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Centrale nucléaire

L’État a perdu 157 milliards d’euros avec EDF… et en perdra autant d’ici 2020


À l’heure où Ségolène Royal, notre ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, tacle rudement ses alliés écolos en proposant de faire durer encore dix ans les actuelles centrales nucléaires (qu’il était pourtant prévu de fermer peu à peu), il semblerait que l’État doive également régler la coûteuse quadrature du cercle de l’économie d’énergie, notamment à cause d’EDF.

Contradiction et incompatibilité : telles sont les deux caractéristiques principales de la gestion de l’environnement et de l’énergie par le gouvernement français. En effet, même si on peut comprendre la motivation ayant conduit à réunir Énergie et Écologie dans un même ministère, dans la pratique, force est d’avouer que ce mariage est pour le moins antinomique. Ainsi, dans un pays dont la production d’électricité est assuré à 75% par des centrales nucléaires, il paraît particulièrement difficile (pour ne pas dire absurde) de vouloir défendre dans le même temps les thèses anti-nucléaires des partis écologistes. De la même façon, vouloir à la fois aider EDF à maintenir sa production, tout en demandant aux usagers de consommer moins, cela frise la schizophrénie politique.

Et pourtant, c’est bien cette attitude bipolaire que la France a adoptée depuis quelques années, davantage d’ailleurs pour des raisons électoralistes que réellement idéologiques (l’écologie, c’est à la mode auprès des électeurs). Sauf que l’heure est peut-être venue de payer l’addition. Et dans le cas de l’énergie, la note risque d’être salée pour l’État, notamment en sa qualité d’actionnaire d’EDF. Car ce glorieux fer de lance du savoir-faire énergétique français connaît de graves difficultés depuis presque dix ans maintenant, lesquelles se sont traduites par une chute inexorable de la valeur de ses actions (passées de 82.51 € le 22 novembre 2007 à 10,90 € le 18 février dernier). Conséquence directe pour l’État actionnaire, ses parts ont fondu de plus de 80%, soit une perte nette de 157 milliards d’euros en ce début d’année 2016.

Chronique d’une perte annoncée

Mais le pire c’est sans doute de se dire que tout était écrit d’avance et que c’est l’État lui-même qui est responsable de la situation. Dès 2005, des experts en tous genres ont montré que la consommation d’électricité en France allait fortement ralentir, grâce notamment aux efforts d’économie d’énergie consentis par les particuliers comme les entreprises, à la suite justement de grandes campagnes de sensibilisation contre le gaspillage énergétique et le respect de l’environnement. Campagnes menées par l’État, faut-il le rappeler ? Et tout le monde s’en félicitait, à l’époque. Or, étrangement, un peu comme s’ils ne croyaient pas eux-mêmes à efficacité de leurs campagnes, les gouvernements successifs (épaulés en cela par les dirigeants d’EDF pas franchement favorables aux mesures d’économie d’énergie) n’ont jamais voulu prendre conscience de cette stagnation inévitable. L’idée que l’essor technologique allait inéluctablement s’accompagner d’une augmentation perpétuelle de la consommation d’électricité avait fini par devenir une certitude quasi religieuse.

Aujourd’hui, on sait que la consommation d’électricité ne devrait pas vraiment varier jusqu’en 2020, et elle pourrait même reculer de 2% en Europe, ce que l’actuel président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, refuse catégoriquement. Oui, oui, vous avez bien lu : il refuse tout simplement de tenir compte d’une tendance globale des usages et souhaite au contraire s’en tenir à sa propre vision dogmatique de la toute puissance énergétique française… tandis que tous les pays du monde se désengagent peu à peu du nucléaire. Mais son aveuglement va encore plus loin. Alors que la loi de transition énergétique votée le 22 juillet 2015 impose de limiter à 50 % maximum la production nucléaire dans la consommation d’électricité intérieure de la France d’ici 2025, Jean-Bernard Levy annonce qu’EDF continuera à exploiter l’ensemble de son parc de centrales et en prolongera la durée de fonctionnement de 10 ou 20 ans. Voilà, c’est tout, merci d’éteindre en sortant.

Fini les économies d’énergie, il faut consommer plus !

Selon lui (et quelques autres), il ne restera plus à l’État qu’à amener les usagers à accroître leur consommation d’énergie de 50% d’ici 10 ans pour atteindre mathématiquement le ratio de 50% d’électricité d’origine nucléaire prévu par les textes. Au passage, parmi les pistes proposées, il s’agirait par exemple de booster l’utilisation du transport électrique pour atteindre 5 millions de véhicules “rechargeables” avant 2025. Ce qui risque d’être à la fois assez difficile (au regard des efforts déployés jusqu’ici pour atteindre les quelques malheureux 40 000 véhicules en circulation actuellement) et finalement peu significatif car une telle flotte n’engendrerait qu’une consommation supplémentaire d’électricité d’à peine 3%.

Évidemment, on serait en droit de se dire qu’une telle exigence de la part d’un industriel, dût-il être le patron d’EDF, est parfaitement ridicule et que même le gouvernement actuel, dont l’amateurisme comme le clientélisme ne sont plus à prouver, ne peut soutenir une telle approche. Et pourtant, on apprenait le 28 février dernier que Ségolène Royal était prête à prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires (reniant au passage la loi de transition énergétique qu’elle avait elle-même portée l’été dernier).

Une facture qui risque d’être encore plus lourde

Or a-t-elle seulement conscience de ce que cette décision risque de coûter à l’État ? Car la relative vétusté des centrales françaises (dont l’entretien a été négligé jusqu’en 2009) et surtout l’incident de Fukushima obligent EDF à opérer de gros travaux de réhabilitation et de sécurisation dont la facture devrait atteindre 100 milliards d’euros selon la Cour des Comptes (auxquels viendront d’ailleurs s’ajouter quelques dizaines de milliards d’euros supplémentaires pour la fabrication des futurs EPR dont on dit qu’ils seront déjà obsolètes à leur lancement).

Autant d’investissements qui paraissent donc totalement inconsidérés alors que la tendance mondiale va dans le sens d’une “dénucléarisation” énergétique, mais qui seront probablement suivis par un État devenu incapable de dire non aux exigences de l’un des derniers dinosaures de l’ère du monopole. Un véritable despote industriel qui n’accepte pas que le marché, l’évolution ou même les lois lui dictent sa conduite.

Par conséquent, après s’être tiré une balle de 157 milliards d’euros dans le pied à force de vouloir ménager la chèvre nucléaire et le chou écologique, la France est désormais condamnée à suivre la folie coûteuse (et économiquement suicidaire) d’EDF qui préfère remettre à plus tard la question du démantèlement inévitable de ses installations nucléaires. Ce qui au final nous coûtera à tous bien plus cher que ces “quelques” milliards d’euros, ne serait-ce qu’en termes d’impact sur l’environnement.

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A propos de Anthony Alberti

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Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.

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