est-à-dire que c’est les actifs qui payent les personnes qui sont à la retraite. Et ces personnes-là ont également leurs revenus sécurisés pendant la crise. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire tout simplement qu’il y a tout un volet de la population française qui est abrité de la crise.

Guy Lagache : Donc ces gens-là n’ont pas peur de consommer ?

Alexandre Leo : Ces gens-là n’ont pas peur de consommer et ça explique qu’il n’y ait pas d’effondrement de la consommation en France.

Guy Lagache : Donc la consommation augmente et en même temps, il y a quand même un paradoxe, c’est qu’on voit qu’il y a des secteurs sinistrés : textile, je ne parle même pas de l’automobile. Comment vous expliquez ça ? La consommation d’un côté augmente, mais de l’autre il y a les produits qu’on ne consomme pas.

Alexandre Leo : La consommation augmente, mais les Français vous diront également, on fait des arbitrages, c’est le concept aujourd’hui de ce qu’on appelle du « radin malin ». Les gens veulent continuer à consommer, mais ne veulent pas trop dépenser non plus, ils ne veulent pas faire n’importe quoi, et on est toujours à la chasse aux bonnes affaires. Donc ça peut être des achats groupés, des achats en ligne et on a vu d’ailleurs que les soldes de janvier avaient très bien démarré. D’ailleurs, les achats de textile avaient explosé en janvier.

Guy Lagache : Simplement, ce sont des discounts.

Alexandre Leo : Voilà. Pour ce qui est de l’automobile, on voit bien que la prime à la casse et le bonus écologique permettent tout de même de doper les ventes, mais les ventes de certains produits spécifiques. Des petites voitures écologiques, citadines, qui consomment peu, qui bénéficient du bonus écologique et de la prime à la casse continuent à se vendre. Là encore, c’est un changement de la nature du marché auquel on est en train d’assister.

Guy Lagache : Dernier point, pour le profane, il y a quelque chose d’incompréhensible : si la consommation marche bien, comment se fait-il qu’il y a la crise ?

Alexandre Leo : Si la consommation marche bien, ce n’est pas tout. Vous savez, ce qui fait la croissance, c’est également les résultats des entreprises. Mais les entreprises n’investissent plus trop et surtout pâtissent d’une demande qui leur est adressée depuis l’international, qui est extrêmement faible. Donc la crise, elle est là, elle est réelle. Je suis économiste, donc je suis forcément un peu cynique, le chômage va augmenter, ça va pénaliser le pouvoir d’achat de certains Français, mais il y a d’autres Français dont les revenus seront assurés, qui verront leur pouvoir d’achat augmenter tout simplement parce que les prix auront baissé par rapport à l’année dernière.

Transcription par ABWtrad.com de l’émission Capital/M6

Entre patrimoine virtuel et patrimoine palpable

Samedi, avril 18th, 2009

Et si l'avenir des placements anti-crise c'était gérer virtuellement de l'or bien réel ?

La crise économique que notre planète traverse, à défaut d’être confortable, a au moins pour mérite d’avoir mis au grand jour un certain nombre de dysfonctionnements, un bon nombre d’entre eux étant survenus – voire survenant encore et toujours – au sein d’organismes à qui pourtant, très majoritairement, les états et gouvernements avaient, depuis des décennies, accordé une très large confiance : les établissements financiers. C’est-à-dire, schématiquement, les banques, les organismes de crédit et les établissements spécialisés dans l’épargne (même publique).

Aujourd’hui la crainte des épargnants – et du commun des mortels – n’est plus tant de savoir si leurs économies sont raisonnablement fructueuses, que de savoir si elles ne sont pas tout simplement volatiles. L’on sait que l’Etat français garantit les dépôts bancaires à concurrence de 70.000 euros par personne, mais jusqu’à quel point ? Et si une faillite massive – que l’affaire Madoff aurait d’ailleurs pu parachever – survenait ? Si les plus grandes banques françaises en arrivaient au stade de la liquidation ? Combien représenteraient, pour l’économie publique, ces garanties tendant ainsi à dédommager des dizaines de millions de personnes ? La France elle-même ne se retrouverait-elle pas, elle aussi, en dépôt de bilan ?

Même parmi les personnes qui n’ont pas 70.000 euros en banque – et elles sont une majorité -, mais aussi, à plus forte raison, parmi celles qui les ont ou qui ont même davantage, il se trouve un nombre croissant d’individus qui n’ont plus du tout confiance en les établissements bancaires, et qui, tous comptes faits, préfèrent finalement vider leurs comptes bancaires et récupérer leurs pactoles pour les protéger  » sous le matelas  » (ou dans le  » bas de laine « , pour citer une autre expression consacrée). C’est bien sûr sans compter les risques d’incendie, d’inondation, de cambriolage ou de toute autre forme de sinistre, mais au final, ces risques, même cumulés, sont-ils réellement plus élevés que celui de voir sa banque s’effondrer, puis l’Etat de se retrouver dans l’incapacité d’assumer les garanties données ?

Un autre signe des temps, il existe une tendance sans cesse croissante, et on la doit à l’avènement d’Internet. Il s’agit des établissements que l’on peut qualifier de  » semi-bancaires « , tels Paypal, Moneybookers ou Google Checkout. Chaque jour, des millions de transactions entre particuliers mais aussi entre professionnels échappent au contrôle des banques (pas de chèque, pas de virement, pas de transaction par carte bancaire), mais aussi des services d’acheminement du courrier (pas de mandat-cash non plus !).

Du 100 % virtuel, voilà qui serait une bonne idée. Après tout, grâce à l’argent-dette, c’est ce que font les banques depuis des décennies : vous prêter de la monnaie qui n’a jamais été frappée (au sens technique du terme), et seulement en dernier recours (retrait au guichet ou au distributeur) la convertir en monnaie palpable. D’ailleurs, même votre salaire est virtuel. Il n’est rien de plus qu’un jeu d’écritures entre deux banques, par banque centrale interposée (ce que l’on nomme chambre de compensation, qui ne pratique jamais de compensation au franc le franc, pour des raisons inhérentes au système monétaire).

La bonne formule, la plus rassurante, sans doute la plus équilibrée aussi, serait de combiner le virtuel, finalement plus sécurisant que le système bancaire, avec des valeurs sûres et palpables (or, argent, etc.).

Article écrit par Jean Lançon

Retour sur les enchaînements de la crise

Mardi, mars 24th, 2009

Vous étiez en vacances sur Mars depuis un an et vous ne comprenez pas pourquoi le monde se porte visiblement plus mal aujourd’hui. Petit retour sur les enchaînement de la crise. Proposé par une note de conjoncture de l’INSEE.

La crise financière s’est auto-entretenue et propagée dans un contexte de défiance généralisée.

