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Il aura donc fallu presque 9 ans pour que le cours de l’or en dollars rejoigne son sommet historique. Le record de 2011 est désormais derrière nous, et vous ne pouvez pas l’ignorer puisqu’absolument toute la presse financière française en a parlé. (* j’évoque toujours le cours de l’or au fixing de la LBMA – en 2011, le métal jaune avait déjà dépassé les 1900 $ en séance)

Voyez donc.

Et si on arrêtait de parler du cours de l’or en dollars ? (non mais vraiment…)

Vous connaissez ma marotte. L’immense majorité des Français perçoit ses revenus et effectue ses dépenses en euros. Il est donc évident que c’est dans la monnaie unique qu’il faut suivre le cours de l’or, et non dans la devise de quelque autre pays que ce soit, fut-il la première puissance économique mondiale.

Or, là où le bât blesse, c’est que le même jour que le cours de l’or en dollars dépassait son plus haut historique, le cours de l’or en euros atteignait lui aussi un nouveau ATH. En effet, le 24 juillet, l’once clôturait la journée à 1638 € et 1902 $, effaçant les précédents ATH du 18 mai 2020 à 1625 € et du 5 septembre 2011 à 1896 $. Cependant, comme cela a été le cas le 28 août 2019, alors que l’once dépassait pour la première fois son record historique du 4 octobre 2012 (1380 €), on n’a entendu aucun écho de la part des Echos et des autres.

Mais arrêtons de faire la fine bouche. Ce qui importe le plus, c’est que le thermomètre qu’est le cours du métal jaune fonctionne, au sens où il confirme que ceux qui conservent et/ou achètent de l’or ont peut-être de bonnes raisons de s’inquiéter de la situation économique et financière.

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Quelle est la situation sur le plan technique ?

A tout seigneur, tout honneur – je m’incline – commençons donc avec le cours de l’or en dollars. Comme l’expliquait Trado le 24 juillet, « nous avons passé cette résistance majeure des 1810-1818 $ avec cette explosion haussière […]. La tendance est haussière : la M20 est montante, la M50 est montante. Puisque [la résistance] a changé de polarité [elle] devient un support majeur puisqu’on a clôturé au-dessus. »

Après 4 ans et 2 mois de marché baissier, l’or en dollars aura donc mis 4 ans et 8 mois pour retrouver et dépasser son plus haut historique.

Pour ce qui est de l’or en euros, Trado explique qu’« on a cassé une résistance très importante […], une zone qui a été créée en avril 2020, qui a été testée à de multiples reprises, au-dessus de laquelle les cours n’ont jamais réussi à clôturer, sauf cette semaine. On peut donc maintenant considérer que cette résistance majeure a changé de polarité : elle devient support. […] La tendance est toujours haussière puisque comme vous pouvez le voir, nous sommes au-dessus de la moyenne mobile à 20 jours qui monte, et au-dessus de la moyenne mobile à 50 jours qui monte [également]. Le problème sur cette unité de temps et sur ces sous-jacents, c’est que comme on est sur des niveaux inédits, on n’a [donc] pas de résistance a priori qui puisse nous servir [de repère]. »

Vous l’avez compris : dans le cas de l’or en dollars, c’est une résistance vieille de 9 ans qui a été franchie, et dans le cas de l’or en euro une résistance qui date de quelques mois – c’est dire à quel point le cours de l’or évolue de façon différente dans les deux devises.

A l’heure où j’écris ces lignes, l’once côtoie les 1665 € et les 1955 $. De nouveaux plus hauts historiques ont donc à nouveau été établis.

Notez que le métal jaune n’est pas le seul à monter puisque c’est également le cas de l’argent et des cryptomonnaies. Le métal gris a récemment explosé la résistance majeure des 16,75 € – 17,84 € pour s’établir autour des 20 € l’once. Le bitcoin est quant à lui repassé au-dessus de la barre symbolique des 10 000 $ et cote désormais autour de 11 000 $ (9 300 €).

L’or est cependant le seul de ces actifs monétaires alternatifs à être entré en mode « découverte du prix. » Les plus hauts historiques de l’argent et du bitcoin sont encore très loin derrière eux.

