Il arrive que des banques centrales vendent leur or. C’est plutôt rare et en général dans des situations extrêmes, comme pour financer une guerre. Mais depuis quelques années, on voit aussi des « utilisations tactiques » des stocks d’or par certains pays : soutien aux monnaies, amortissement du choc énergétique et même rapport de force politique.
Vendre son or pour financer une guerre ou une crise économique
Financer une économie de guerre : l’exemple de la Russie
Poutine avait décidé de reconstituer les stocks de la Banque de Russie avant 2014, avant d’annexer la Crimée. Une preuve que le dirigeant russe avait prévu qu’il allait subir des sanctions économiques de la part des Occidentaux. En vendant une partie des stocks d’or officiels et sans doute aussi ceux qui ne sont pas déclarés, il a pu financer sa guerre. Il a ainsi évité l’interdiction de commerce avec de nombreux pays depuis 2022.

Soutenir un pays pendant une crise économique : l’exemple de la France
Nous sommes en 2004, Nicolas Sarkozy est ministre des Finances. Il décide de vendre 500 à 600 tonnes d’or de la France sur 5 ans. Les réserves d’or du pays ont donc diminué de 20 %. L’idée était de récupérer 200 millions d’euros par an pour financer la réduction du déficit et la recherche. Alors que la crise financière des subprimes est survenue en 2007/2008, le programme est allé à son terme jusqu’en 2009.
Difficile de dire que cela a été une bonne opération pour les finances publiques quand on connaît aujourd’hui le prix de l’once d’or. Le produit de la vente de ces tonnes d’or a été de 4,5 milliards d’euros. Au cours du 20 mai 2026, 22 ans plus tard, 500 tonnes d’or valent 63 milliards d’euros.
2026 : l’ère des ventes d’or tactiques
A la différence du ministre des Finances Sarkozy, des banquiers centraux utilisent l’or aujourd’hui comme un outil de défense de leur économie ou de leur monnaie. Le meilleur exemple est celui de la banque centrale turque, qui utilise ses réserves d’or comme une « arme » selon les situations.
Turquie : éviter une crise énergétique
Depuis le mois de mars 2026, la Turquie s’affiche comme le pays qui vend le plus d’or. Et la raison est assez simple. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, le prix du pétrole et du gaz a fortement augmenté. Pour éviter une pénurie dans le pays, la banque centrale a vendu de l’or contre des dollars pour acheter du pétrole.
Et une crise monétaire

La livre turque est régulièrement attaquée. Cela a été le cas pendant le premier mandat de Donald Trump qui avait décidé de « punir » Erdoğan. À ce moment-là, Ankara avait décidé de vendre ses dollars pour acheter de l’or. Ces derniers mois, la Turquie vend de l’or pour acheter sa propre monnaie, afin de la défendre. À la manière d’une entreprise qui rachète ses propres actions pour soutenir le cours.
Le Pakistan, fortement dépendant des importations de pétrole, pourrait se retrouver dans une situation similaire. Mais la Banque centrale de ce pays ne communique pas les mouvements de ses stocks d’or. L’information reste donc à vérifier.
Les monarchies du Golfe : vendeuses d’or ou pas ?
Les pays les plus touchés par la fermeture du Détroit d’Ormuz sont les monarchies du Golfe. La corne d’abondance est tarie. Tant que les pétroliers ou les méthaniers restent à quai, les dollars ne rentrent plus. La presse anglo-saxonne parle de « cut-off by the Iran War ».
Ces pays n’avaient pas une culture de la réserve d’or. Ils ont pour la plupart commencé à acheter quelques tonnes à partir de 2018, plutôt dans une volonté de diversification des réserves monétaires. Leurs banques centrales étaient très dépendantes du dollar.
Face à une situation de réduction drastique des recettes du pétrole et/ou du gaz, les pays autour du détroit d’Ormuz ont besoin de liquidités. On pourrait imaginer que ces États se servent de leurs stocks d’or pour éviter la crise économique.
Il semblerait que ce sont d’abord leurs fonds souverains qui sont appelés à l’aide. En général, ils sont utilisés pour financer la diversification des ressources pour préparer l’après pétrole. Aujourd’hui, une partie de la manne est mobilisée pour aider ces petits bouts de désert à attendre la réouverture du trafic maritime.






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