Bien qu’elle ait paru initialement ne concerner que le marché des subprimes aux États-Unis, la crise s’est progressivement propagée à l’ensemble des marchés financiers et à l’économie « réelle » à travers un certain nombre de mécanismes.

Les défaillances des emprunteurs américains ont créé une baisse auto-entretenue des prix de l’immobilier. En effet, lorsque la dette d’un ménage américain est supérieure à la valeur de son bien immobilier, il a la possibilité d’annuler le remboursement de sa dette et de se faire saisir sa résidence, qui est alors mise en vente par le créancier. Ce mécanisme, en augmentant la quantité de biens immobiliers mis en vente, a entraîné à la baisse les prix de l’immobilier et accru le nombre de ménages arrêtant de rembourser leur dette, entretenant ainsi une spirale baissière. Les défauts sur les crédits immobiliers et les procédures de saisie se sont ainsi multipliés aux États-Unis.

La crise financière s’est progressivement répandue à l’ensemble des marchés financiers, en commençant par les États-Unis. Les primes de risque, c’est-à-dire le supplément de rémunération demandé par les prêteurs pour couvrir le risque de défaut, ont augmenté sur les produits issus de la titrisation, reflétant la révision à la hausse des probabilités de défaut et une moindre appétence pour le risque. Le manque de transparence, lié à la multiplication des intermédiaires entre le prêteur et l’emprunteur, a rapidement provoqué une crise de confiance : ne pouvant discriminer avec certitude entre les bons et les mauvais actifs, les agents économiques se sont détournés de classes entières d’actifs. Notamment, les titres adossés aux prêts immobiliers dont l’évaluation était jugée trop incertaine n’ont plus trouvé d’acheteur.

La comptabilisation des actifs à la valeur de marché (à l’exception de ceux explicitement acquis pour être conservés jusqu’à échéance) a contraint les banques à enregistrer immédiatement la chute de leur valeur. À partir de l’été 2007, les banques ont donc dû passer chaque trimestre dans leurs comptes des dépréciations d’actifs. Or les banques sont tenues de respecter des ratios dits « prudentiels » (ou
ratios de solvabilité), définis par une part minimale de capitaux propres relativement à leurs actifs auxquels on donne un poids d’autant plus fort que le risque associé est élevé, conformément aux critères dits « de Bâle ». En outre, le recours des banques à des sociétés intermédiaires leur avait permis de contourner cette réglementation en excluant certains actifs de leur bilan. Mais comme la perte de
valeur des actifs menaçait la survie de ces intermédiaires, les banques ont été contraintes de les réintégrer dans leur propre bilan, le détériorant d’autant. Afin de rétablir les ratios prudentiels, les banques ont vendu une part de leurs actifs,
tout en procédant à des augmentations de capital, accroissant ainsi l’offre de titres et entretenant la chute des marchés.
L’existence de ces intermédiaires étant source d’opacité et d’incertitude, un climat de défiance s’est alors installé entre les banques qui se sont notamment mises à refuser de s’échanger des liquidités entre elles. En témoignent notamment les écarts importants et persistants entre les taux directeurs et les taux d’intérêt interbancaires.

Le caractère mondial de la crise est un de ses traits les plus distinctifs, la majorité des pays étant affectés. Les crédits subprimes existent principalement aux États-Unis (et, sous des formes plus ou moins atténuées, dans quelques autres pays comme le Royaume-Uni) et les prêts ont été surtout le fait d’établissements américains. Cette crise s’est toutefois rapidement propagée à la fois du fait de l’interdépendance des institutions financières, de la titrisation qui permettait aux investisseurs d’accéder aux marchés immobiliers étrangers, et de la réévaluation
du prix du risque. La baisse du prix des actifs risqués aux États-Unis a affecté les banques européennes qui détenaient de tels actifs, diminuant leur demande et alimentant la chute des bourses européennes. À la suite des États-Unis, les marchés interbancaires en Europe ont donc été touchés par la crise de confiance.

D’autres actifs ont à l’inverse connu un regain de faveur, lié à la plus grande prudence des investisseurs. Cette prudence a notamment entraîné un report vers les marchés obligataires publics, les investisseurs préférant investir dans les obligations publiques, réputées plus sûres (phénomène dénommé « fuite vers la qualité »).

Les banques ont eu des difficultés à assurer l’équilibre de leur bilan, notamment au travers des opérations de refinancement qu’elles effectuent entre elles ou avec la banque centrale. Les banques centrales ont alors dû intervenir de façon massive et répétée dès l’été 2007. Elles ont réagi en augmentant les quantités de liquidités prêtées aux banques et en baissant les taux d’intérêt directeurs, les deux
actions étant parfois conduites simultanément.

Après une période de relative stabilisation courant 2008, les tensions sur les marchés financiers se sont à nouveau aggravées en septembre 2008 avec notamment la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers. Ses créanciers se sont retrouvés en difficulté. Les fonds d’investissement détenant, directement ou indirectement, des titres de Lehman Brothers, se sont retrouvés en manque de liquidités
et ont dû vendre des actifs, notamment des actions, pour rembourser leurs clients, alimentant ainsi les chutes des cours. En outre, Lehman Brothers étant connue comme contrepartie pour de nombreux contrats de gré à gré, le risque qu’un dénouement non ordonné de ces contrats mette à leur tour en danger les institutions financières concernées a paralysé les marchés interbancaires. La faillite de cette banque de premier plan a également conduit les investisseurs à revoir à la hausse les probabilités de défaut des autres banques, comme l’a révélé la hausse des écarts de taux entre les prêts interbancaires et les prêts accordés aux États.

Le regain d’aversion au risque a alors entraîné de nouvelles tensions sur les marchés actions et interbancaires mondiaux. Si les plans rapidement mis en oeuvre aux États-Unis et en Europe et l’action des banques centrales ont permis de diminuer significativement les tensions sur les marchés interbancaires dans les semaines suivantes, les marchés actions sont toutefois restés très instables depuis. Aux États-Unis, l’indice composite des prix d’actions Standard & Poor’s de décembre 2008 a ainsi accusé sa troisième plus forte chute depuis 1872, après les épisodes de 1932 et de 1938. Source : INSEE

Coup d’envoi de l’écoprêt à taux zéro

Samedi, février 28th, 2009

Ce prêt de 30.000 euros au maximum, sans intérêts et sans conditions de ressources doit s’accompagner d’un décret d’application actuellement en cours d’examen par le Conseil d’Etat,
Sa mise en oeuvre était prévue en janvier, après quelques retards à l’allumage, il est enfin là. A partir d’avril, les particuliers souhaitant effectuer des travaux d’isolation thermique dans leur logement pourront bénéficier de l’écoprêt à taux zéro (éco-PTZ). Ce prêt de 30.000 euros au maximum, sans intérêts et sans conditions de ressources, avait été présenté en septembre 2008 par le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo. Des conventions de mise en oeuvre ont été signées hier avec les banques et les acteurs concernés, tant pour l’éco-PTZ que pour l’écoprêt logement social destiné au monde HLM. Le décret d’application est actuellement en cours d’examen par le Conseil d’Etat, d’où l’échéance du 1er avril évoquée aujourd’hui. LIRE LA SUITE SUR LESECHOS.FR

Selon une étude du Boston Consulting Group, la rénovation d’un appartement de 100 m2 en mauvais état thermique permet de faire 1400 euros d’économie par an… C’est un vrai « plus » en termes de pouvoir d’achat.

Les américains réinventent le troc

Jeudi, février 26th, 2009
Le retour du troc.

Le retour du troc.

Ça a la saveur d’une rébellion communautaire contre le système bancaire, une allure de déjà-vu utopiste admirable, le goût d’une initiative altermondialiste. En fait, non: si le troc refait brusquement surface aux Etats-Unis depuis quelque mois, c’est surtout pour permettre à la société marchande de tenir bon en attendant le retour de jours meilleurs.

Le pragmatisme aigu des Américains m’étonnera toujours. Les banques ne prêtent plus aux entreprises? Le robinet du crédit à la consommation s’est tari? Il n’y a plus assez de cash en circulation? Qu’à cela ne tienne: vive le troc!

Attention: un troc à l’échelle supersonique, celui qui va permettre aux entreprises de rester à flot et de ne pas perdre leurs marchés, aux restaurants de continuer à remplir leurs salles, aux cabinets médicaux de rentabiliser leurs scanners et leurs labos d’analyse, aux instituts de beauté de continuer à botoxer et purifier, aux garages d’écouler jusqu’à leurs 4×4. Et ce, sans que ces transactions n’impliquent la circulation du moindre dollar.
Echange trois consultants contre nouvel équipement informatique

Rien à voir, donc, avec « une coupe de cheveux contre une tonte de pelouse ». Ce genre d’échange amical, même quand il est codifié comme en France par l’usage des SEL (système d’échange local, une monnaie alternative utilisée dans les pays francophones, et dans le monde sous d’autres dénominations), existe bien sûr aux Etats-Unis.

Il est pratiqué un peu partout sur le territoire américain, avec le recours à des « monnaies » locales, tel le LET’s (Local exchange trading system), inventé au début des années 80 par des Canadiens.

Avec le troc appliqué à la grosse économie, on passe dans une autre dimension. Genre:

« Je mets trois consultants de mon cabinet à votre disposition pour vous assister dans votre étude de marché. De votre côté, vous renouvelez l’équipement informatique de ma société, et vous me fournissez une nouvelle photocopieuse couleur. » LIRE LA SUITE SUR RUE89

Sémiotique de la crise

Mercredi, février 18th, 2009

Article diffusé avec l’autorisation de son auteur : Jean-Maxence Granier – Think-Out

S’il existe bien un consensus sur la crise actuelle et sa gravité, sur l’ensemble des continents et quelles que soient les idéologies, puisque les inquiétudes des libéraux de Davos font écho à celles des altermondialistes de Belém, il est intéressant d’opérer des distinctions au sein même des interprétations du phénomène et de proposer une approche sémiotique de celles-ci à travers les polarités variées qui organisent le champ des différentes lectures à laquelle cette crise donne lieu.

1. La notion de crise

Le concept de « crise », au sens médical, psychologique, économique, politique, culturel, du terme, correspond à l’idée d’une rupture à partir d’un état antérieur réputé stable, cette rupture étant souvent connotée négativement et constituant une tension, un risque. La crise vient interrompre, plus ou moins brutalement, un état perçu comme normal, neutre ou orienté positivement.

La notion de crise s’applique à des univers divers, individuels (physique, psychique) ou collectifs (économique, politique, culturel) mais ce qui nous intéresse ici, c’est de qualifier les différentes polarités qui caractérisent la sortie de crise, c’est-à-dire l’état dans lequel le système, au sens très large, se retrouve après la période de crise elle-même. Nous définissons donc la crise non par sa nature, sa durée ou son intensité, mais par l’état sur lequel elle débouche. Nous en distinguons 4 (voir tableau 1) :

État A. La crise ramène le système à son état antérieur. Quelle qu’ait été son intensité, elle se clôt par un retour à la normale, par une forme d’homéostasie. Dans cette logique, il faut faire cesser la crise au plus vite puisqu’elle constitue un accident qui finira par déboucher sur un retour à la normale.

État B. La crise se clôt vers un retour au système initial, mais celui-ci ne reste pas inchangé, car pour faire face à elle, il a dû s’adapter, se modifier en regard d’un nouveau contexte. Cette adaptation procède largement d’une autorégulation, d’une possibilité pour le système en question d’intégrer de nouvelles données issues de la situation nouvellement créée, pour justement y faire face. L’adaptation peut être plus ou moins profonde, ponctuelle ou durable, mais elle demeure réversible et fait du système l’acteur de sa transformation.

État C. La crise contraint le système initial à se transformer radicalement au risque sinon de disparaître. Cette réorganisation excède la logique d’adaptation, car elle n’émane plus seulement de l’intérieur du système, de ses capacités intrinsèques d’accommodation, mais d’une nouvelle configuration qui produit une mutation en profondeur, qui n’est plus réversible et en quelque sorte subie par le système en question.

État D. Le système existant initialement ne survit pas à la crise qui accouche d’un modèle radicalement nouveau ou du chaos. La rupture est paradigmatique et s’inscrit dans une solution de continuité radicale par rapport à l’état initial.

Les états A et D se caractérisent par un régime d’immutabilité/rigidité au sens où le système soit se perpétue à l’identique, soit disparait.

Les états B et C se caractérisent par leur mutabilité/souplesse car le système soit s’accommode soit mute en profondeur suite à la crise.

Les états A et B relèvent d’une logique de continuité dans la mesure où, soit le désordre introduit par la crise correspond à une parenthèse plus moins longue, mais circonscrite dans le temps, soit il donne lieu à une stratégie d’adaptation qui permet au système de persévérer dans son être.

Les états C et D relèvent d’une logique de discontinuité dans la mesure où la crise débouche soit sur une transformation radicale qui change la nature même du système initialement entré en crise, soit sur la rupture de fait que constitue la disparation du système initial.

Pour les sémioticiens (les autres lecteurs peuvent faire l’économie de ce paragraphe plus technique), on notera que l’on peut aussi représenter ces polarités sous la figure d’un carré sémiotique qui permet de déployer le couple initial « perpétuation du système » et « disparition du système » (voir tableau 2) en l’articulant à deux sub-contraires qui seraient « non-disparition du système » et « non-perpétuation du système ». La continuité correspond à la deixis positive (A+B) et la discontinuité à la deixis négative (C+D). Le méta-terme correspondant à A et D et celui de l’immutabilité qui se solde soit par la continuité soit par la disparition, le méta-terme correspondant à B et C est celui de la mutabilité sous forme d’adaptation ou de refondation.

Ce modèle décrivant les différents états de sortie de crise possibles, permet de mieux comprendre les postures prises aujourd’hui face à la crise économique que nous connaissons.

2. La crise économique de 2008

Notre but n’est pas ici de décrire ou d’expliquer une nouvelle fois la crise actuelle mais de voir comment elle est interprétée dans le champ socio-économique et politique. Si, en effet, il y a bien consensus sur sa gravité, on constate qu’il existe différentes manières bien différentes de lui donner sens et ce sont ces manières que l’on voudrait disposer selon les polarités définies plus haut de manière générique. On voudrait pour chaque pôle possible voir quelles sont les causes principalement mises en avant pour expliquer cette crise et quelles sont les solutions majeures proposées.

2.1. Les logiques de continuité

2.1.1. La posture A

La posture A est celle d’un retour à l’état antérieur. Elle est aujourd’hui intellectuellement assez difficile à tenir même si elle est sans doute dans le cœur de beaucoup qui voudraient se réveiller du cauchemar. Si on trouve peu d’optimistes invétérés pour remettre en cause le caractère systématique et mondial de la crise, les questions sur la date de sortie de celle-ci, portent bien en elles le désir que les choses reviennent à ce qu’elles furent et si possible au plus tôt. Le « quand » est ici le symptôme d’un évitement partiel du « pourquoi ». On sait d’ailleurs bien que pouvoir répondre à cette question serait déjà une manière de solution, puisque la crise est étroitement liée au champ d’incertitude qu’elle déploie devant nous. Les tenants de cette posture auront naturellement tendance à revenir aux causes les plus immédiates de la crise, à ses symptômes au fond, laissant de côté les plus structurelles et partant d’aller aux remèdes les plus immédiats aussi. Les solutions envisagées se centrent au premier chef sur l’éradication des actifs « toxiques » disséminés dans les comptes de la haute finance et des petits porteurs et sur la réinjection massive d’argent par l’État dans le système bancaire, sans trop de conditions, pour réinstaurer la confiance et la liquidité et relancer le crédit. Au fond, on en reste à l’idée qu’une fois le système bancaire sauvé, l’essentiel est fait. Pour ce faire, on baisse les taux (USA) pour augmenter les marges bancaires, l’État concourt à des augmentations de capital et à des reprises de provisions afin de permettre aux banques d’accroître leurs fonds propres et de relancer la machine en prêtant aux entreprises et aux ménages. Il s’agit au premier chef de lutter contre le « Credit Crunch » et le sinistre bancaire pour faire face au ralentissement économique qu’il enclenche. Cette approche peut opérer des distinctions au sein du capitalisme financier entre les bonnes pratiques et les dérives de quelques égarés (Kerviel) ou de quelques aigrefins (Madoff) mais globalement elle ne remet pas en cause le dispositif, demandant simplement à l’État d’intervenir pour débloquer le système, jusqu’à quelquefois se substituer aux banques en prêtant directement aux entreprises (cf. la France et le prêt au secteur automobile).

2.1.2. La posture B

Cette posture propose une lecture à la fois plus critique et plus ambitieuse de la crise en reconnaissant qu’il y a bien quelque chose de pourri au royaume de la finance. C’est d’abord la crise financière, spéculative qui sera pointée du doigt avec en particulier : les dérives des organismes de crédit immobilier hypothécaire qui ont volontairement prêté à des gens insolvables pour garantir des taux d’intérêt maximaux, l’inconscience des traders surpayés et court-termistes, l’impéritie des agences de notation aux relations ambiguës avec ceux-là mêmes qu’elles doivent contrôler, des règles comptables (évaluation des actifs financiers au prix du marché) et prudentielles comme des critères de solvabilité qui ont évolué de manière trop lâche en ouvrant la porte à tous les risques ou encore la distinction qui s’est effacée entre banque de dépôt et banques d’investissement (remise en cause du Glass-Steagall Act de 1933). Quant aux solutions, le discours dominant est celui de la régulation de l’intérieur, de l’autorégulation en demandant aux acteurs eux-mêmes de revenir à la raison, de bien vouloir prêter à des taux qui ne soient pas usuraires ou d’éviter de distribuer trop ouvertement des millions de dollars de bonus à des dirigeants qui ont mené leurs entreprises au bord de la faillite. Cette posture s’appuiera volontiers sur la distinction entre un capitalisme industriel et un capitalisme financier, coupable de quelques excès, entre au fond un bon et un mauvais capitalisme qui se serait laissé emporter par les effets de levier, la titrisation, les produits dérivés, les gros bonus, le court terme et les ROI à 15 %, quant on ne distingue pas entre une bonne spéculation, utile aux opérations de couverture, et une mauvaise spéculation, ramenée à une logique de pari sur les monnaies ou les matières premières et de surenchère sur l’avenir ! Cette posture a été occupée de l’intérieur du système et bien avant le démarrage effectif de la crise par un certain nombre de Cassandres, ce qui ne laisse pas d’inquiéter sur son caractère peu audible en tout cas d’un point de vue collectif (cf. Patrick Artus, Le Capitalisme est en train de s’autodétruire, avec M.-P. Virard, La Découverte, 2005). C’est encore la posture d’un économiste comme Michel Aglietta (La crise : pourquoi en est-on arrivé là ? Comment en sortir ? Michalon, 2008) : « Les responsables politiques doivent prendre conscience qu’il s’agit d’une crise globale de la finance et qu’il faut des changements dans la réglementation. Un retour de l’autorité de l’État sur les marchés est nécessaire pour réduire les risques. Il faut inventer une nouvelle organisation de la finance qui soit au service de l’économie et non pas au service d’elle-même, comme ces dernières années où les profits et les bonus ont explosé à des niveaux indécents. », L’Express, 15/09/2008 ou d’un Jacques Attali qui prône le passage à une gouvernance mondiale comme opérateur de cette nécessaire régulation (cf. La crise, et après ? Fayard, 2008).

