Si la cotation de lâor ne cesse de grimper, les voleurs sont Ă lâaffĂ»t.
Les exploitants sud-africains se confrontent Ă une concurrence de plus en plus fĂ©roce jour aprĂšs jour. : ce sont les zama-zama, trĂšs souvent dâanciens mineurs du site. Ils volent le mĂ©tal prĂ©cieux dĂ©fiant toutes conditions extrĂȘmes.
LE RECIT COMMENCE :
âLes lourdes portes se ferment, la cage ascenseur se referme brutalement, et nous commençons Ă rentrer dans cette obscuritĂ© pesante. Les ronronnements nous traversent les tympans tandis que la tempĂ©rature et lâhumiditĂ© nous oppriment davantageâ
Il nây a pas moins de 84 visages de couleur sur 3 niveaux. AprĂšs une interminable descente, lâascenseur sâimmobilise un instant : on peut lire sur un panneau vert âBlyvoor, niveau 15, 1783,08 mĂštresâ. Bienvenue au 15Ăšme sous-sol de la mine de Blyvoor, exploitĂ©e par lâentreprise miniĂšre DRD Gold, Ă presque 1.8 kms sous la surface de la Terre.
Les hommes montent ensuite Ă bord de petits wagons (atteignant la dizaine par wagonnet quelquefois). Puis, ils doivent marcher encore un peu sur des fragments de roche tranchants avant dâarriver Ă leur lieu de travail. Les lampes des casques transpercent lâobscuritĂ© et dĂ©voilent la prĂ©sence des hommes dont les ombres se projettent contre les murs striĂ©s de coups de marteau et pioche. Plus loin dans cette profondeur, Ă lâĂ©cart des lumiĂšres , commence le territoire des voleurs dâor. Sur les murs se trouvent des signes dâentailles des initiĂ©s du vol au moment oĂč ces derniers pĂ©nĂštrent dans lâimmense labyrinthe de galeries.
Il est estimĂ© que le sous-sol sud-africain renferme quelques 36000 tonnes dâor, câest-Ă -dire un tiers des rĂ©serves mondiales non encore exploitĂ©es. Mais la grande Ă©poque des mines sud-africaines tombe en dĂ©cadence. En 1970, le pays reprĂ©sentait Ă lui seul plus de 70% de la production mondiale du mĂ©tal prĂ©cieux et aujourdâhui cela reprĂ©sente moins de 10%.
Les mines les plus profondes se trouvent aux alentours de Johannesburg. Son exploitation est un combat permanent, un abyme qui Ă©puise tant lâĂ©nergie que le matĂ©riel. Les systĂšmes de climatisation sont trĂšs onĂ©reux. Lâinstallation de ces derniers pourrait ĂȘtre justifiĂ©e sâil y avait uhe certaine rentabilitĂ© Ă©conomique des mines, nous explique Chris Miller, reprĂ©sentant de lâentreprise aurifĂšre Gold Fields.
Lesâzama-zamaâ : opĂ©ration Embuscade
Au mois de Septembre 2011, le prix de lâonce dâor frĂŽlait les 1900 dollars, câest-Ă -dire six fois plus que sa valeur de voilĂ dix ans. A ce prix-lĂ , lâor nâintĂ©resse non seulement les entreprises sinon et encore davantage, tout type de voleurs. La mine de Blyvoor, situĂ©e dans la province de Gauteng, retourne quelques 80000 tonnes de terre par mois dâoĂč sâextraient environ 300 kilos dâor.
Au total, ceci reprĂ©sente 3.6 tonnes par an, câest-Ă -dire 2% de la production nationale. La galerie nâatteint pas plus dâ1.50 mĂštre de haut afin de âlimiter au minimum le matĂ©riel strictement nĂ©cessaireâ explique Hennie-King, un des responsables de DRD Gold. La boue qui recouvre le sol contient de lâor : entre 3 et 4 grammes par tonne, soit un peu moins que les 4.5 grammes dâor contenue dans chaque tonne de terre.
LâĂ©quipe du matin creuse et fait sauter les blocs de terre que les Ă©quipes de lâaprĂšs-midi et du soir se chargeront de faire remonter Ă la surface. Les wagons renversent la terre sur un tapis convoyeur. Celle-ci sera Ă©talĂ©e sur des plateaux horizontaux qui la transporteront Ă la surface. Sur un de ces wagonnets, une main a tracĂ© de peinture rouge le mot âzama-zamaâ.
Lâexpression vient du zoulou et ceci signifie Ă quelque chose prĂšs âceux qui cherchent leurs destinsâ. Câest aussi le nom donnĂ© aux voleurs dâor qui agissent dans les mines les plus profondes et les plus dangereuses dâAfrique du Sud. A des centaines de mĂštres sous terre, ils extraient lâor avec leurs propres mains. En gĂ©nĂ©ral, ce sont des hommes jeunes qui rĂȘvent de devenir riches. Ils sont des milliers dans cet Etat libre et la ville de Welkom est leur fief.
