
Le Contrarien Matin du 16 juillet 2012
Alors que l’annonce des 8 000 suppressions d’emplois de PSA tourne à l’affaire économique d’état, je souhaitais revenir de façon un peu plus détaillée sur la situation de cette grande entreprise nationale qu’est le Groupe Peugeot Citroën.
Lors de son intervention du 14 juillet, le Président François Hollande est revenu longuement sur cette affaire en insistant sur le fait qu’il attendait de PSA que ce plan massif de licenciements soit revu.
De son côté, le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a répété dimanche que le plan de 8.000 suppressions de postes de PSA Peugeot Citroën n’était « pas acceptable », en précisant que le 25 juillet serait annoncé le plan du gouvernement pour « l’ensemble de la filière » automobile.
Il a rajouté que » il faut améliorer considérablement la qualité du plan soumis au Comité central ». Cela signifie qu’implicitement, le Gouvernement admet bien qu’il y ait un plan même important de licenciements. Reste à s’entendre sur les modalités et trouver un consensus à de multiples niveaux, car l’affaire PSA, au delà de tous les effets de manches, est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait au premier abord.
Enfin, en déclarant que, à propos de la famille Peugeot, que »ce sont des gens discrets mais on les connaît, je préfère qu’il y ait un actionnariat français et familial », le gouvernement exprime clairement sont intention de ne pas déterrer la « hache de guerre » avec les « Peugeot » et par extension avec les grandes familles d’entrepreneurs en France.
Oui PSA à des problèmes. Oui l’état peut faire un certain nombre de choses. Non PSA ne s’est pas mal comporté et les dividendes versés aux actionnaires ne semblent pas excessifs. Oui il y a des problèmes stratégiques pour PSA, mais ceux-ci sont plus liés aux relations internationales qu’à des erreurs imputables à la direction. Et oui l’Etat pourrait nationaliser partiellement cette entreprise ce qui serait peut-être d’ailleurs une solution convenable par tous notamment en s’appuyant sur la future Banque publique d’investissement que souhaite mettre en place le gouvernement.
Le groupe PSA en chiffres :
Peugeot est le 2e constructeur automobile européen.
Le chiffre d’affaires se répartit entre plusieurs activités :
- vente de véhicules (71,2%) : 3,1 millions de véhicules particuliers et utilitaires légers vendus en 2011 (1 655 900 unités sous la marque Peugeot et 1 435 700 unités sous la marque Citroën),
- vente d’équipements automobiles (23,5% ; Faurecia) : blocs avant (n° 1 européen), systèmes d’échappement (n° 2 mondial), sièges automobiles (n° 2 européen et n° 3 mondial), modules et composants pour l’intérieur du véhicule, etc,
- prestations de financement des ventes (2,7% ; Banque PSA Finance),
- prestations de transport et de services logistiques (2,4% ; Gefco),
- autres (0,2%) : notamment production et vente de motocycles.
La répartition géographique du CA est la suivante : Europe (75,9%), Amérique latine (9,2%), Asie (4,7%) et autres (10,2%).
Remarque: Le groupe PSA est encore très orienté sur le marché européen contrairement à Renault qui a adopté une internationalisation à marche forcée depuis quelques années. En clair, PSA n’a pas encore assez délocalisé ses productions encore une fois contrairement à Renault et reste trop « euro centré ».
Dernière composition connue du capital.
1. Investisseurs institutionnels étrangers 32,73%
2. Famille Peugeot 25,27%
3. Investisseurs Institutionnels Français 18,52%
4. Autocontrôle 7,34%
5. Actionnaires Individuels 7,11%
6. Salariés 3,26%
Effectif : 186 220
Remarque: depuis le 1 er janvier 2012, la baisse des ventes du groupe est de 13,5% contre seulement 3,5% pour Renault par exemple.
Les spécificités du site d’Aulnay:
Produit actuellement la C3 qui sera arrêtée en 2014. La C3 est donc en fin de vie.
Aulnay, situé en Ile de France, à une valeur foncière évidente contrairement aux sites de provinces qui ne peuvent faire l’objet de promotions immobilières massives.
Fermer entièrement une usine est plus facile que de saupoudrer des suppressions d’emplois sur plusieurs sites ce qui par définition poserait inévitablement des problèmes partout aussi bien sociaux qu’organisationnels.