2.2. Les logiques de discontinuité

2.2.1. La posture C

La posture C, qui appelle à une mutation profonde, s’inscrit à la fois dans l’économique et le politique en proposant justement une réarticulation de ces deux champs face à la crise. Elle se caractérise par une approche beaucoup plus globale de celle-ci, par exemple par une mise en perspective plus nette des enjeux écologiques, la dérive financière comme le risque écologique apparaissant comme les deux faces de la même monnaie ultra libérale. Elle porte sa critique sur une évolution plus ancienne et plus profonde, liée à la période des trente dernières années, et sur une remise en cause très vive de l’ultralibéralisme américain porté par les épigones de Milton Friedman. Pour cette posture, la crise que nous vivons est d’abord l’occasion de repenser à la fois les rapports économiques internationaux (rapports Nord/Sud, crises alimentaires, délocalisations sauvages), le rapport de la société industrielle à la nature et aux générations futures, la question de l’équilibre entre le capital (actionnaires, dirigeants qui sont d’abord des actionnaires) et le travail (appauvrissement des classes moyennes, augmentation des écarts entre les plus riches et les plus pauvres) et enfin le rapport entre pouvoir politique et pouvoir économique. La crise financière actuelle n’est plus perçue comme un fatum qui pèserait soudain sur le destin des hommes et des sociétés, mais bien comme le produit d’une certaine conception de l’économie et du politique. Elle pose ainsi la question du fonctionnement réellement démocratique de démocraties, de leur capacité à réguler un capitalisme mondialisé, qui subsume assez largement la puissance publique telle qu’elle s’exerce au niveau des nations. Elle interroge l’écart assez radical entre la logique démocratique visant idéalement au bien commun et les stratégies d’entreprises qui ne gèrent ni le long terme ni les externalités négatives et socialisent les pertes après avoir privatisé les bénéfices. Ce discours est soutenu par un Joseph Stiglizt (Un autre monde : contre le fanatisme du marché, Fayard, 2002) qui stigmatise les inégalités, face à la richesse comme face à l’information qui permet de l’acquérir ou les instances mondiales de régulation comme le FMI, qui, sous l’apparence du bien commun universel, défendent d’abord, dans les rapports Nord/Sud, les intérêts des économies jusqu’alors dominantes. C’est aussi la posture de Paul Krugman (L’Amérique que nous voulons, Flammarion, 2007), autre prix Nobel et critique virulent du double mandat de G. W. Bush : « C’est une crise de l’érosion. C’est une crise des certitudes dans le système. C’est une crise du crédit bancaire, de l’énergie à bas prix, de l’accès à la nourriture, du commerce mondial. Et, surtout, de la régulation ou de son absence. Et, contrairement à ce que l’on entend, il n’y a aucune gouvernance économique et financière dans le monde depuis vingt ans, c’est une fumisterie. Et cela peut avoir des conséquences dramatiques. (…) » Libération, 13/10/08 ou celle d’un Paul Jorion qui dans son ouvrage La crise : des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard 2008), déroule une critique très vive de l’économie de marché comme des économistes qui la soutiennent théoriquement, en insistant sur la dimension mortifère de l’augmentation des écarts entre capital et travail, comme sur les risques associés à la spéculation : « Je suis surpris de voir que mes livres se vendent bien mais qu’il n’y a pas un seul homme politique qui me consulte ! C’est comme les économistes, ils sont à l’intérieur d’un système. Ce système n’a pas encore compris qu’il est en train d’affronter cette crise de civilisation à laquelle je faisais allusion. Alors, quelles sont les solutions ? Je propose notamment qu’on écrive une constitution pour l’économie, éliminant un certain nombre de principes entièrement destructeurs. Les paris sur l’évolution des prix – des matières premières, par exemple – sont aujourd’hui au cœur du processus économique ; on a ouvert grand les portes du marché des matières premières aux spéculateurs. Ils en sont devenus les acteurs dominants. C’est de la folie. D’autre part, il faudrait repenser complètement le problème des prêts à la consommation. C’est une bonne chose que les banques prêtent de l’argent entre investisseurs et dirigeants d’entreprises, parce que ça produit de la richesse dans le monde ; on fait travailler les gens et on produit des biens et des services. Mais prêter de l’argent à des consommateurs pour qu’ils achètent des biens, alors que leurs salaires ne leur permettent pas, c’est une aberration » Telerama 31/10/08.

2.2.2. La posture D

Cette ultime posture voit dans la crise se dessiner la fin même du capitalisme et l’appelle souvent de ses vœux. La crise se teinte d’une dimension presque positive, malgré les difficultés sociales qu’elle engendre, comme promesse d’un changement de paradigme radicale. La dimension cyclique des analyses A et B qui intégraient au fond la crise au rythme intrinsèque du capitalisme (euphorie/inquiétude, relance/rigueur, inflation/déflation, etc.) est remise en cause au profit d’un véritable épuisement du capitalisme et de l’économie de marché qui verraient là approcher leur fin. Cette posture insiste sur l’instabilité maximale du système, lit l’enchaînement des différentes crises récentes et plus anciennes non sous le signe de la régénération, mais sous celui de l’épuisement. L’économie de marché est fortement remise en cause dans ses fondements, confrontée qu’elle serait à une politique d’accumulation sans fin. Les solutions évoquées sont bien sûr d’abord politiques (critique des limites de la démocratie face au marché) mais aussi économiques (décroissance). Elles appellent à l’élaboration d’un système radicalement nouveau.

Sous des formes quelquefois très différentes, les philosophes Jean-Claude Michéa (L’empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, 2007, Climats), qui démontre comment libéralisme économique et libéralisme politique sont littéralement coproduits l’un par l’autre et en appelle à une sorte d’égalitarisme populaire d’inspiration orvellienne, et Alain Badiou, qui critique la démocratie comme inopérante et appelle au retour d’une forme de communisme authentique : On a souvent parlé ces dernières semaines de « l’économie réelle » (la production des biens). On lui a opposé l’économie irréelle (la spéculation) d’où venait tout le mal, vu que ses agents étaient devenus « irresponsables », « irrationnels », et « prédateurs ». Cette distinction est évidemment absurde. Le capitalisme financier est depuis cinq siècles une pièce majeure du capitalisme en général. Quant aux propriétaires et animateurs de ce système, ils ne sont, par définition, « responsables » que des profits, leur « rationalité » est mesurable aux gains, et prédateurs, non seulement ils le sont, mais ont le devoir de l’être. Il n’y a donc rien de plus « réel » dans la soute de la production capitaliste que dans son étage marchand ou son compartiment spéculatif. Le retour au réel ne saurait être le mouvement qui conduit de la mauvaise spéculation « irrationnelle » à la saine production. Il est celui du retour à la vie, immédiate et réfléchie, de tous ceux qui habitent ce monde. C’est de là qu’on peut observer sans faiblir le capitalisme, y compris le film catastrophe qu’il nous impose ces temps-ci. Le réel n’est pas ce film, mais la salle. (Le Monde, 17/10/08) ou encore le sociologue américain altermondialiste Immanuel Wallerstein, qui pose une analyse du capitalisme comme lieu de la marchandisation de toute chose et comme dissymétrie fondamentale entre un centre où s’accumule le capital et des périphéries toujours spoliées : « Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries. A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour « l’économie-monde » créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d’œuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945. En fait, la dernière période d’accumulation réelle – les « trente glorieuses » – n’a été possible que parce que les États keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte ! » (Le Monde, 11/10/08), sont les porteurs de cette approche.

