L’or est une assurance incendie pour son épargne, une valeur refuge quand tout va mal. Mais concrètement, cela veut dire quoi ? Exemple avec les monarchies du Golfe persique qui viennent de perdre brusquement toutes leurs sources principales de revenus : le pétrole, le gaz, le tourisme et les taxes aéroportuaires entre autres. La guerre des Américains et des Israéliens contre l’Iran a des victimes collatérales : les économies du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis. Et quand l’or noir ne coule plus à flot, c’est l’or, valeur refuge, qui prend le relais.
Golfe persique : des stocks d’or reconstitués depuis 2020
Quand on regarde l’évolution des stocks d’or du Qatar, d’Oman, des Émirats arabes unis et du Koweit, on voit rapidement que l’or n’était pas une réserve de valeur importante avant 2019. C’est moins vrai pour l’Arabie Saoudite qui dispose de plus de 300 tonnes d’or dans ses coffres, et ce depuis avant 2017. C’est en 2020, l’année de la crise sanitaire, que les banques centrales de ces monarchies sont devenues acheteuses. Cela correspond à la période où ces pays se sont rapprochés des BRICS pour finir par les rejoindre en 2024. Un détail qui a son importance, quand on connait la volonté de dédollarisation des pays leaders des BRICS.

Évolution des stocks d’or de 2019 à 2025
Depuis 2019, les pays du Golfe concernés directement par la guerre en Iran ont été particulièrement actifs dans les achats d’or.
| Pays | 2019 (t) | 2025 (t) | Variation (t) | Valeur 2025 Milliards $ |
| Émirats arabes unis | 7,49 | 74,26 | +66,77 | 11,2 Md$ |
| Sultanat d’Oman | 0,02 | 6,73 | +6,71 | 1,0 Md$ |
| Qatar | 37,50 | 115,20 | +77,70 | 17,4 Md$ |
| Arabie Saoudite | 323 | 323 | 0 | 48,8 Md$ |
Source : tradingeconomics.com
Du pétrodollar à l’or (et à la diversification)
Les monarchies du Golfe ont une particularité : l’essentiel de leurs ressources sont payées en dollars. Quand le pétrole coule à flot, le pays récupère des dollars. Pour les seuls Émirats arabes unis, on parle d’un PIB de 569 milliards de dollars en 2025, avec jusque-là une croissance de pratiquement 5 %. Mais alors que le dollar devenait de plus en plus faible, les dirigeants du Golfe ont investi dans une réserve de valeur qui résiste à l’inflation et à la dégradation monétaire : l’or. Ils ont aussi tenté de diversifier leurs sources de revenus avec le tourisme, par exemple. Mais on a vu que cette manne s’était envolée en quelques heures, et sans doute pour de longs mois, dans les premiers jours de la guerre à Dubaï.
Vendre son or quand il n’y a plus d’autres sources de revenus ?
Début avril 2026, il est encore trop tôt pour savoir si les pays autour du détroit d’Ormuz ont vendu de l’or pour faire face à la pénurie de revenus.
Stopper les achats d’or
Dans un premier temps, ces pays ont dû arrêter d’acheter pour conserver leurs dollars. C’est un réflexe en cas de crise : conserver de la liquidité immédiate sous forme de billets verts, pour les dépenses courantes. À l’échelle d’un pays, on parle de centaines de millions de dollars chaque mois.
Vendre son or
Plus la guerre va se poursuivre, moins le détroit d’Ormuz sera sécurisé, et plus le besoin de liquidités va se faire sentir. Quand les réserves en dollars vont s’amenuiser, c’est bien sur l’or que les dirigeants vont compter. Sachant qu’une tonne d’or représente environ 150 millions de dollars. Et puis, quand les bombes ne tomberont plus, il faudra réparer les installations pétrolières et gazières. Le flux de pétrodollars ne va pas se relancer en quelques jours. Quant aux revenus de diversification, comme le tourisme ou l’aérien, le travail de restauration de la confiance va être long, très long.
On verra dans quelques mois à quel point les stocks d’or du Qatar, du Koweit, des Émirats arabes unis, d’Oman et de l’Arabie saoudite ont baissé. Un bon moyen de savoir quel a été le coût de la guerre pour ces pays.






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