Publicité

La « confiscation » étatique de son or est le scénario de l’horreur pour l’épargnant en métaux précieux. Quelle crédibilité accorder à cette hypothèse ? Pour mieux estimer à quels risques nous sommes exposés, rien de tel que de cerner les raisons qui ont poussé les Etats à « confisquer » l’or de leur population au fil de l’Histoire, ainsi que les formes que ces actions ont prises. Dans leur rapport In Gold We Trust 2021, Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek concentrent leur analyse sur les Etats-Unis…

La Guerre [anglo-américaine] de 1812

29 ans après la fin de leur guerre d’indépendance (1775-1783) vis-à-vis de la Grande-Bretagne, les 13 anciennes colonies britanniques d’Amérique du Nord, autoproclamées Etats-Unis d’Amérique le 4 juillet 1776, décident de remettre le couvert afin de préserver leur liberté de commerce vis-à-vis de la France.

Comment financer cette nouvelle guerre contre la Grande-Bretagne ? Plutôt que de reproduire l’expérience malheureuse du dollar continental (un prototype du dollar contemporain), « en 1812, le gouvernement chargea pour la première fois une banque centrale de donner naissance aux premiers bons du Trésor américain (US T-bills), qui sont omniprésents aujourd’hui », racontent Stöferle et Valek (S&V).

Mais comment motiver les troupes d’épargnants à acheter de la dette d’Etat ? C’est là que nous en arrivons à la première restriction publique américaine vis-à-vis de l’or de la population : « le gouvernement a suspendu les clauses relatives à l’or et à l’argent contenues dans les billets de banque. Cette rupture de la responsabilité contractuelle a permis aux banques privées de se protéger contre les bank runs et les faillites dues aux prêts à réserves fractionnaires. »

En clair, « Si les pièces physiques des citoyens n’ont pas été confisquées, leurs créances sur l’or, détenues par le biais de la monnaie fiduciaire et des contrats de prêt, se sont évaporées. Les citoyens ne pouvaient plus recouvrer leurs « reconnaissances de dette » en or. »

Publicité

Vous trouvez peut-être que cela fait déjà beaucoup ? Et pourtant, le gouvernement n’en n’est pas resté là : « En outre, pour empêcher la circulation des pièces d’or en tant que moyen d’échange, la Monnaie américaine a cessé de frapper de nouvelles pièces. S’il était légal de déposer des pièces ou des lingots d’or au sein d’une banque, leur retrait était suspendu. En conséquence, pendant toute la période de la Guerre, les pièces sont devenues de plus en plus rares. La valeur numismatique élevée des pièces datant de cette période reflète cette rareté. »

Comment cette expérience s’est-elle terminée ?

Sur le plan militaire, par un cessez-le-feu – une issue humiliante pour la prestigieuse Grande-Bretagne. Sur le plan économique et monétaire, « La bulle de crédit formée par les bons du Trésor illimités a également engendré un sursaut économique à court terme. Mais in fine, l’inflation a grimpé en flèche, et il a fallu deux décennies pour que les Etats-Unis reviennent à la responsabilité monétaire. En 1834, le Central Banking Charter a été révoqué et la convertibilité en or de la monnaie papier a été rétablie. Toutefois, le niveau de remboursement, à 20,69 USD/once, était légèrement inférieur au niveau antérieur de 19,39 USD/once, entérinant une perte de 6% sur une longue période de 22 ans. »

Si l’Etat a bien restreint le droit de propriété, les dégâts n’ont donc pas été très pesants du point de vue de l’épargnant sur le plan purement financier.

Un demi-siècle plus tard, la main de l’Etat s’est faite plus lourde.

La Guerre de Sécession (1861-1864)

Faire la guerre, cela coûte cher. La première conséquence de ce conflit sur le plan monétaire a été la suspension de la convertibilité du dollar en or et en argent. Jusque-là, rien de très original.

Par la suite, des mesures extraordinaires ont cependant été adoptées. Voici comment S&V racontent cette époque : « Pendant la guerre de Sécession, tous les biens de valeur étaient susceptibles d’être confisqués, y compris les terres, les usines et les équipements. Ironiquement, une loi officielle a été adoptée pour « légaliser le vol ». En effet, le gouvernement a érigé en crime le fait de ne pas prendre possession et confisquer tous les biens de valeur des citoyens ennemis – notamment dans le but de libérer les biens agricoles qu’étaient les esclaves. Le Confiscation Act de 1861 obligeait le gouvernement à confisquer les biens privés de ses citoyens – y compris l’or et l’argentsans procédure judiciaire ni examen. »

Comment cette expérience s’est-elle terminée ?

Sur le plan militaire, par la victoire définitive de l’Union en 1865. Sur le plan monétaire, le retour à l’étalon or n’a été effectif qu’en 1879, avec la restauration de la convertibilité du dollar en or exactement au taux de change d’avant-guerre, à 20,69 USD/once.

Comme l’écrivent S&V, « Les citoyens ont perdu l’accès à leurs réserves d’or pendant deux décennies, mais n’ont pas subi de pertes financières. » Enfin « pas de pertes financières » modulo les confiscations de tous ordres dans un contexte de guerre civile, bien sûr !

Et les deux Autrichiens de poursuivre : « Pendant les 54 années suivantes, les États-Unis ont été soumis à un étalon-or, qui a été réaffirmé par le Gold Standard Act de 1900. »

Puis est arrivé le 3ème épisode de la longue histoire américaine des « confiscations »* de l’or de la population par l’Etat. (* Rappel : je mets le terme « confiscations » entre guillemets lorsque je l’emploie par abus de langage pour englober les différents moyens par lesquels l’Etat a historiquement restreint le droit de propriété vis-à-vis de l’or.)

Comme l’expliquent parfaitement S&V, cet évènement a changé la face du monde.

La Grande Dépression et l’executive order 6102 de Roosevelt

Dans mon livre, j’ai appelé cet épisode « Le traumatisme historique : la réquisition de l’or des Américains par le président Roosevelt en 1933 ». Il est vrai que c’est à cet évènement que l’on se réfère le plus souvent lorsqu’il s’agit de rappeler le risque de « confiscation » étatique.

J’étais cependant passé complètement à côté de l’aspect le plus important de cette affaire : sans cette décision de Roosevelt, le dollar US ne serait peut-être tout simplement pas devenu la monnaie de réserve mondiale.

Mais cela, je vous l’expliquerai la semaine prochaine.

A lundi !

Article précédent½ once : la nouvelle pièce de la série Vera Valor Elizabeth II
Article suivantCours de l’or et de l’argent : ça joue à touche support !
Nicolas Perrin
Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a débuté sa carrière en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Auteur de l’ouvrage de référence "Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir", il est désormais rédacteur indépendant. Il s’intéresse au libéralisme, à l’économie et aux marchés financiers, en particulier aux métaux précieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine. Twitter : @Nikookaburra

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom ici