L’industrie automobile amĂ©ricaine dans le mur

par | 12 Déc 2008 | Crise, Entreprises, USA | 1 commentaire

Temps de lecture : 2 minutes

Imaginez un seul instant ce que reprĂ©sente la faillite de General Motors, Chrysler et Ford, les trois grandes firmes du secteur automobile de DĂ©troit. Leur effondrement engendrerait immĂ©diatement la perte de 1,1 million d’emplois parmi les employĂ©s et tout de suite aprĂšs 1,4 million dans les secteurs liĂ©s. Sur le plan financier ce serait rien moins qu’une perte totale de mille milliards de dollars. 

La mort de DĂ©troit, par Paul Jorion, 12 dĂ©cembre 2008 ( article Presslib’ * )

On s’était habituĂ© Ă  voir tomber d’un coup de grands pans du secteur financier, cela s’était relativement calmĂ© rĂ©cemment puisqu’il ne reste debout lĂ  que quelques bĂątiments isolĂ©s mais dans ce cas-ci, c’est tout un secteur industriel – et non des moindres – qui s’effondre : toute l’automobile amĂ©ricaine qui ne survivra probablement pas Ă  l’annĂ©e 2008. Les sĂ©nateurs rĂ©publicains ont refusĂ© de suivre les consignes de leur prĂ©sident et ont fait capoter le plan votĂ© au CongrĂšs qui aurait permis Ă  General Motors et Chrysler essentiellement, Ford bien que trĂšs malade n’étant pas Ă  l’agonie comme les deux premiĂšres, de survivre jusqu’à la mise en place de la nouvelle administration en janvier. Dans une rĂ©vision du projet, les sĂ©nateurs rĂ©publicains – toujours Ă  la recherche d’une confrontation avec les syndicats – ont voulu imposer aux employĂ©s des trois firmes des baisses de salaires drastiques que les dĂ©mocrates ont refusĂ©es.

Dans ces conditions, les seuls secours envisageables ne peuvent plus venir que du TARP (Troubled Asset Relief Program), le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars votĂ© en octobre mais destinĂ© en principe Ă  venir en aide au seul secteur bancaire. Une de ses clauses est d’ailleurs que des fonds ne peuvent ĂȘtre dĂ©bloquĂ©s qu’en Ă©change de garanties, or plus aucun des trois grands constructeurs ne dispose de biens qui puissent servir ainsi de collatĂ©ral.

La faillite des trois grandes firmes de DĂ©troit reprĂ©senterait la perte de 1,1 million d’emplois parmi les employĂ©s et 1,4 million dans les secteurs liĂ©s et, sur le plan financier, une perte totale de mille milliards de dollars, comprenant d’une part la dette des trois firmes, reprĂ©sentant ensemble 10 % du total des « junk bonds » aux États-Unis et d’autre part en Credit-Default Swaps, dont elles font l’objet Ă  concurrence de 250 milliards de dollars. Les marchĂ©s du crĂ©dit se seraient bien passĂ©s d’un coup pareil. On s’est plaint amĂšrement que le gouvernement ait abandonnĂ© Lehman Brothers Ă  son triste sort mais il ne s’agissait que d’une tempĂȘte alors que l’on parle ici d’un ouragan.

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillĂ© durant les dix derniĂšres annĂ©es dans le milieu bancaire amĂ©ricain en tant que spĂ©cialiste de la formation des prix. Il a publiĂ© rĂ©cemment La crise. Des subprimes au sĂ©isme financier planĂ©taire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme amĂ©ricain ? (La DĂ©couverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie Ă  condition que le prĂ©sent alinĂ©a soit reproduit Ă  sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Faure, Jean-François
Jean-François Faure. PrĂ©sident d’AuCOFFRE.com. Voir la biographie.

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1 Commentaire

  1. Jean

    A mon avis ces faillites sont tout simplement impossibles, non seulement pour les consĂ©quences Ă©conomiques et sociales qui ont Ă©tĂ© bien expliquĂ©es, mais aussi parce que l’industrie automobile est une immense fiertĂ© patriote amĂ©ricaine. Et je vois trĂšs mal le PrĂ©sident amĂ©ricain, que ce soit Bush maintenant ou Obama demain, laisser mourir l’industrie automobile amĂ©ricaine. Quitte, s’il le faut, Ă  passer en force.

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