C’est donc une « bonne » idée de fermer Aulnay.
L’alliance avec GM et sa filiale européenne Opel
« Attention ! Ce n’est pas une fusion, mais une alliance. » C’est sur ce point que Philippe Varin et Dan Akerson, lors de leur conférence téléphonique du Mercredi 29 février pour officialiser le rapprochement de PSA Peugeot Citroën et de General Motors (GM) ont particulièrement insisté.
Toujours sur le thème du retard stratégique par rapport à Renault, PSA ne se lance dans une stratégie d’alliance majeure qu’en 2012 alors que Renault s’était lancé dans un partenariat très fructueux avec le japonais Nissan dès1999. C’est donc au tour de PSA, 13 ans après, de tenter une aventure quasi similaire.
Pour le patron de PSA Philippe Varin « ce partenariat stratégique est d’une échelle non égalée jusqu’à présent ».
Les deux entreprises entendent partager le coût de développement de nouvelles plateformes de véhicules et le coût des achats à l’échelle mondiale pour les produits et les services. D’ici à cinq ans, GM et PSA veulent réaliser chacun 1 milliard de dollars (751 millions d’euros) d’économies sur leurs dépenses et regagner ainsi en compétitivité.
Hors coopérations, « chacune des deux entreprises continuera à commercialiser ses voitures de façon indépendante et concurrentielle », assurent les deux constructeurs.
Pour le moment les deux entreprises précisent que l’alliance ne concerne pas la production.
La question des surcapacités doit donc être gérée par les deux constructeurs séparément.
Des doutes importants sur l’intérêt d’un rapprochement GM/PSA.
De nombreux analystes financiers restent dubitatifs sur la pertinence de cette alliance.
Cette opération semble déséquilibrée. Dans ce type d’alliance, l’avantage est pour le petit, en l’occurrence PSA, qui a tout ou presque à y gagner, mais quel est l’intérêt pour GM à moins d’envisager une cession progressive d’Opel au Groupe PSA qui n’est pour le moment en aucun cas officiellement un sujet de discussion.
PSA pourrait également améliorer sa position en Chine où le Groupe a enchainé depuis plus de 20 ans déboires sur déboires.
Néanmoins, de l’autre côté de l’atlantique, l’annonce de cette nouvelle laisse encore plus sceptique.
Pourquoi GM, recapitalisé par l’état américain, va-t-il accentuer son exposition en Europe, où sa filiale Opel a perdu plus de 11 milliards d’euros depuis 1999 ?
Dans un contexte d’excédent de capacité de production, de baisse des volumes et des prix, alors que les deux entreprises partagent des difficultés identiques, les économies d’échelle sont peu probables compte tenu des faibles performances des maigres profits voire des pertes réalisées par ces deux entreprises.
Les experts sont d’autant plus dubitatifs que la famille Peugeot, qui reste le premier actionnaire de PSA (avec environ 25 % du capital), n’est pas réputée pour se laisser dicter sa conduite alors que GM n’ont plus, ce qui pourrait augurer des débuts d’alliance difficiles.
Le problème Iranien
Passée presque inaperçue, cette nouvelle a fortement dégradé les comptes du Groupe.
En effet, depuis quelques semaines, PSA a cessé ses livraisons à Iran Kohdro, son partenaire iranien, qui représentaient un cinquième de ses ventes mondiales en volume et… son deuxième marché en nombre d’unités vendues.
Le groupe français a en effet mis un coup d’arrêt définitif à ses exportations vers l’Iran, où il livrait des 405 et des 206 en pièces détachées à son partenaire de longue date Iran Khodro, le constructeur local.
Officiellement, selon le porte-parole constructeur français : « Les sanctions contre l’Iran se sont durcies depuis le début de l’année. Les banques occidentales ne peuvent plus travailler avec les banques iraniennes, et l’on ne peut plus financer nos activités. »
Cet arrêt brutal est a priori lié à la situation géopolitique toujours tendue entre Washington et Téhéran. Sur fonds de négociations et d’alliance avec GM qui posaient en préalable l’abandon de toutes activités commerciales avec l’Iran. GM, d’ailleurs de son côté, assume à demi-mot.
2011 l’Iran était le deuxième marché après la France avec 458 000 véhicules. Cela dit, ces ventes de voitures en kit généraient moins de 3% des recettes mondiales du groupe.
