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Aucun pays n’a connu de plus radical changement que la Chine au cours de cette dernière décennie, son ambition étant de détrôner les Etats Unis de leur place de première puissance mondiale. Au début des années 2000, le dollar était fort et reconnu dans le monde entier comme la monnaie de référence et de réserve. En Chine, on se réfère même au Dollar en termes de mei jin, littéralement « or américain ».

Donc, si un Chinois vous dit qu’il vous doit cent « mei jin », ne vous attendez pas à recevoir une fortune, il ne vous doit que cent Dollars… !

La compétitivité (quelque soit le domaine de production) signifiait que les pays occidentaux se battaient pour augmenter leurs marges et étaient toujours à la recherche de la solution miracle pour réduire leurs couts de production.

Nous avons ainsi vu la production migrer de l’Europe de l’ouest vers celle de l’Est, des Etats Unis vers le Mexique afin de profiter de ces couts amoindris.

Mais il est vite apparu que l’extrême Orient constitué la seule solution à une réduction drastique des couts de production. Nous avons ainsi vu des produits « made in Taiwan », très vite remplacés par ceux « made in China ». Une main d’œuvre illimitée et très peu chère, voilà la base du succès chinois.

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Au début du XXIème siècle, la Chine possédait $166 milliards de réserve de change, aujourd’hui, c’est elle qui en possède le plus avec $2400 milliards (environ 31% du total mondial), soit environ le double de ce que possèdent les membres du G7 !

Au cours de la période 1999/2009, le Dollar a perdu 30% de sa valeur. Sachant que la majorité des actifs chinois sont en Dollar, il n’est pas dans leur intérêt que celui-ci s’effondre… Parallèlement, toujours au cours de cette période, les stocks d’or chinois sont passe de 404 tonnes à 1054 ! De quoi nous faire réfléchir.

Les Chinois sont très préoccupés par l’énorme déficit public américain, qui conduit inévitablement à l’inflation. Cela à en effet pour effet d’éroder le pouvoir d’achat des actifs financiers, qui sont, rappelons-le, libellés en Dollar. De la même manière, si les Américains font chauffer la planche à billets, cela conduit aussi à l’inflation, ce qui se traduira dans un an ou deux à une chute brutale du Dollar. Notons que la plupart de leurs réserves en devises étrangères sont sous forme de bons du trésor américains, et donc très difficiles a échanger aujourd’hui.

Les taux de change du Yuan étant fixés par les autorités chinoises, le manque de convertibilité en découlant permet à la monnaie chinoise de se maintenir face au Dollar et d’éviter ainsi la spéculation sur la monnaie. Le cout du travail reste donc faible et les prix compétitifs. Rendre le Yuan pleinement convertible serait très dommageable à l’économie chinoise dans le sens ou cela affecterait la valeur du Dollar, fragilisant ainsi investissements et épargne libellés dans cette devise.

Les économies chinoise et américaine sont donc inextricablement liées, pour le meilleur et pour le pire.

Le problème majeur auquel fait face aujourd’hui les autorités chinoises est le suivant : avec un stock à hauteur de 2000 milliards de Dollars « risqués », comment sortir de cette situation délicate ? Les devises et les proportions dans lesquelles sont détenues ces devises sont tenues secrètes, mais on peut légitimement présumer qu’après le Dollar viennent l’Euro et le Yen.

Le maitre mot des Chinois devrait donc être diversification. Selon Cheng Siwei, ancien vice président du comité permanent et aujourd’hui à la tête du « China’s green energy driving force », « l’or est sans aucun doute une alternative, mais quand nous achetons, les prix augmentent. Nous devons donc acquérir de l’or en restant prudent à ne pas trop stimuler les marchés. »

Les analyses s’accordent toutes pour dire que le Chine est devenu un moteur sur le marché de l’or et qu’on doit compter sur lui pour être acheteur à chaque baisse de prix, créant un plancher correctionnel.
C’est donc le deuxième dilemme auquel est confronté la Chine : acquérir de l’or sans être à l’origine d’une hausse massive des prix, comme ce fut le cas pour l’Inde lorsqu’elle acheta 200 tonnes au FMI l’année dernière.

Nous sommes déjà dans une situation ou la production minière est de l’ordre de 2500 tonnes, la demande dépassant largement cette quantité. Il n’est donc pas un jour sans que l’on vous propose d’acquérir du vieil or, dans l’optique de combler ce déficit grandissant.

Si la Chine avait accepté l’offre du FMI, le signal alors donné aux marchés aurait pu conduire à une considérable augmentation du prix de l’or et à une dépréciation du Dollar. Considérant les énormes quantités de Dollars que la Chine possède, cela n’aurait eu aucun sens au point de vue économique.

Depuis 2003, Pékin a acheté une grande majorité de l’or extrait et raffiné dans le pays. C’est en effet une stratégie parfaite. Aucun pays n’avait une vision plus globale du marché de l’or que la Chine, s’ajoute à cela le fait que la facture était réglée en Yuans !

Aujourd’hui, la Chine possède officiellement 1050 tonnes de réserves d’or, soit une augmentation de 75% en 6ans, occupant ainsi le 5ème rang parmi les banques centrales nationales après les USA, Allemagne, France et Italie. Les mandarins de Pékin ont donc pu dormir sur leurs deux oreilles.

Les Chinois, qui sont le peuple le plus épargnant au monde, ont suivi les recommandations de leur gouvernement et acheté de l’or comme une assurance vie. Pékin a d’ailleurs encouragé cela en recommandant d’investir 5% de leur revenu dans les métaux précieux et semi précieux (or et argent principalement). Cela a eu comme conséquence de placer la China en tête de la consommation d’or devant l’Inde en 2009.

Etant donné la croissance explosive de la Chine, qui amène de plus en plus de gens dans les villes et conduit à l’apparition d’une classe moyenne en très forte expansion avec un pouvoir d’achat toujours plus grand, la demande en or ne peut que se développer.

Nous n’avons malheureusement pas de chiffres pour 2009, mais selon l’Association de l’Or Chinoise, en 2008, la consommation fut de 395,6 tonnes et une demande attendue de 420 tonnes pour 2009.
A long terme, l’objectif est évidemment de dépasser la première puissance que sont encore les Etats Unis. Pour cela, il faudra qu’elle se libère de cette gigantesque quantité de Dollars qu’elle possède et qui l’encombre, pour le convertir en or.

Bien sur, elle souhaite échanger ces dollars contre de l’or au prix le plus favorable pour elle. A court terme, elle ne veut donc pas de prix de l’or élevé au même titre qu’elle ne souhaite pas une chute de la valeur du Dollar qui doit se maintenir pour obtenir le meilleur taux de change possible.

La majeure partie de l’or détenu dans le monde est dans les mains du privé donc difficilement accessible, l’option de la Chine étant alors de se constituer peu à peu et discrètement un stock d’or à l’image d’un investisseur achetant un petit nombre d’actions dans une entreprise avant une reprise. La Chine est pour la troisième année consécutive le plus gros producteur d’or au monde, avec une augmentation de 11% pour atteindre 314 tonnes produites en 2009 (la majorité destinée à un usage interne). La Chine a poussé en faveur de l’acquisition d’une monnaie de réserve substitutive au Dollar, et s’est naturellement tournée vers l’or (substitut neutre par excellence), comme l’a fait la Russie avant elle.

La Chine est donc en plein sur la scène de la stratégie politique : si à court terme, il est clair qu’un prix plutôt bas de l’or et un maintien du Dollar lui sont favorable, il ne fait cependant aucun doute qu’à long terme, et à mesure qu’elle acquière de nouveaux stocks d’or, nous verrons les prix du métal précieux s’apprécier sensiblement.

Maurice Hall, Anaïs Bourdon

2 Commentaires

  1. La chine conduit un chemin parfait compte tenu des circonstances. Elle fait partie de ces investisseurs avisés qui ne veulent pas crier trop haut qu’ils sont acheteurs d’or de peur de précipiter la chute des monnaies, source potentielle de désordres économiques.
    Ceci dit pour tenir un rang monétaire à la hauteur de sa démographie et de ses ambitions, c’est plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’or qu’il lui faut stocker.
    Or il n’est pas sot de penser que les privés détenteurs, par leur nombre, de très gros tonnages ne sont pas prêts à les céder, ou en toute dernière extrémité.
    Le schéma des gros détenteurs, plusieurs kilos, serait plutôt celui consistant à faire du carry trade avec la garantie de leurs avoirs – le gap entre les taux d’emprunt et le taux moyen de capitalisation est clairement gigantesque, de l’ordre de 10% par an. Ceci veut dire que pour investir actuellement mieux vaut avoir un beau stock d’or qu’un monceau de dollars.

    En fait la Chine apparaît actuellement comme fragilisée par un relativement petit stock d’or à côté d’un stock de « junk » devise. Gagez qu’elle en est parfaitement consciente, mais que n’ayant pas le poids nécessaire pour abandonner le dollar elle en subit le risque d’autant qu’elle est elle-même une énorme bulle financière. La Chine est loin d’être forte dans un océan de fragilités.

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