1965 : Cet homme tranquille qui se promĂšne avec sa femme dans les rues de New York, câest Jacques Rueff. Personne ne le reconnaĂźt, personne ne lui demande dâautographe et pourtant depuis quelques semaines il est cĂ©lĂšbre dans toute lâAmĂ©rique, on lâappelle ici Monsieur Ă©talon or. La thĂ©orie de Jacques Rueff, câest que le systĂšme international des monnaies basĂ© sur le gold exchange standard qui accorde un statut prĂ©fĂ©rentiel au dollar et Ă la livre sterling doit disparaĂźtre et doit ĂȘtre remplacĂ© par l’Ă©talon or pur.
Jacques Rueff : « Les AmĂ©ricains achĂštent une usine en Allemagne, en Italie, au japon ou en France, ils la paient en dollars mais on peut rien faire du dollar dans ces pays, donc par des canaux divers ils arrivent Ă la banque dâĂ©mission. En rĂ©gime dâĂ©talon or, la banque de France aurait demandĂ© de lâor en Ă©change de ces dollars puisqu’elle n’Ă©tait pas autorisĂ©e Ă les garder et les Etats-Unis auraient perdu ce que le pays crĂ©ancier gagnait. »
Le commentateur : « Robert Triffin dâorigine belge Ă©tait le spĂ©cialiste financier attachĂ© auprĂšs du prĂ©sident Kennedy Ă la Maison Blanche. »
Robert Triffin : « Je vais dâabord vous dire que je suis entiĂšrement dâaccord avec mon vieil ami Monsieur Rueff en ce qui concerne lâabsurditĂ© du systĂšme actuel et les dangers quâil fait courir au monde et particuliĂšrement aux Etats-Unis eux-mĂȘmes dâailleurs. Monsieur Rueff a dit que ce systĂšme avait atteint un tel degrĂ© dâabsurditĂ© quâaucun cerveau humain capable de raisonner ne pourrait le dĂ©fendre aujourdâhui et lĂ je crois que je suis entiĂšrement dâaccord avec lui. »
Commentateur : « Mais est-ce que vous ĂȘtes dâaccord avec monsieur Rueff pour considĂ©rer que lâĂ©talon or est la panacĂ©e universelle qui arrivera Ă rĂ©soudre tous les problĂšmes tels qu’ils se posent. «Â
Robert Triffin : « Malheureusement pas. LĂ oĂč nous nous sĂ©parons tout en considĂ©rant, lâun et lâautre, quâune rĂ©forme est indispensable, nous diffĂ©rons sur la maniĂšre dont cette rĂ©forme devait ĂȘtre conçue. »
Commentateur : « Quâest-ce que vous reprochez Ă lâor Monsieur Triffin ? »
Robert Triffin : « Je reproche Ă lâor tous les alĂ©as qui dĂ©cident en ce moment de lâaccumulation dâor par les banques centrales. Nâoubliez pas quâau cours des derniĂšres annĂ©es, lâor accumulĂ© par les banques centrales est provenu pour moitiĂ© de Russie et pour lâautre moitiĂ© ou presque, dâun pays menacĂ© de guerre civile. »
Commentateur : « Vous parlez de lâAfrique du Sud ? »
Robert Triffin : « Oui. Et que de toute façon, les trois quarts de la production dâor au cours des derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© absorbĂ©s par le privĂ© et dans une large mesure par la spĂ©culation. Alors, il est absolument invraisemblable que les alĂ©as de la production dâor en Afrique du Sud, que les changements de politique du Kremlin en ce qui concerne les ventes dâor dans les pays de lâouest, plus surtout lâinfluence de la spĂ©culation, que tout cela sâadditionne et produise miraculeusement le montant des rĂ©serves internationales qui est lĂ©gitimement nĂ©cessaire aux besoins dâexpansion de lâĂ©conomie mondiale dans un cadre non inflationniste, câest sâen remettre vĂ©ritablement au pur hasard. »






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