Pourquoi la Chine veut-elle devenir dépositaire de l’or des BRICS+ ?

par | 5 Jan 2026 | Or | 0 commentaires

Temps de lecture : 5 minutes

Les conséquences du gel des réserves de devises détenues par la Russie à l’étranger continuent de se déployer. Le 23 septembre 2025, on a appris que Pékin a proposé à ses alliés d’assurer la garde de leurs réserves d’or. Le Cambodge aurait répondu favorablement à l’appel. Il s’agit d’une attaque en règle contre l’hégémonie occidentale en matière de gardiennage des réserves mondiales. Cela dit, la décision chinoise pourrait s’inscrire dans un projet encore plus grand…

Quand la Chine propose d’assurer la garde de l’or des BRICS+

L’information a été dévoilée par Bloomberg le 23 septembre 2025 sous la forme d’une rumeur. « La Chine a pour ambition de devenir dépositaire des réserves officielles d’or afin de renforcer sa position sur le marché mondial de l’or […]. La Banque populaire de Chine utilise le Shanghai Gold Exchange pour inciter les banques centrales de pays amis à acheter des lingots d’or et à les stocker sur son territoire », résumait alors le journal.

BRICS monnaie or

La proposition chinoise n’est donc pas celle d’un transfert des réserves d’or existantes depuis Londres ou New York vers la Chine. À ce stade, l’initiative se cantonne aux nouveaux achats d’or.

Quels pays composent les BRICS et quelle est leur relation avec l’or ?

Les BRICS+ regroupent 10 pays : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Éthiopie. La plupart d’entre eux sont de gros thésaurisateurs d’or.

Le 5 novembre, c’est à nouveau Bloomberg qui a annoncé que « Selon des sources [anonymes] proches du dossier, le Cambodge [qui détient environ 54 tonnes d’or, mais qui n’a pas encore de lien officiel avec le groupe des BRICS+] s’apprête à devenir l’un des premiers pays à stocker son or auprès de la Chine. »

Cette nouvelle, qui a fait l’effet d’une bombe, n’a cependant pas étonné les observateurs attentifs du marché de l’or…

Internationaliser le Shanghai Gold Exchange

La Chine est le premier producteur et consommateur d’or au monde. Sa population détient sans doute le 2ème plus gros stock d’or au monde, derrière l’Inde. Enfin, sa banque centrale dispose très certainement de la 2ème réserve officielle d’or mondiale, juste derrière les Etats-Unis.

Tout cela est bel et bon, mais demeure tristement national. À ce stade, ce dont a besoin la Chine, c’est d’internationaliser son marché de l’or. 

Le Shanghai Gold Exchange (SGE) est certes un succès, mais ses volumes d’échanges restent en effet loin derrière ceux des places occidentales, comme le marché au comptant de la LBMA et le marché à terme du COMEX.

Volumes d’échanges d’or quotidiens (Mds$, 2021)

Source : Conseil mondial de l’or

La situation est donc en train de changer : le SGE va continuer de s’internationaliser (et le yuan va s’internationaliser avec lui).

Ce n’est pas tout.

L’Occident militarise le papier, la Chine va militariser l’or !

Souvenez-vous en effet de ce que nous disaient Ronald Stöferle et Mark Valek dans le rapport In Gold We Trust 2022 : « Le gel des réserves de devises de la Russie est comparable à la fermeture du guichet de l’or par Richard Nixon en 1971. » Ainsi, non seulement Pékin a pris acte de la militarisation des réserves de change occidentales, mais, avec l’annonce du mois de septembre, la Chine montre clairement qu’elle ne compte pas se laisser faire.

Sur X, Luke Gromen résume la manœuvre en ces termes : « Chine : “Vous militarisez le dollar (tout en nous envoyant 1 200 Mds$ par an d’excédents commerciaux en dollars), nous militariserons l’or, et nous verrons bien qui arrivera à court en premier” » ! Comprendre : utiliser l’or comme levier géopolitique et offrir un plan de secours aux pays craignant des sanctions occidentales.

Et justement : à quelles places de marché Pékin va-t-elle faire concurrence ?

Où sont stockées les réserves d’or mondiales ?

Comme on peut le lire sur le site de la Bank of England : « La Banque d’Angleterre possède l’un des plus grands coffres-forts d’or au monde. Elle est le 2ème plus grand dépositaire d’or au monde, après la Réserve fédérale de New York. » La Banque de France arrive en 3ème position.

Comme l’indique Jan Nieuwenhuijs sur X : « Bien que les banques centrales étrangères puissent stocker de l’or à Shanghai depuis 2014, quelle quantité d’or étranger se trouve actuellement en Chine ? Très peu, voire pas du tout. »

La Chine parviendra-t-elle à modifier l’équilibre de la finance mondiale ?

On peut voir le verre à moitié plein : pour les clients potentiels, les coffres-forts chinois pourraient être une option intéressante en vue de constituer des réserves et palier le risque de se retrouver coupés des marchés financiers mondiaux à l’initiative du camp occidental.

Réserves d’or par pays : où les banques centrales asiatiques stockent-elles leur métal ?

Voici une réponse sous forme de tableau :

Cela dit, la Chine ne brille pas par sa transparence, et ses institutions sont dirigées par un régime communiste peu friand du respect des principes de l’Etat de Droit. Au contraire, Londres bénéficie de siècles de confiance, et du niveau de liquidité le plus élevé au monde. Il est certain que les autres pays membres des BRICS+ vont se poser cette question : « Quel est le risque que la Chine gèle nos réserves d’or en cas de retournement d’alliances ? » Ce risque n’est pas nul.

On en revient donc à l’éternelle problématique du gardiennage de l’or…

Ce n’est pas tout.

Il faut également se poser la question du but final de Pékin…

Pékin dépositaire des réserves d’or des BRICS+ : une nouvelle étape pour mBridge ?

MBridge est le nom du projet de plateforme internationale garantissant l’interopérabilité de différentes monnaies numériques de banques centrales (MNBC). Ce projet, lancé en 2021 et contrôlé par la Chine, compte actuellement 5 membres à part entière (la Thaïlande, la Chine, Hong Kong, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – tous de gros thésaurisateurs d’or), et plus de 30 membres observateurs.

MBridge pourrait bien être la pièce maîtresse du plan chinois en vue de la dédollarisation de l’Asie. Sous le patronage de Pékin, les BRICS+ pourraient mener une stratégie en 3 étapes :

  • Continuer de recycler leurs excédents commerciaux en or plutôt qu’en dollars ;
  • Utiliser mBridge pour régler les échanges commerciaux en devises locales (MNBC) ;
  • Régler leurs déséquilibres commerciaux en or physique.

Le Cambodge ne participe pas au projet mBrdige, en tout cas pas à ce stade.

Cela dit, si un pays membre de mBrdige acceptait l’offre chinoise, il est clair que cette affaire prendrait une tout autre ampleur.

Une monnaie/currency/billet des BRICS+ basée sur l’or est-elle possible ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, il me semble que la réponse est non. C’est une chimère.

Quel est le classement des réserves d’or par pays ? (France, Allemagne, Etats-Unis, Afrique…)

Voici le classement officiel :

  • 1. Etats-Unis : 8133 tonnes d’or ;
  • 2. Allemagne : 3350 tonnes d’or ;
  • 3. Italie : 2451 tonnes d’or ;
  • 4. France : 2437 tonnes d’or ;
  • 7. Chine : 2304 tonnes d’or.

Conclusion au sujet du cours de l’or

Le 23 septembre, alors que la Chine annonçait une nouvelle étape de la désoccidentalisation du marché de l’or, le cours du métal atteignait un nouveau record historique, à 3 206 € l’once. Depuis, son cours a beaucoup augmenté.

Le train de l’or est parti : si vous n’êtes pas encore monté, il est encore de temps de le prendre en marche !

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Perrin, Nicolas
Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a débuté sa carrière en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Auteur de l’ouvrage de référence "Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir", il est désormais rédacteur indépendant. Il s’intéresse au libéralisme, à l’économie et aux marchés financiers, en particulier aux métaux précieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine. Twitter : @Nikookaburra

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