Mais voyons dans quel contexte l’or (et les autres) sont parvenus à franchir ces résistances historiques…

Le dollar a lui aussi franchi une résistance… mais à la baisse

On lit souvent que l’or serait une position short sur le dollar. C’est souvent le cas, mais cette relation n’est pas systématique. Quoi qu’il en soit, force est de constater que ces derniers mois, la corrélation négative entre ces deux actifs a été très forte.

Le dollar a en effet subi une sévère dégringolade jusqu’à sortir du canal dans lequel il évoluait depuis juin 2018

… ce qui n’a pas manqué de se faire ressentir sur le cours de l’or libellé dans cette devise…

« Performance depuis 1 an : US dollar index : -4,7% ; or [en dollars] : +36,6%

.. mais également sur le cours de l’argent (plus haut depuis août 2013)…

… et du bitcoin (plus haut depuis septembre 2019).

L’euro gagne certes du terrain par rapport au dollar… mais cela n’empêche pas l’or de s’apprécier dans cette devise aussi !

Vous pensiez qu’un euro en hausse face au dollar était forcément synonyme d’une baisse du cours de l’or exprimé dans cette devise ? Détrompez-vous : l’euro est certes passé de 1,08 $ au mois de mai à 1,17 $ en ce 28 juillet (+ 8,33%), cela n’a pas empêché le métal jaune d’augmenter d’environ 1560 € à 1665 € sur la même période.

« L’euro bondit au-dessus de 1,17 $ alors que l’effondrement du dollar s’accélère en raison des tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine et de la pandémie en cours. »

Depuis le début de l’année, l’or en était hier à +22,1% en euros (et +28% en dollars).

L’or ne rapporte rien… mais les obligations d’Etat non plus !

Pas plus qu’il n’existe de pierre philosophale, il n’existe de modèle qui explique le cours de l’or. Tout au plus peut-on relever certaines corrélations, plus ou moins variables dans le temps et dans l’espace. L’une d’entre elles, qui saute aux yeux aussi loin que remonte le graphique ci-dessous, est le lien qui unit le cours de l’or en dollars au taux réel des obligations du Trésor US à 10 ans (« réel » = défalqué du niveau d’inflation des prix à la consommation).

Cours de l’or (en jaune) et taux d’intérêt réel du 10 ans américains (en vert – courbe inversée)

Avec un 10 ans américain qui n’en finit plus de baisser pour ne plus rapporter désormais qu’aux alentours de 0,60% par an, le coût d’opportunité de détention de l’or est d’autant plus faible. L’argument selon lequel « l’or ne rapporte rien » est donc d’autant moins valide. Retranchez à cela un taux inflation qui s’est monté autour de 2% entre 2017 et 2020 aux USA (quoi qu’en baisse depuis lors), et je dirais que « la question elle est vite répondue. »

Ce constat est encore plus criant en zone euro avec un 10 ans français à -0,20% et son homologue allemand à -0,50%. Avec des taux négatifs, le coût d’opportunité de détention de l’or disparaît sans même avoir besoin de prendre en compte l’inflation (seul demeure le coût de stockage) et le métal jaune devient une alternative à la dette d’Etat. Voilà peut-être de quoi réveiller la demande des investisseurs institutionnels pour le métal jaune…

C’est ce qui a amené le légendaire Mark Mobius à déclarer le 24 juillet sur Bloomberg qu’il allait continuer d’acheter de l’or, et ce peu importe que cet actif se trouve à un sommet historique : « Lorsque les taux d’intérêt sont nuls ou proches de zéro, alors l’or est un support intéressant à avoir car vous n’avez pas à vous inquiéter de ne pas obtenir d’intérêts sur votre or et vous voyez que le prix de l’or va augmenter en raison de l’incertitude sur les marchés. » […] « J’en achète et je vais continuer d’en acheter, parce que l’or est vraiment en hausse, il se porte bien. »

« Selon le légendaire investisseur Mark Mobius, il faut continuer à acheter de l’or même s’il approche de son niveau record* »

[* NDLR : j’en profite pour rappeler que les informations contenues dans cette chronique ne constituent pas un conseil en investissement financier. Elles y sont recensées à titre purement informatif.]

Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que la corrélation reste forte entre le cours de l’or en dollars et le stock mondial de dette à taux négatif, lequel vient de repasser au-dessus des 15 000 Mds$.

Stock mondial de dette à taux négatif (en blanc) et cours de l’or en dollars (en jaune)

Entre les Etats-Unis et la Chine, le rouge est mis

Il faut ensuite rappeler le contexte géopolitique. Le 23 juillet, l’atmosphère s’est brutalement refroidie entre les Etats-Unis et la Chine, le secrétaire d’Etat (l’équivalent de notre « ministre des Affaires étrangères ») Mike Pompeo ayant « appelé le peuple chinois à changer la direction du Parti communiste au pouvoir. »

C’est donc ni plus ni moins qu’un changement de régime que réclame ouvertement Washington. Voici une extrait de l’allocution de Mike Pompeo : « « En effet, Richard Nixon avait raison quand il écrivait en 1967 que « le monde ne pourra pas être en sécurité tant que la Chine ne changera pas ». Aujourd’hui, le danger est clair. Et aujourd’hui, le réveil se produit. Aujourd’hui, le monde libre doit réagir. » (traduction de Bruno Bertez)

L’époque où Donald Trump parlait de son « ami » Xi Jinping est donc révolue. Pour Mike Pompeo, le président chinois est le « vrai partisan d’une idéologie totalitaire en faillite. » Cette fois, le rouge est mis. Pas étonnant que le cours de l’or augmente dans un contexte géopolitique qui prend des allures de Guerre froide.

Notez par ailleurs que le 26 juillet, Ray Dalio, le fondateur de la société de gestion d’actifs Bridgewater Associates, a prévenu sur Fox News que l’exacerbation des tensions avec la Chine ne jouera pas forcément en faveur du dollar et de l’économie américaine.

« L’investisseur milliardaire Ray Dalio prévient qu’une « guerre des capitaux » entre les États-Unis et la Chine pourrait faire chuter le dollar et causer des ravages sur l’économie américaine »

Terminons ce rapide tableau en rappelant quel est l’arrière-plan économique.

Les Etats-Unis découvrent à leur tour les joies du socialisme !

Cette semaine, un nouveau package de relance est en discussion Outre-Atlantique. On parle de la bagatelle de 1 000 à 3 000 Mds$, avec tout ce que cela implique en matière d’helicopter money.

Au centre des discussions entre Républicains et Démocrates, l’aide d’urgence aux chômeurs (actuellement à 600 $ par semaine) que ces derniers perçoivent en plus des indemnités chômage. Comme l’expliquait Marc Fiorentino ce matin, « C’est la première fois que les Américains découvrent les joies du modèle Français : avec cette aide d’urgence supplémentaire, beaucoup de chômeurs gagnent plus au chômage que lorsqu’ils travaillaient et les Républicains estiment que c’est un frein à la reprise du travail. »

On se retrouve donc avec encore plus d’argent (prétendument) gratuit, ce qui m’amène à introduire une autre corrélation :

27 juillet : « Les banques centrales imprimant comme des malades, les métaux précieux sont en plein boom. L’or est près de son ATH, les bilans combinés des banques centrales du G4 s’élevant à près de 50% du PIB mondial. »

L’air du temps aux Etats-Unis – mais en fait à peu près partout dans le monde – reste donc à « l’argent gratuit ». 

Bref, prenez des gouvernements qui poursuivent leur fuite en avant dans la dette, des banques centrales qui font le maximum pour les y aider, ajoutez-y une crise sanitaire et économique ainsi que des échanges de mots doux entre les plus grosses puissance de la planète, et vous obtenez un cocktail dont on se serait un peu étonné qu’il ne donne pas la pêche au métal jaune.

« Des mouvements violents et extrêmes sur toutes les classes d’actifs. Métaux, actions technologiques, obligations… tout cela en raison d’une liquidité artificielle et d’une extension de la dette sans aucune croissance économique d’une année sur l’autre, où que ce soit. Dans leur quête de stabilisation, les banques centrales ont déclenché l’instabilité. »

Dès lors, de deux choses l’une : soit les théoriciens de la MMT ont découvert l’arbre à pognon, et tout cela va très bien se terminer ; soit il n’y a pas de free lunch et nos ennuis ne font que commencer.

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