Cette posture, plus radicalement politique, interroge le système de l’extérieur, et considère la crise non comme un accident, mais comme le révélateur de ses limites intrinsèques.

Conclusion

La posture A et la posture B s’appuient l’une comme l’autre sur une approche cyclique de la crise, la première la ramenant à une crise de confiance à résoudre en réduisant le stress bancaire, la seconde en réformant les excès d’un capitalisme financier emporté dans son élan. Ce qui rapproche ces deux attitudes, c’est au fond de considérer la crise comme une cause, la posture A ayant tendance à naturaliser au maximum cette cause, jusqu’à en faire l’équivalent d’une catastrophe naturelle contre laquelle tout le monde doit s’unir et lutter, tandis que la posture B construit la crise comme un excès que le retour à la raison pourrait contenir. Ces deux postures maintiennent le paradigme initial pratiquement tel quel ou au prix d’une réforme interne plus conséquente. Elles répugnent à établir des liens entre la crise dite des « subprimes » et ses effets sur l’économie, et des questions plus larges, sociales, écologiques, alimentaires, ou géostratégiques. Enfin, ces postures sont très largement marquées par une lecture progressiste du capitalisme, faisant de chacune de ses crises le signe même de sa capacité à perdurer ou à s’adapter

Les postures C et D, sous la figure de la refondation pour la C, sous la figure de l’épuisement pour la D, se situent au contraire dans une logique de discontinuité beaucoup plus marquée. Ces deux postures se caractérisent par le fait qu’elles considèrent la crise comme un effet, voire un symptôme, d’un dysfonctionnement à la fois plus ancien et plus fondamental, celui même de l’économie de marché, ou en tout cas de sa dérive libérale, stigmatisée sous les traits de la « pensée unique ». Elles opèrent un renversement causal en faisant de la crise le résultat et non la cause d’une dérive entamée depuis longtemps.

On voit ainsi apparaître certaines dominantes dans l’interprétation de la crise (cf. tableau 3), la logique de la discontinuité impliquant de manière forte la question politique, une vision plus globale de la crise, non pas cyclique mais vectorielle (accumulation de crises jusqu’à une crise finale) et se situant plutôt à gauche ou à l’ultragauche, la logique de la continuité, plutôt à droite, s’inscrivant elle dans le seul champ de l’économique, dans une approche plus étroitement circonscrite dans le temps d’une crise qui commencerait en 2008 et qui s’inscrirait dans une cyclicité quasi naturelle au capitalisme.

Cette réflexion sémiotique sur l’organisation du champ des discours sur la crise, caricature évidemment en quatre grandes postures le continuum qui, en réalité, préside à la variété des regards possibles. Mais ce schématisme permet de voir comment s’infléchissent dans un sens ou un autre des lectures différenciées d’une crise qui, derrière l’unanimisme de façade, suscite des interprétations bien distinctes. L’intérêt du carré sémiotique est de permettre, comme nous l’avons fait, de positionner différents types de discours en regard les uns des autres, mais de saisir aussi comment certains acteurs infléchissent leurs discours au fur et à mesure du déroulement de la crise et des effets qu’elle produit, les principales opérations de passages se faisant clairement au niveau du registre de la mutabilité, sur l’axe continuité / discontinuité, entre les pôles B et C.

Article de Jean-Maxence Granier – Think-Out

Think-Out conduit les marques, les médias et les projets Internet à saisir les meilleures opportunités d’innovation et de croissance, dans une intelligence fine des insights consommateurs et du jeu concurrentiel.

Le surendettement

Jeudi, février 5th, 2009

Avant de parler du traitement du surendettement, nous allons essayer de définir qui sont les sur-endettés et les causes de ce problème.

58% de ces personnes vivent seule avec au moins un enfant à charge.

Il est malheureusement évident que les plus fragiles (jeunes, vieux, ouvriers, chômeurs) sont les premiers touchés, mais cela n’explique pas tout…

64 % des dossiers relèvent du surendettement dit passif, c’est-à-dire venant d’une situation consécutive aux accidents de la vie. Au premier rang des causes arrive le chômage (26,5 % des cas), suivi du divorce ou d’une séparation. Les crédits à la consommation sont le principal problème à résoudre dans le traitement du surendettement. LIRE LA SUITE DE L’ARTICLE SUR TOP INFO CONSEIL

Collectivités et prêts toxiques.

Mardi, janvier 27th, 2009

Crise anatomy: Qu’y a-t-il derrière ces fameux emprunts toxiques, contractés par certaines collectivités locales?

Michel Klopfer: “Je préfère parler de produits structurés, plutôt que d’emprunts toxiques. Dire “toxique”, c’est déjà émettre un jugement de valeur, politique. Les produits structurés, c’est la combinaison, dans une seule formule, d’un prêt classique (indexé ou à taux fixe) et de produits dérivés.

LIRE LA SUITE DE L’INTERVIEW sur CRISE ANATOMY

Qu’est-ce qui aura changé quand on aura sauvé les banques ?

Lundi, janvier 26th, 2009

Diverses méthodes sont aujourd’hui expérimentées pour tenter de sauver le secteur bancaire dont on avait imaginé que les difficultés apparues à l’été 2007 étaient une question de liquidité : les acheteurs devenus frileux manquaient simplement à l’appel. Or ceux qui se trouvaient dans le secret des dieux savaient déjà six mois auparavant qu’il ne s’agissait pas de liquidité mais de solvabilité : les acheteurs n’étaient pas frileux par caprice mais par calcul : parce que les produits en question, ABS (Asset–Backed Securities) et CDO (Collateralized–Debt Obligations) remplies de petites ABS étaient trop dépréciés pour justifier une offre, quel qu’en soit le prix. Quand il se confirma qu’il n’y avait plus d’acheteurs, ceux qui possédaient ces produits en portefeuille firent leurs comptes et l’on constata alors que dans un bel ensemble ils se trouvaient en-dessous de la ligne de flottaison : sous le niveau de réserves déterminé par le ratio de solvabilité défini pour les établissements bancaires par les régulateurs.

Deux solutions s’offraient pour venir en aide aux banques, la première étant que les autorités se substituent au marché défaillant en se portant acheteuses de ces produits à un prix d’« après-crise », au sein d’une banque d’agrégation ou « mauvaise banque », mettant effectivement ces produits toxiques en quarantaine, et offrant ainsi une valorisation à des produits qui, faute d’acheteurs, sont aujourd’hui sans prix. La deuxième solution étant que l’on ne fasse pas un cas particulier de ces instruments de dette dépréciés et que l’on se contente de recapitaliser ces banques, c’est–à–dire qu’on leur fournisse les fonds qui leur permettront de respecter à nouveau leur ratio de solvabilité. Une alternative à cette formule consiste pour le gouvernement à prendre une participation majoritaire dans ces banques, leur apportant ainsi la garantie effective de l’État, et à baisser le ratio de solvabilité exigé, par exemple de 8 % à 5 ou 6 %, comme viennent de le faire les Anglais. L’étape ultime dans cette voie serait cela va sans dire celle de la nationalisation pure et simple – dont je disais il y a un an déjà que même les Américains s’y résoudraient peut–être un jour.

Comme on s’en souvient, Mr. Paulson, ci-devant ministre des finances américain, entama une valse-hésitation très remarquée entre les deux approches, la raison en étant évidente car, comme le rappelait ici-même il y a quelques jours François Leclerc : soit le prix offert est suffisamment élevé pour satisfaire les banques et le contribuable y perd sa chemise, soit il est suffisamment bas pour que le contribuable puisse un jour s’y retrouver et le banquier n’a rien à y gagner.

Le système bancaire, assumant les fonctions qu’il exerce aujourd’hui serait sauvé. Mais cela suffirait-il à sauver le capitalisme ?

Car, rappelons-nous brièvement ce qui s’est passé. L’incendie s’est déclaré dans l’immobilier américain, d’abord dans sa partie la plus fragile, dite subprime , pour mettre bientôt le feu à tout l’édifice : l’ensemble de l’immobilier résidentiel américain – chose qu’on semble oublier en ce moment en France où l’on évoque la « crise des subprimes » comme un événement ayant eu lieu dans un passé reculé.

On dit à juste titre que les banques centrales ont favorisé toujours davantage les investisseurs et les dirigeants d’entreprise aux dépens des salariés et que ceux-ci furent forcés de suppléer à leurs salaires manquants par le prêt à la consommation. C’est vrai. De leur côté, les entreprises recoururent toujours davantage à la dette. Il en a résulté une hypertrophie du secteur du crédit, personne n’ayant plus semble-t-il comme capital que celui qu’il emprunte. Le crédit fut encouragé par les politiques des banques centrales qui maintinrent les taux courts à des niveaux artificiellement bas. Les pays d’Extrême-Orient achetèrent en quantités astronomiques les Bons du Trésor américains à long terme, assurant aux taux longs eux aussi des niveaux exceptionnellement bas dans ce pays. Une configuration fragile se mit en place, et il suffit alors que le prêt hypothécaire américain ayant épuisé par le bas le panier où il trouvait de nouvelles recrues, s’essouffle, pour que le prix de l’immobilier s’effondre et que tous les instruments de dette qui lui sont associés se déprécient massivement.

Voilà où en est. Quand la machine repartira – si elle repart un jour, une chose n’aura en tout cas pas changé : une économie dépendant à tous ses niveaux d’un secteur du crédit hypertrophié, faute pour les capitaux de se trouver là où ils sont indispensables.

Paul Jorion

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici

Sortie de crise pour le crédit ?

Mercredi, janvier 21st, 2009

Quatre mois après le paroxysme de la crise financière, la paralysie du marché du crédit s’estompe-t-elle? Daniel Varela: L’accalmie est déjà une réalité sur le marché interbancaire grâce aux injections massives de liquidités par les banques centrales et à l’entrée des Etats au capital des banques. Un indicateur comme l’écart entre le Libor à trois mois [ndlr: les intérêts que doivent accepter les banques pour se refinancer] et le taux au jour le jour OIS [sans risque] est revenu à 1%, un niveau équivalent à celui affiché avant la faillite de Lehman Brothers. Dans les semaines ayant suivi cet événement, l’écart avait frisé les 4% aux Etats-Unis!– Ces interventions étatiques feront-elles revenir la confiance qui régnait avant la crise?– Non, sauf à imaginer une nationalisation totale des banques. Il faut maintenant que les investisseurs prennent le relais. Or des doutes subsistent quant à la solidité de certains établissements financiers et une normalisation définitive du marché interbancaire nécessitera un nettoyage des bilans, ce qui prendra des mois. LIRE LA SUITE SUR LETEMPS.CH

Le taux directeur de la FED à 0% (ou presque). What else ?

Jeudi, décembre 18th, 2008

Nous l’attendions et nous y voilà. Le taux directeur de la FED est presque à 0%. Mais en quoi consiste ce taux et qu’elles seront les conséquences ? A quoi devons-nous nous attendre en Europe ?

S’il faut prendre une image, cela revient pour Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, à monter dans un hélicoptère et à jeter des sacs de billet par la portière, d’inonder le monde avec des liquidités pour faire redémarrer la machine. Il dit aux Américains : « dépensez votre argent parce que, placé, il ne vous rapportera rien. Empruntez parce que cela ne vous coûtera rien ».

Ce taux représente les intérêts que les banque américaines devront payer sur les emprunts à court terme qu’elles vont opérer sur le marché interbancaire afin de financer leurs besoins en liquidités. Descendre le taux à zéro rentre donc clairement dans la logique de relancer l’économie. L’argent est « moins cher » pour les banques et elles répercutent alors sur leurs propres clients cette tendance. Acheter le dernier écran plat, une voiture ou bien  une maison coûte moins cher.

 » Super ! Alors on va tous se remettre à consommer demain et le prix de ma maison va repartir à la hausse. «  En fait ce n’est pas aussi simple et l’exemple récent du Japon nous montre que descendre le taux directeur en dessous d’un certain seuil ne relance pas l’économie mais la fait au contraire rentrer dans le système vicieux de la « trappe à liquidités« . En bref, les banques ne prêtent plus à des taux trop bas et préfèrent garder les liquidités acquises à bras prix. En effet, en dessous d’un certain seuil, les banques supposent que les taux ne peuvent que remonter et dans ce cas elles « revendront » plus cher cet argent qu’elles auront gardé. Conscient du problème, la FED a glissé une petite phrase a ce sujet dans son communiqué de presse en indiquant qu’elle « s’attend à ce que la faiblesse de l’économie actuelle l’oblige à laisser son taux à un niveau exceptionnellement bas pendant un certain temps ». Si les banques n’ont aucune visibilité sur une éventuelle remonté prochaine des taux, autant prêter l’argent aux clients et ne pas le garder.