Une large sihouette Ă©maciĂ©e se glisse discrĂštement dans une maison Ă©loignĂ©e du village de Thabong, notre point de rencontre Ă Welkom. Dâun visage partiellement cachĂ© dâun turban, lâhomme est visiblement Ă©puisĂ© et porte des lunettes de soleil. Cela ne fait que quelques jours quâil est remontĂ© Ă la surface. Il prĂ©fĂšre rester discret, sans nom, sans photo, avant de commencer toute entrevue.
Ce zama-zama vient de passer un certain temps sous terre avec neuf autres personnes. La plupart sont dâanciens mineurs qui connaissent bien leurs tĂąches. Il leur arrive de rester sous terre durant des semaines voire des mois. Câest un travail assez bien payĂ© mais Ă quel prix …
LES PEPITES EN SUISSE
Les zama-zama sâaventurent lĂ oĂč les autres mineurs ne vont pas. Ils font sauter la roche sans prĂ©caution de sĂ©curitĂ© et travaillent sans systĂšme dâaĂ©ration ou de climatisation dans des galeries oĂč la tempĂ©rature peut atteindre les 50°C. Ils ne disposent pas assez dâeau pour dissiper les nuages de poussiĂšre et travaillent au milieu dâune atmosphĂšre de mercure qui pĂ©nĂštre la peau et les voies respiratoires. Au bout de quelques jours passĂ©s sous terre, ils perdent la notion du temps, nous explique cet homme. Beaucoup remontent Ă la surface complĂštement fous.
Les voleurs dor existe depuis le dĂ©but de lâindustrie aurifĂšre. Tous les deux ans, les entreprises comme Gold Fields effectuent des entrevues individuelles et soumettent leurs employĂ©s au dĂ©tecteur de mensonges pour dĂ©masquer dâĂ©ventuels voleurs.
Il est difficile de calculer les quantitĂ©s dâor volĂ© ou extrait illĂ©galement. Le gouvernement estime les vols Ă environ 617 millions dâeuros soit 10% de la production annuelle nationale. Notre interlocuteur nous dĂ©voile chaque fois davantage : âVous pouvez mâappeler Peter si cela vous fait plaisirâ nous dit-il avant de poursuivre lâentrevue. âil y a moins de gens dans la galerie la nuit et juste avant les explosionsâ. Câest Ă ce moment-lĂ que les zama-zama se fournissent en matĂ©riel et en explosifs. âNous ne les volons pas, nous les utilisons tout simplement sans demander lâautorisationâ nous explique-il tout en souriant.
Avant, les voleurs se contentaient de parties de mines abandonnĂ©es, mais en rĂ©alitĂ©, ils sont aussi prĂ©sents dans les chantiers en cours. Une fois sous terre, il est pratiquement impossible de les trouver dans ce labyrinthe de galeries de plusieurs milliers de kilomĂštres. Lâor se trouve directement dans la mine. Les intermĂ©diaires se chargent de fournir les outils et les machines dans les galeries et de revendre lâor pur de retour Ă la surface. Peter ne sait pas en quoi se convertit son butin .
La plupart du temps, lâor passe par le Swaziland et la Mozambique avant dâarriver en Inde ou en Chine. Il atterrit aussi en Suisse, affirme Dick Kruger de la Chambre des Mines. Comment le savoir ? GrĂące aux mĂ©thodes de suivi sur les particules fines qui permettent dâidentifier la zone, la mĂ©thode dâextraction et voire peut-ĂȘtre la mine dâoĂč provient lâor. Cependant, cela ne nous aide pas beaucoup, reconnait Kruger : âCeci nous indique le point de dĂ©part et dâarrivĂ©e de lâor et peut-ĂȘtre le parcoursâ.
Quand, de plus, le prix de lâor grimpe, plus florissante demeure lâactivitĂ© des voleurs. En 2008, Peter est restĂ© six mois dans la mine. Il est remontĂ© Ă la surface le 25 Juillet : âUne date que je nâoublierai jamaisâ. Six mois de travail dans lâobscuritĂ© et dans le four pour obtenir 1680 euros. âAujourdâhui, je pourrais gagner 4800 euros pour la mĂȘme pĂ©riodeâ Peter remet ses lunettes de soleil et sourit. Une chose est sĂ»re : il redescendra dans la mine.
Un reportage de Brigitte Reisenberger , journaliste et co-auteur du livre: âEl libro negro del oro. Ganadores y perdedores de la nueva fiebre del oroâ.






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