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Maintenant qu’il est admis que l’affaire des « Panama papers » n’a pas été aussi fortuite qu’on a bien voulu nous le faire croire au début, il peut être intéressant de chercher à comprendre ce qui a pu motiver les personnes à l’origine de ces révélations. Et l’un des motifs les plus évidents (il y en a sans doute d’autres) laisse augurer de nouvelles découvertes de documents confidentiels à venir issus d’autres paradis fiscaux, comme par exemple les Bahamas.

Lorsqu’on prend un peu de recul sur cette affaire des Panama papers, et même sur les grands moments de l’actualité géopolitique de ces trois ou quatre dernières années, quelque chose d’assez frappant apparaît au milieu du tumulte. Qu’il s’agisse des évènements en Ukraine, de la guerre en Syrie, de la crise financière à Chypre ou même en Grèce, on retrouve toujours de gros intérêts financiers Russes. Des intérêts par ailleurs presque toujours mis à mal par une sorte de malchance faisant à chaque fois intervenir le FMI, la BCE ou le gouvernement américain. De là à imaginer que les Panama papers n’aient eu d’autre objectif que de fragiliser la position de Poutine, il n’y a qu’un pas qu’on pourrait facilement franchir avec un peu d’imagination.

Les paradis fiscaux appréciés par les Russes visiblement visés

Donc, imaginons. Ce que l’on sait déjà, c’est qu’à travers les fonds déposés plus ou moins illégalement au Panama par son entourage direct, c’est Vladimir Poutine qui a le plus perdu dans cette dernière opération des chevaliers blancs anti-paradis fiscaux. Et l’addition est salée : plus de 2 milliards de dollars que le Kremlin va devoir essayer de faire de nouveau disparaître en douceur, à défaut de pouvoir les justifier dans un contexte de relative austérité financière. Inutile de dire que Poutine n’a pas trop envie de remercier les gentils journalistes américains payés par la CIA qui ont dévoilé le pot-aux-roses panaméen au début du mois.

D’autant que ce n’est pas la première fois que les intérêts russes semblent visés par les opérations de « nettoyage » téléguidés par les grands argentiers du monde libre. Rappelons-nous l’île de Chypre, par exemple, dont la faillite bancaire survenue à la suite d’un étrange concours de circonstances (juste après avoir reçu un prêt de 2,5 milliards d’euros de la part de la Russie) a eu pour conséquence la taxation (jusqu’à 80% !) des comptes de dépôts supérieurs à 100 000 euros dans les principales banques du pays, ainsi que l’appropriation publique des biens immobiliers de plus de 250 000 euros dont les propriétaires étaient devenus insolvables. L’ironie de l’histoire c’est que la plupart des détenteurs de comptes bancaires supérieurs à 100 000 euros étaient des oligarques russes pour qui les banques chypriotes constituaient un véritable paradis fiscal. Quant aux expropriations, là encore, beaucoup de biens prestigieux appartenaient à des Russes qui, du fait de la conversion de leurs liquidités en actions de la Bank of Cyprus, se sont donc retrouvés techniquement « insolvables ».

Une relecture des évènements marquants de ces dernières années

Passons rapidement sur les tentatives de Poutine d’étendre l’influence russe sur différentes régions du globe, par l’annexion forcé en Ukraine, l’appui stratégique en Syrie ou encore le soutien financier en Grèce. Tentatives chaque fois avortées par l’intervention musclée d’une coalition armée plus ou moins aux ordres de l’Oncle Sam, ou encore, dans le cas spécifique de la Grèce, grâce aux efforts répétés d’un FMI étrangement conciliant et exigeant de l’Europe qu’elle efface les dettes du mauvais élève de la bande pour éviter qu’il ne tombe entre les griffes de Poutine. Lequel a d’ailleurs préféré renoncer à octroyer un prêt de 10 milliards de dollars aux grecs, sachant que cette somme ne serait jamais remboursé et qu’il ne pourrait en tirer aucun avantage (contrairement aux 2 milliards déjà investis dans un gazoduc en 2015 lui permettant désormais de vendre son gaz aux Européens). Évoquons aussi rapidement la crise pétrolière qui, en plus de mettre la plupart des pays de l’Opep en difficulté financière, a privé les Russes d’une source importante de revenus, surtout après la levée (pas du tout innocente !) de l’embargo sur le pétrole iranien venu directement concurrencer la production russe.

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Donc, au total, ce sont des dizaines de milliards de dollars que la Russie a perdus ou dépensés en pure perte ces dernières années en voulant jouer le jeu de l’influence stratégique et de la diplomatie. Un jeu que Poutine ne maîtrise pas, faute d’y avoir été formé à l’époque soviétique, mais dans lequel excellent les Américains et les Européens.

Le prochain paradis fiscal exposé ? Suivre l’argent russe

Bref, si on devait aujourd’hui parier sur le prochain évènement d’envergure qui pourrait faire trembler les évadés fiscaux du monde entier, on pourrait utiliser l’argent russe comme indicateur potentiel. Et celui-ci pourrait très bien désigner les Bahamas comme prochaine victime des pseudo-défenseurs de la morale financière internationale. En effet, au premier semestre 2015, le principal investisseur étranger en Russie n’était plus Chypre mais les Bahamas, avec 2,3 milliards de dollars d’investissements. Entendez par-là que les milliardaires russes souhaitant faire circuler leur argent sans être taxés par la Mère Patrie utilisent désormais les services d’établissements offshore basés aux Bahamas. Et c’est vrai que la législation de l’archipel est des plus séduisantes : 0% d’impôt sur le revenu, 0% d’impôt sur les plus-values, 0% d’impôt sur les bénéfices, les dividendes et la succession, 0% d’impôt sur la vente, absence de contrôle des changes, 0% de taxes sur l’importation de propriété intellectuelle, d’équipements et de matières premières pour les exportateurs, selon la Loi sur la Promotion de l’Industrie. Ajoutons à cela que c’est le droit britannique ultra-protecteur qui s’applique en matière de droits de la propriété privée, et on comprends aisément l’intérêt des oligarques pour ce petit coin de paradis… fiscal.

Reste à savoir qui aura l’honneur de faire sortir les loups du bois, la couverture des journalistes de l’ICIJ étant désormais grillée. Peut-on imaginer que le récent rapprochement entre les USA et Cuba se solde dans un proche avenir par un épluchage en règle du petit archipel des Bahamas, coincé comme il l’est entre la Floride et la Havane ? Tout dépendra surement, là encore, de l’opportune cécité des « lanceurs d’alerte », lesquels seront peut-être disposés à fermer les yeux sur les avoirs des rares cubains fortunés aux Bahamas (militaires, dirigeants d’entreprises d’État, acteurs du tourisme ou artistes) comme ils l’ont fait pour les fonds américains domiciliés au Panama.

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Anthony Alberti
Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.

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