Mais dans un contexte déjà très tendu, c’est effectivement une mauvaise nouvelle notamment pour l’emploi et en particulier pour l’usine de Vesoul, dédiée aux pièces de rechange et à l’expédition de pièces détachées à destination du marché iranien.
Enfin, toujours sur le volet iranien de PSA, Marc Wallace, directeur de l’UANI (United Against Nuclear Iran) et ancien ambassadeur américain aux Nations unies, a appelé le Congrès à enquêter sur l’alliance PSA-GM et a déclaré que «GM doit à ses investisseurs et clients de forcer Peugeot à mettre fin à ses activités en Iran».
Tout semble donc indiquer que PSA doit mettre fin à toute collaboration avec l’Iran, si le constructeur français souhaite voir l’alliance avec GM se poursuivre, alors qu’outre atlantique, la pression devient désormais politique.
Des sureffectifs bien connus
L’annonce de 8.000 suppressions d’emplois d’un coup est un symbole fort mais le groupe ne cesse depuis des années de dégraisser, signe qu’il dispose d’effectifs en surnombre dans une industrie à la pointe de l’automatisation.
Spécialiste de l’industrie, le site Usine nouvelle a ainsi listé les emplois supprimés chez PSA depuis 2006, une cascade de chiffres qui fait peur :
7.000 en 2006,
5.090 en 2007,
5.700 en 2009
et 6.800 en 2011.
Les 8.000 suppressions de postes annoncées jeudi ne font que confirmer ces sureffectifs et sont à peine plus importantes que les suppressions d’emplois ayant eu lieu en 2007…
L’agacement manifesté par nos politiques semble donc hors de propos et motivé par d’autres considérations.
Les actionnaires ont-ils perçus trop de dividendes ?
Côté syndicats, on aime à dire que : « pour satisfaire les actionnaires, ce sont les salariés qui vont payer. La distribution des dividendes représente 50% des résultats en moyenne sur cinq ans ».
Il faut cependant nuancer la vision syndicale. Si PSA a bien versé un dividende de 2001 à 2007 puis en 2010, il s’est abstenu de le faire en 2008, 2009 et 2011 lors des années les plus difficiles. Les actionnaires de PSA ne sont donc pas que des monstres froids pillant une entreprise mais aussi une famille d’actionnaires depuis la création et les origines du Groupe.
PSA est même moins sensible que les autres entreprises aux « licenciements » boursiers, le constructeur ayant souhaité privilégier le marché français et l’emploi en France.
Rumeurs de marchés
Selon certaines rumeurs de marché, le titre PSA ferait l’objet de ventes à découvert massives de la part d’investisseurs anglo-saxons qui passeraient notamment par la Barclays… ce qui serait corroboré par les volumes d’échanges.
L’état français ne laissera pas tomber PSA. Ce qui est sûr, c’est que derrière toutes les fanfaronnades actuelles se cachent de véritables enjeux sociaux certes, mais également géopolitiques.
PSA ne fera pas faillite. Ses fonds propres sont élevés, ses structures industrielles bien réelles.
Les difficultés du marché automobile ne doivent pas faire oublier que PSA est une très grande entreprise.
Pour tout vous dire, moi qui aime à me tenir éloigné des marchés boursiers ces derniers temps, je suis tenté de rentrer sur PSA (ce que je n’ai pas fait pour le moment) pour jouer une recovery avec annonce du plan de soutien au secteur par le gouvernement le 25 juillet et les rachats de ventes à découvert qui peuvent provoquer des mouvements de hausse très rapides.
Ce n’est qu’un avis, donc agissez avec prudence, et uniquement pour une somme négligeable dont vous n’avez pas besoin. Je n’ai jamais gagné beaucoup d’argent en bourse car je ne joue que les sommes dont je n’ai pas besoin… et puis jouer l’argent du ménage à la bourse vous n’y pensez pas… vous ne connaissez pas ma femme !! D’ailleurs il faut que je lui en parle. Chérie, demain on rachète PSA, ça nous coûtera moins cher que de leur acheter une voiture neuve… (…) LIRE LA SUITE DE L’EDITO DE CHARLES SANNAT

Le Contrarien Matin du 16 juillet 2012
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