Les Zama-zama – Voleurs d’or d’Afrique du Sud

par | 3 Juil 2012 | Banques, Crise, Economie, Espagne, Monnaie, Or, Politique | 0 commentaires

Temps de lecture : 5 minutes

Si la cotation de l’or ne cesse de grimper, les voleurs sont Ă  l’affĂ»t.

Les exploitants sud-africains se confrontent Ă  une concurrence de plus en plus fĂ©roce jour aprĂšs jour. : ce sont les zama-zama, trĂšs souvent d’anciens mineurs du site. Ils volent le mĂ©tal prĂ©cieux dĂ©fiant toutes conditions extrĂȘmes.

LE RECIT COMMENCE : 

“Les lourdes portes se ferment, la cage ascenseur se referme brutalement, et nous commençons Ă  rentrer dans cette obscuritĂ© pesante. Les ronronnements nous traversent les tympans tandis que la tempĂ©rature et l’humiditĂ© nous oppriment davantage”

Il n’y a pas moins de 84 visages de couleur sur 3 niveaux. AprĂšs une interminable descente, l’ascenseur s’immobilise un instant : on peut lire sur un panneau vert “Blyvoor, niveau 15, 1783,08 mĂštres”. Bienvenue au 15Ăšme sous-sol de la mine de Blyvoor, exploitĂ©e par l’entreprise miniĂšre DRD Gold, Ă  presque 1.8 kms sous la surface de la Terre.

Les hommes montent ensuite Ă  bord de petits wagons (atteignant la dizaine par wagonnet quelquefois). Puis, ils doivent marcher encore un peu sur des fragments de roche tranchants avant d’arriver Ă  leur lieu de travail.  Les lampes des casques transpercent l’obscuritĂ© et dĂ©voilent la prĂ©sence des hommes dont les ombres se projettent contre les murs striĂ©s de coups de marteau et pioche. Plus loin dans cette profondeur, Ă  l’écart des lumiĂšres , commence le territoire des voleurs d’or. Sur les murs se trouvent des signes d’entailles des initiĂ©s du vol au moment oĂč ces derniers pĂ©nĂštrent dans l’immense labyrinthe de galeries.

Il est estimĂ© que le sous-sol sud-africain renferme quelques 36000 tonnes d’or, c’est-Ă -dire un tiers des rĂ©serves mondiales non encore exploitĂ©es. Mais la grande Ă©poque des mines sud-africaines tombe en dĂ©cadence. En 1970, le pays reprĂ©sentait Ă  lui seul plus de 70% de la production mondiale du mĂ©tal prĂ©cieux et aujourd’hui cela reprĂ©sente moins de 10%.

Les mines les plus profondes se trouvent aux alentours de Johannesburg. Son exploitation est un combat permanent, un abyme qui Ă©puise tant l’énergie que le matĂ©riel. Les systĂšmes de climatisation sont trĂšs onĂ©reux. L’installation de ces derniers pourrait ĂȘtre justifiĂ©e s’il y avait uhe certaine rentabilitĂ© Ă©conomique des mines, nous explique Chris Miller, reprĂ©sentant de l’entreprise aurifĂšre Gold Fields.

Les“zama-zama” : opĂ©ration Embuscade

Au mois de Septembre 2011, le prix de l’once d’or frĂŽlait les 1900 dollars, c’est-Ă -dire six fois plus que sa valeur de voilĂ  dix ans. A ce prix-lĂ , l’or n’intĂ©resse non seulement les entreprises sinon  et encore davantage, tout type de voleurs. La mine de Blyvoor, situĂ©e dans la province de Gauteng, retourne quelques 80000 tonnes de terre par mois d’oĂč s’extraient environ 300 kilos d’or.

Au total, ceci reprĂ©sente 3.6 tonnes par an, c’est-Ă -dire 2% de la production nationale. La galerie n’atteint pas plus d‘1.50 mĂštre de haut afin de ‘limiter au minimum le matĂ©riel strictement nĂ©cessaire’ explique Hennie-King, un des responsables de DRD Gold. La boue qui recouvre le sol contient de l’or : entre 3 et 4 grammes par tonne, soit un peu moins que les 4.5 grammes d’or contenue dans chaque tonne de terre.

L’équipe du matin creuse et fait sauter les blocs de terre que les Ă©quipes de l’aprĂšs-midi et du soir  se chargeront de faire remonter Ă  la surface. Les wagons renversent la terre sur un tapis convoyeur. Celle-ci sera Ă©talĂ©e sur des plateaux horizontaux qui la transporteront Ă  la surface. Sur un de ces wagonnets, une main a tracĂ© de peinture rouge le mot “zama-zama”.

L’expression vient du zoulou et ceci signifie Ă  quelque chose prĂšs “ceux qui cherchent leurs destins”. C’est aussi le nom donnĂ© aux voleurs d’or qui agissent dans les mines les plus profondes et les plus dangereuses d’Afrique du Sud. A des centaines de mĂštres sous terre, ils extraient l’or avec leurs propres mains. En gĂ©nĂ©ral, ce sont des hommes jeunes qui rĂȘvent de devenir riches. Ils sont des milliers dans cet Etat libre et la ville de Welkom est leur fief.

Une large sihouette Ă©maciĂ©e se glisse discrĂštement dans une maison Ă©loignĂ©e du village de Thabong, notre point de rencontre Ă  Welkom. D’un visage partiellement cachĂ© d’un turban, l’homme est visiblement Ă©puisĂ© et porte des lunettes de soleil. Cela ne fait que quelques jours qu’il est remontĂ© Ă  la surface. Il prĂ©fĂšre rester discret, sans nom, sans photo, avant de commencer toute entrevue.

Ce zama-zama vient de passer un certain temps sous terre avec neuf autres personnes. La plupart sont d’anciens mineurs qui connaissent bien leurs tĂąches. Il leur arrive de rester sous terre durant des semaines voire des mois. C’est un travail assez bien payĂ© mais Ă  quel prix …

LES PEPITES EN SUISSE

Les zama-zama s’aventurent lĂ  oĂč les autres mineurs ne vont pas. Ils font sauter la roche sans prĂ©caution de sĂ©curitĂ© et travaillent sans systĂšme d’aĂ©ration ou de climatisation dans des galeries oĂč la tempĂ©rature peut atteindre les 50°C. Ils ne disposent pas assez d’eau pour dissiper les nuages de poussiĂšre et travaillent au milieu d’une atmosphĂšre de mercure qui pĂ©nĂštre la peau et les voies respiratoires. Au bout de quelques jours passĂ©s sous terre, ils perdent la notion du temps, nous explique cet homme. Beaucoup remontent Ă  la surface complĂštement fous.

Les voleurs dor existe depuis le dĂ©but de l’industrie aurifĂšre. Tous les deux ans, les entreprises comme Gold Fields effectuent des entrevues individuelles et soumettent leurs employĂ©s au dĂ©tecteur de mensonges pour dĂ©masquer d’éventuels voleurs.

Il est difficile de calculer les quantitĂ©s d’or volĂ© ou extrait illĂ©galement. Le gouvernement estime les vols Ă  environ 617 millions d’euros soit 10% de la production annuelle nationale. Notre interlocuteur nous dĂ©voile chaque fois davantage : ‘Vous pouvez m’appeler Peter si cela vous fait plaisir’ nous dit-il avant de poursuivre l’entrevue. ‘il y a moins de gens dans la galerie la nuit et juste avant les explosions’. C’est Ă  ce moment-lĂ  que les zama-zama se fournissent en matĂ©riel et en explosifs. ‘Nous ne les volons pas, nous les utilisons tout simplement sans demander l’autorisation’ nous explique-il tout en souriant.

Avant, les voleurs se contentaient de parties de mines abandonnĂ©es, mais en rĂ©alitĂ©, ils sont aussi  prĂ©sents dans les chantiers en cours. Une fois sous terre, il est pratiquement impossible de les trouver dans ce  labyrinthe de galeries de plusieurs milliers de kilomĂštres. L’or se trouve directement dans la mine. Les intermĂ©diaires se chargent de fournir les outils et les machines dans les galeries et de revendre l’or pur de retour Ă  la surface. Peter ne sait pas en quoi se convertit son butin .

La plupart du temps, l’or passe par le Swaziland et la Mozambique avant d’arriver en Inde ou en Chine. Il atterrit aussi en Suisse, affirme Dick Kruger de la Chambre des Mines. Comment le savoir ? GrĂące aux mĂ©thodes de suivi sur les particules fines qui permettent d’identifier la zone, la mĂ©thode d’extraction et voire peut-ĂȘtre la mine d’oĂč provient l’or. Cependant, cela ne nous aide pas beaucoup, reconnait Kruger : ‘Ceci nous indique le point de dĂ©part et d’arrivĂ©e de l’or et peut-ĂȘtre le parcours’.

Quand, de plus, le prix de l’or grimpe, plus florissante demeure l’activitĂ© des voleurs. En 2008, Peter est restĂ© six mois dans la mine. Il est remontĂ© Ă  la surface le 25 Juillet : ‘Une date que je n’oublierai jamais’. Six mois de travail dans l’obscuritĂ© et dans le four pour obtenir 1680 euros. ‘Aujourd’hui, je pourrais gagner 4800 euros pour la mĂȘme pĂ©riode’ Peter remet ses lunettes de soleil et sourit. Une chose est sĂ»re : il redescendra dans la mine.

Un reportage de Brigitte Reisenberger , journaliste et co-auteur du livre: “El libro negro del oro. Ganadores y perdedores de la nueva fiebre del oro”. 

Suivez notre chaĂźne Youtube

CAMUS, MarylĂšne

Articles en relation

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *