L’actuel ratio or/pĂ©trole nous annonce-t-il la pire crise de l’histoire ?

par | 29 Fév 2016 | Or | 0 commentaires

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Dans la catĂ©gorie « prĂ©dictions millĂ©naristes » et autres statistiques prophĂ©tiques, la Deutsche Bank vient de donner du grain Ă  moudre Ă  tous ceux qui aiment voir des signes de fin du monde dans la premiĂšre trace un peu louche laissĂ©e par leur grille-pain sur leur tartine matinale. En effet, la banque allemande a rĂ©cemment mis Ă  jour l’Ă©volution du ratio or/pĂ©trole depuis 1865 et l’allure gĂ©nĂ©rale de la courbe de tendance fait dĂ©sormais dire Ă  certains que la crise qui va bientĂŽt nous frapper sera la pire que notre histoire aura jamais connue.

Soyons clairs, il n’est pas question ici de nier que tous les signes objectifs apparaissant sur les marchĂ©s depuis plusieurs mois maintenant concourent Ă  nous mener vers une nouvelle crise de grande ampleur. Difficile Ă©galement d’imaginer qu’on aura juste droit Ă  une Ă©niĂšme secousse, certes dĂ©sagrĂ©able, mais qui finira par passer, comme les autres, sans doute avec l’aide des banquiers centraux qui nous inventeront pour l’occasion un nouveau tour de passe-passe financier dont ils ont le secret. Non, on sait que la prochaine sera probablement la bonne, celle qui risque fort de remettre en question pas mal de principes qu’on croyait jusqu’ici inĂ©branlables, voire de bouleverser les fondements mĂȘmes de nos sociĂ©tĂ©s.

Crise majeure

Mais ce qui est gĂȘnant, en revanche, c’est de voir que certains partent de la conclusion possible pour remonter jusqu’Ă  des dĂ©clencheurs, ou en tout cas des indicateurs, assez peu probants.

Prenons ainsi ce pseudo-modĂšle du ratio or/pĂ©trole. On nous explique que chaque fois que la valeur de l’once d’or en barils de pĂ©trole Ă©tait au plus haut, on avait droit Ă  une crise majeure. Crise d’ailleurs d’autant plus importante que le ratio atteignait un niveau Ă©levĂ©. Et, graphique Ă  l’appui, on voit bien qu’en 1986, lorsque le pĂ©trole cotait plus de 30 onces le baril, le monde connaissait les affres du contre-choc pĂ©trolier. De la mĂȘme façon, un nouveau pic au tournant de l’annĂ©e 1994 coĂŻncidait avec de graves bouleversements Ă©conomiques en AmĂ©rique Latine. Idem fin 1998 oĂč un nouveau pic venait coller Ă  la crise asiatique. Puis ce fut le pic de 2009, correspondant Ă  la crise des subprimes ; celui de 2011, Ă  rapprocher de la crise en Europe ; et enfin le pic de 2015 marquant l’effondrement des Ă©conomies Ă©mergentes dans lesquelles le monde entier mettait tant d’espoir. La courbe poursuit ensuite son envol vers des sommets jusqu’ici jamais atteints et dont on ne perçoit visiblement pas encore le plafond, laissant augurer une nouvelle crise comme jamais on n’en a connu jusqu’ici. Le raisonnement est sĂ©duisant, presque convainquant mĂȘme. Sauf que…

Sauf qu’on essaie juste de faire dire Ă  ce pauvre ratio or/pĂ©trole autre chose que ce qu’il traduit. À savoir, une consĂ©quence bien plus qu’une cause, ou mĂȘme un signal. Inutile de rentrer dans le dĂ©tail d’une analyse finement menĂ©e sur le lien entre l’or jaune et l’or noir. Contentons-nous simplement de reprendre la liste des fameux pics.

– 1986 et le contre-choc pĂ©trolier : non seulement 1986 marque la fin du phĂ©nomĂšne initiĂ© en 1981 par les efforts conjoints (et volontaires !) des États-Unis et de l’Arabie Saoudite pour faire baisser le prix du baril et limiter l’emballement de l’Ă©conomie mondiale, mais il se trouve que l’une des consĂ©quences Ă  Ă©tĂ© la mise en difficultĂ© de l’URSS qui finit par ne plus avoir les moyens de financer les pays dits « satellites », ce qui mĂšnera 3 ans plus tard Ă  l’Ă©clatement du bloc de l’Est et la fin de la Guerre Froide. Difficile d’y voir un Ă©vĂšnement nĂ©gatif. Et encore moins de supposer que le pic or/pĂ©trole annonçait quoi que ce soit puisqu’il est arrivĂ© Ă  la fin du processus.

– 1994 et la crise des pays d’AmĂ©rique Latine : certes, le Mexique a connu une grosse annĂ©e noire Ă  ce moment prĂ©cis et Ă  peu prĂšs toutes les Ă©conomies de la rĂ©gion en ont souffert, mais la crise existait dĂ©jĂ  quasiment en continu depuis les annĂ©es 70, en particulier Ă  cause des dĂ©rives de l’idĂ©ologie communiste qui faisait des ravages dans tous ces pays. Et si on devait placer la crise de la dette des pays d’AmĂ©rique Latine sur une Ă©chelle du temps, on la situerait plus aisĂ©ment Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 80. Donc, lĂ  encore, il est abusif de considĂ©rer le pic de 1994 comme annonciateur de ce dĂ©sordre international.

– passons rapidement sur le pic de 1998 censĂ© annoncer une crise asiatique… qui a eu lieu durant la seconde moitiĂ© de l’annĂ©e 1997.

– sourions Ă  l’Ă©vocation du pic de 2009 qu’on nous prĂ©sente comme prĂ©curseur de la crise des subprimes… de 2008 !

– alors oui, on a bien un pic en 2011 qui prĂ©cĂšde les dĂ©fauts en cascade de pas mal de pays europĂ©ens en 2012, mais on pourrait presque finir par croire Ă  une coĂŻncidence, d’autant que les choses n’ont fait qu’empirer entre 2013 et 2014… alors que cette fois le ratio or/pĂ©trole Ă©tait au plus bas (pĂ©trole trĂšs cher et or en perte de vitesse)

– enfin, il est difficile de voir dans le « pic » de 2015 autre chose que l’amorce de l’envol de la courbe qui n’a depuis cessĂ© de monter, sauf Ă  un bref moment, en fin d’annĂ©e, oĂč certains ont pu croire que les mesures annoncĂ©es par certaines institutions (Ă  commencer par la dĂ©cision de la FED de remonter ses taux) allaient peut-ĂȘtre tirer tout le monde vers le haut.

Reste cette progression constante de la valeur de l’once d’or par rapport au pĂ©trole, sur laquelle on pourrait gloser sans fin et lui trouver une quantitĂ© astronomique de raisons… comme de prĂ©sages. Quoi qu’il en soit, le fait qu’on ait conjointement une forte baisse du prix du pĂ©trole et une forte remontĂ©e des cours de l’or depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2016 doit probablement expliquer une bonne partie de cet essor sans prĂ©cĂ©dent.

La crise, on l’aura, et elle sera probablement violente, dĂ©vastatrice mĂȘme peut-ĂȘtre. Mais voir dans la valeur de l’or en barils un indicateur de cette violence semble aussi hasardeux que d’indexer le taux de chĂŽmage sur la natalitĂ© annuelle.

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Alberti, Anthony
Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratĂ©gique, il a Ă©tĂ© amenĂ© Ă  travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matiĂšre d'Ɠuvre Ă©tait constituĂ©e de l'argent des Ă©pargnants. Peu complaisant Ă  l'Ă©gard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il dĂ©livre aujourd'hui rĂ©guliĂšrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de prĂšs ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnĂȘtes citoyens.

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