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Posts Tagged ‘orpailleur’

Alchimie néfaste pour l’Amazonie

Jeudi, novembre 13th, 2008

Avant même de débarquer dans une mine d’or, le voyageur est surpris par cette propension des pays de l’Amazonie à s’organiser afin d’acheminer tout ce qu’il faut pour les orpailleurs, depuis la nourriture jusqu’à l’essence. Autant que l’extraction de l’or, en paillettes, grains fins ou en pépites, à raison d’environ deux cents cinquante tonnes par an, et sûrement plus, le transport du métal précieux et de ses ingrédients, carburants et mercure, représente une activité hautement lucrative, que ce soit en pirogue, en quad ou en petit avion de casse-cou. Les tentatives pour sauver l’Amazonie et le relais par les pays de la région pour aider ces campagnes, tels que l’interdiction de l’orpaillage clandestin ou de l’utilisation du mercure, se heurtent à l’hypocrisie la plus totale des représentants de ces États dans le coin, qu’ils soient brésiliens, surinamais, français ou vénézuéliens. Pourquoi dénoncer les trafics alors que ces mêmes agents de l’État mettent tout en oeuvre pour le prolonger, soit par laisser-faire ou aveuglement, soit par une participation active ? Non seulement la situation de la forêt d’Amazonie ne s’améliore pas mais elle empire, au point que l’ on se demande si les mêmes États ne profitent pas de son saccage. Car les profits engendrés par le transport sont souvent aussi importants que les revenus de l’ orpaillage. Le bourg de Maripasoula, en Guyane française, avec son arrière-cour grande comme la Belgique, vit en grande partie du commerce de l’or. Nombre de notables ont une relation particulière avec le métal jaune. Le grand man Joseph Joachim, le chef des Bonys, est lui-même orpailleur, tout en étant rétribué pourtant par l’État français pour ses activités de représentant coutumier. Lorsqu’un orpailleur est emprisonné, les gendarmes craignent l’émeute. ” On discute d’abord, dit l’un d’entre eux, on voit si on peut sévir ensuite mais ici il vaut mieux s’abstenir, on ne sait jamais. ”
Au Brésil, les transporteurs s’en donnent à coeur joie. Ils envoient la marchandise sur l’autre rive du fleuve Oyapock, côté Guyane, et attendent leurs royalties. Idem au Surinam, où l’argent de l’or atterrit dans les coffres des banques ou sur les tables des casinos. Pourquoi s’évertuer à déclarer que l’or profite aux populations, alors que tout le monde sait pertinemment, de Caracas à Cayenne, de Rio à Paramaribo, qu’il ne sert à rien, est évacué sur l’étranger ? L’or s’en va, le mercure pénètre dans l’Amazonie. L’alchimie est néfaste pour la forêt.

Extrait du livre J’Aurai de l’Or d’Olivier Weber, tiré du film La Fièvre de l’Or

Vous pouvez aussi vous mettre dans “l’ambiance” de l’extraction sauvage en Guyane avec cette vidéo de RFO.

L’or sale d’Amazonie

Dimanche, novembre 9th, 2008

Les pépites, raconte Dwight, ne se récoltent pas à la pelle par les orpailleurs. Pauvres chercheurs de fortune, ils sont dans leur immense majorité clandestins, bien que l’on puisse s’arranger à coups de billets avec certaines autorités, au Surinam, au Venezuela et au Brésil notamment, pour obtenir des papiers ou pour que l’on ferme les yeux. Il suffit parfois de nettoyer à la lance à incendie un versant de colline pour obtenir des paillettes, déposées sur un bout de moquette. L’opération nécessite beaucoup d’eau, un moteur conséquent et des fûts d’essence à un prix assez élevé en raison du coût du transport et des commissions des piroguiers qui, comme Dwight, vivent souvent confortablement. Les paillettes sont ensuite amalgamées grâce à du mercure que l’on jette dans l’eau, geste que Dwight répète d’une manière mécanique, comme s’il voulait conjurer le mauvais sort car ce mercure se révèle très polluant et dangereux pour ceux qui s’amuseraient à manger du poisson en aval d’une mine d’or. Sur le fleuve Tampok, affluent du Maroni, les Indiens redoutent de manger du poisson, surtout carnivore car ingurgitant davantage de mercure. Les anciens disent que plusieurs enfants sont nés avec des malformations dues au mercure, ce qui n’a pas l’air d’émouvoir outre mesure les chercheurs d’or dans les parages.

Extrait du livre J’Aurai de l’Or d’Olivier Weber, tiré du film La Fièvre de l’Or

La pollution au mercure est considérable (5 à 10 tonnes seraient versées chaque année dans les rivières guyanaises). Ce métal tératogène, c’est-à-dire provoquant des malformations chez l’embryon, se retrouve dans les poissons consommés par la population, en quantité supérieure à la limite fixée par l’OMS. De plus, les bassins d’eau que mettent en place les orpailleurs créent un milieu de vie parfait pour le moustique vecteur du paludisme et permettent donc le développement de la maladie dans des régions qui en étaient jusque là exemptes.

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Réflexions
" Ce qui compte pour un alpiniste, c'est son effort, c'est son adresse, ce sont ses muscles. La corde qui l'assure ne joue aucun rôle tant que tout va bien. Mais elle lui donne la sécurité. De même, l'or ne sert qu'à garantir la confiance. C'est un refuge. "