Jean-Claude Trichet, de la Banque Centrale Européenne, partage quant à lui l’analyse du risque de trappe à liquidités et a déjà fait savoir qu’il souhaitait marquer une pause suite aux baisses de taux survenues les semaines précédentes. Il estime qu’il y a des limites. A l’heure actuelle, le taux de la BCE se situe à 2,5%, et étant donné que l’inflation chute rapidement, il est peu probable que l’on ait droit à une autre diminution du taux.

Le plan de sauvetage des banques françaises

Mercredi, décembre 17th, 2008

D’un montant potentiel de 360 milliards d’euros, le plan de sauvetage français s’appuie sur deux piliers :
- Une enveloppe de 40 milliards d’euros destinée à d’éventuelles recapitalisations,
- La création d’une société de refinancement de droit privé, dont l’État est actionnaire à 34 % et les banques à 66 %. Présidée par Michel Camdessus, cette société refínancera les établissements de crédit en leur prêtant du cash en échange d’actifs de  » bonne qualité « . L’État se porte garant à hauteur de 320 milliards d’euros. Contrairement au plan britannique, qui garantit à hauteur de 320 milliards d’euros les prêts entre les banques, le plan français ne vise pas à refaire démarrer le marché interbancaire, mais à inciter les banques à prêter à nouveau aux ménages et aux entreprises.
Selon Patrick Artus, cette solution risque d’entériner la disparition du marché interbancaire, en habituant les banquiers à ne pas se prêter les uns les autres.

Extrait du n°2960 de Problèmes Economiques

L’interdiction bancaire, menace croissante en temps de crise

Jeudi, décembre 4th, 2008

S’il y a une leçon que les banques ont parfaitement tirée de la crise des subprimes qui est à l’origine de la récession actuelle, c’est bien qu’il n’est pas conseillé de prêter de l’argent (ou alors très peu) à des personnes indésirables (à moins qu’elles ne le soient que très, très peu).

En France, les banques et établissements de crédit disposent d’un allié que l’Etat – c’est-à-dire le contribuable – met à leur disposition : la Banque de France. Cet organisme de mission publique a en effet pour rôle, entre autres choses, de centraliser les données sur les incidents de paiements.

Il convient dans un premier temps de rappeler un fait fondamental : la Banque de France, en tant que conservateur de ces données, n’est jamais l’auteur d’un fichage, ni d’un défichage d’ailleurs, ni même un arbitre.  A une seule exception près : les dossiers de surendettement (mais nous y reviendrons plus loin).

En temps de crise, on le sait, ces fichiers s’alimentent de façon beaucoup plus consistante qu’en périodes fastes, et les raisons en sont clairement identifiables : limitation du risque lié aux découverts et aux facilités de caisses, difficultés engendrées chez les particuliers faute d’obtenir un crédit (même temporaire), chèques rejetés de façon plus radicale qu’en temps normal, etc. Et du jour au lendemain, l’on se retrouve ainsi fiché en Banque de France.  En temps de crise, quasiment personne, même parmi les plus honnêtes d’entre nous, n’est à l’abri d’une telle déconvenue.  Quelles sont alors les conséquences ?

L’on a coutume de parler d’interdiction bancaire dès lors que l’on est fiché en Banque de France. Et c’est une erreur. Pour mieux comprendre, examinons les principaux fichiers tenus par la Banque de France.

Le Fichier des Incidents de Crédit au Particulier

C’est sans doute le fichier  » fourre-tout  » de la Banque de France, en ce sens où il recense aussi bien les mensualités de crédit non honorées que les découverts non comblés. Il existe des règles strictes de procédures et de délais pour déclencher une inscription dans ce fichier, et toute personne pensant avoir été fichée abusivement a le loisir de demander réparation auprès de la Justice. Mais dans la pratique, la solution la plus efficace consiste à régulariser sa situation à l’égard de la banque ou de l’organisme de crédit. Sinon vous resterez fiché 5 ans.

A noter qu’il n’y a pas d’interdiction de crédit liée à ce fichier. Cependant, dans la pratique, aucun établissement financier ne vous prêtera un seul centime si vous apparaissez dans le fichier.

Toutefois, ce fichier recense aussi les plans de surendettement, et là les procédures diffèrent un peu, en ce sens où d’une part c’est la Banque de France qui arbitre l’endettement, et également elle qui porte l’inscription au FICP (lequel est maintenu 10 ans).

Par ailleurs, les plans de surendettement impliquant que la personne surendettée ne doit en aucun cas contracter de nouvelles dettes, l’inscription au FICP pour cause de surendettement induit de fait une interdiction de contracter un crédit ou un découvert bancaire.

Le Fichier Central des Chèques

Ce fichier, peut-être le plus connu de tous, recense tous les rejets de chèques pour défaut de provision.  Contrairement aux autres fichiers tenus par la Banque de France, il induit une réelle interdiction : celle d’émettre des chèques. Mais là encore, cette interdiction n’est pas délivrée par la Banque de France, ni même par le fait de l’inscription d’un incident dans ce fichier, mais par l’injonction de ne plus émettre de chèques, adressée, par sa banque, au tireur du chèque qui a été rejeté.

Votre banque ne peut toutefois pas rejeter un chèque de façon brutale, et qui plus est, il y a toute une procédure précise qui est prévue : le non-respect, par votre banque, de cette procédure, peut facilement entraîner l’annulation pure et simple de l’injonction – et donc de l’interdiction bancaire.

Pour plus d’informations : SOS Interdiction Bancaire

Le Fichier National des Chèques Irréguliers

Le FNCI centralise les déclarations de perte ou de vol de chèques et enregistre les numéros de compte bancaire des interdits bancaires, les références des comptes clos et les caractéristiques des faux chèques, dans le but de prévenir l’utilisation frauduleuse de chèques. Il n’y a pas de relation de causalité directe entre une interdiction bancaire et ce fichier, sauf dans les cas – assez rares, mais semble-t-il de plus en plus courants – où une personne interdite d’émettre des chèques continue d’en tirer (ce qui peut la conduire au Tribunal Correctionnel).

En conclusion :

En raison de la frilosité actuelle des établissements financiers, le risque pour chacun de se retrouver interdit bancaire – ou au moins fiché au FICP – est de plus en plus grand. La prudence est donc de mise, et la meilleure façon de s’en protéger en attendant que la crise s’estompe, est d’anticiper sur les éventuelles difficultés auxquelles vous risqueriez d’être confrontés (dénonciation de votre découvert habituel, augmentation substantielle des frais bancaires, utilisation de votre carte de crédit et de votre chéquier, etc .).

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Réflexions
" Ce qui compte pour un alpiniste, c'est son effort, c'est son adresse, ce sont ses muscles. La corde qui l'assure ne joue aucun rôle tant que tout va bien. Mais elle lui donne la sécurité. De même, l'or ne sert qu'à garantir la confiance. C'est un refuge. "