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L’or évincé durant la Première Guerre mondiale – Histoire de l’or

Lundi, janvier 18th, 2010
Affiche de la Grande Guerre. L'or est alors devenu un trésor de guerre.

Affiche de la Grande Guerre. L'or est alors devenu un trésor de guerre.

1914 : le conflit sonne le glas de l’or monnaie, comme de beaucoup d’autres valeurs de ce monde. Les peuples mobilisent. L’or, cessant d’être le moteur d’une économie de paix, est appelé à reprendre l’une de ses vieilles fonctions : il est trésor de guerre.

Tout au long de l’histoire, il n’a guère cessé de l’être. Il a joué ce rôle entre les mains des Grecs, qui l’accumulaient dans leurs temples avec des arrière-pensées militaires, entre les mains des Perses, entre celles de Philippe de Macédoine et d’Alexandre, de Rome et de Byzance. « Toute nation doit tâcher d’amasser de l’or pour l’occasion des guerres », a conseillé l’Encyclopédie de Diderot. La Prusse, en 1813, a demandé aux femmes le don de leurs bijoux pour lutter contre les Français; elles ont, en échange, reçu des bijoux de fer, portant la mention : « Pour du fer, j’ai donné de l’or. » Les belligérants de 1914, eux aussi, font appel à l’or pour financer la lutte.

Dans la tour de Spandau, Guillaume II a pris soin d’entasser le précieux métal. Si la Russie et la France, avant 1914, ont grossi soigneusement leurs réserves d’or, c’est pareillement en prévision de la conflagration menaçante.

Puisque les États en guerre rassemblent leurs forces, les particuliers ne sauraient leur dérober les moyens du combat. A tout le moins, il n’est plus concevable de leur donner de l’or. Le premier soin des belligérants est de suspendre la convertibilité des billets. En France, dès le jour de la mobilisation, les directeurs des succursales de la Banque de France décachètent le pli secret qui leur a été adressé. Ils y ont lu « Vous cesserez immédiatement toute remise d’or. » La loi du 5 août consacre cette mesure : le franc n’est plus qu’une monnaie de papier.

Même décision en Allemagne, pour le mark, que la loi du 4 août 1914 rend inconvertible. Mais la libérale Angleterre agit différemment. Attachée à l’étalon-or qui a fait sa gloire et sa fortune, elle maintient en droit la convertibilité des billets, pour la supprimer en fait. Un Anglais viendrait-il à la Banque d’Angleterre pour demander, en échange de ses coupures, un règlement en or? Il commence par subir un long interrogatoire, il doit fournir la preuve que cet or ne sera pas fondu ni vendu à prime, et, s’il insiste, il est accompagné par un policeman chargé de contrôler l’emploi du métal. Cette procédure a de quoi décourager les citoyens d’esprit assez peu civique pour réclamer de l’or. De même, l’exportation de l’or reste libre ; mais les ports sont surveillés de telle sorte que cette permission équivaut à un embargo. Au surplus, Londres interdit la fonte des pièces, comme l’offre ou la demande d’une prime pour la monnaie métallique. Et pour éviter à la Banque d’Angleterre la peine et la honte de multiplier ses billets, le Trésor en émet, sous le nom de currency notes : c’est du papier d’État, officiellement remboursable en or, mais que ne gage aucune couverture de métal. Ainsi, avec la plus parfaite candeur, le Royaume-Uni sauve les principes.

Comme l’Allemagne, la France et l’Angleterre, tous les pays hier ralliés à l’étalon-or, ou à ce qui restait du double étalon, rompent avec le métal. Les États-Unis eux-mêmes, lorsqu’ils entreront dans la guerre, interdiront les sorties d’or.

Le métal jaune cesse de circuler en Europe : depuis germinal, la France avait frappé 696 millions de pièces d’or, représentant 3 500 tonnes ; on a vu qu’il en reste 2 800 tonnes en 1914, dont 1 200 à la Banque et 1 600 dans le public. Ce sont ces 1 600 tonnes de pièces qui perdent leur fonction monétaire. