Comment les CDS sont-ils responsables de la crise de la zone euro ?

par | 18 Juin 2012 | Crise, dette, Economie | 0 commentaires

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Les CDS kĂ©zako ? CDS est l’acronyme de Credit Default Swap, en France on parle de « couvertures de dĂ©faillance » ou « dĂ©rivĂ©s sur Ă©vĂ©nement de crĂ©dit » ou encore de « permutations de l’impayĂ© ». Bref de bien jolis noms mais qui dĂ©signent quoi au juste ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet il peut ĂȘtre utile de rapidement rappeler l’origine des CDS. Les Credit Default Swap sont nĂ©s de l’esprit machiavĂ©lique de Blythe Masters, banquiĂšre de la JP Morgan, en 1994. Pour la petite histoire, le journal britannique The Guardian a qualifiĂ© Mme Masters comme « La femme qui a inventĂ© les armes financiĂšres de destruction massive », rien que ça ! Et pour cause : l’invention de la dame est en grande partie responsable de la crise que traverse l’économie mondiale depuis 2008.

La « logique » des CDS

Pour faire simple les CDS sont des contrats d’assurance. Plus prĂ©cisĂ©ment des contrats de protection financiĂšre entre acheteurs et vendeurs et communĂ©ment ils dĂ©signent une assurance contre la faillite d’un Ă©tat. Dans les faits on retrouve deux types de « contrats » :

    • Les positions de couvertures sur CDS

 

  • Les positions Ă  nues sur CDS

Explication :

Les positions de couvertures sur Credit Default Swap sont pour ainsi dire les « contrats classiques », ils sont lĂ©gitimes et devraient mĂȘme ĂȘtre la seule forme de contrat Ă  exister. Si on considĂšre l’échelle des Etats (car c’est ce qui nous intĂ©resse ici) :

C’est le moyen pour un Etat qui prĂȘte de l’argent Ă  un autre Etat de s’assurer au cas oĂč cet autre Etat ne puisse lui rembourser l’argent prĂȘtĂ© (s’il est en situation de dĂ©faut de paiement et qu’il fait faillite par exemple). Jusqu’ici rien d’anormal. Donc concrĂštement si on schĂ©matise :

A fait un prĂȘt Ă  B et contracte une assurance (le fameux CDS) Ă  C au cas oĂč B ne pourrait pas le rembourser. A verse une prime Ă  C (subjectivement dĂ©terminĂ©e par le marchĂ© en fonction du risque encouru). Si B ne rembourse pas totalement A, C (« l’assureur ») verse Ă  A («l’assurĂ© ») l’argent que B n’a pas pu lui rembourser (la diffĂ©rence tout simplement).

Une assurance classique en fait, oui
 MAIS.

Mais lĂ  oĂč les CDS sont plus vicieux et pervers qu’une simple assurance c’est que l’assurĂ© n’est pas obligĂ© de dĂ©tenir l’actif Ă  assurer !

Ainsi un 4e Ă©lĂ©ment D peut venir « s’assurer » sur le non remboursement par B Ă  A : Il n’y a pas obligation Ă  dĂ©tenir l’actif Ă  assurer pour l’assurer (un Etat peut donc prendre une assurance sur la faillite de la GrĂšce mĂȘme s’il n’est pas dĂ©tenteur de dette grecque !)

En fait, ce n’est plus une assurance, mais un pari et si B ne parvient pas à rembourser A : jackpot pour D qui touche son assurance sans avoir encouru de risque si ce n’est le paiement de la prime de l’assurance!

Et plus il y a d’élĂ©ments qui s’assurent sur le risque de dĂ©faut de B vers A, plus le marchĂ© estime que le risque de perte est Ă©levĂ© et donc plus les prix de la prime montent. Du coup :

  • Si B redemande un prĂȘt, comme il est considĂ©rĂ© comme emprunteur Ă  risque (vu que sa prime est Ă©levĂ©e), on lui impose des intĂ©rĂȘts d’emprunt trĂšs forts.
  • B rencontre encore plus de difficultĂ©s Ă  rembourser : le cercle vicieux dans toute sa splendeur.

Un CDS peut en cacher un autre

La blague ne s’arrĂȘte pas lĂ  puisqu’en fait ce marchĂ© des CDS n’est absolument pas contrĂŽlĂ© et il est totalement impossible de savoir si les « assureurs » qui vendent des CDS peuvent fournir la « prestation » en cas de « sinistre ». C’est une promesse, un engagement qui ne repose sur rien ! Du coup, on vous le donne dans le mille : si «l’assureur » prend peur de ne pas pouvoir rĂ©gler ses « assurĂ©s » en voyant le risque de faillite et dĂ©faut de paiement augmentĂ©, que fait-il ?

Et bien il achĂšte des CDS tout simplement. C’est-Ă -dire qu’il couvre ses propres pertes en s’assurant auprĂšs d’un autre. « L’assureur » devient « assurĂ© » en « s’assurant » contre le mĂȘme risque pour lequel il a « assurĂ© » son « assurĂ© » initial. Tout le monde il est content.

La bonne nouvelle c’est qu’il n’aura fallu qu’une crise grecque et espagnole pour que les dĂ©putĂ©s europĂ©ens agissent enfin et votent une loi afin d’interdire l’achat et la vente de position nues sur les CDS. La loi entrera en novembre 2012
 d’ici lĂ  l’euro sera-t-il encore lĂ  ?

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Faure, Jean-François
Jean-François Faure. PrĂ©sident d’AuCOFFRE.com. Voir la biographie.

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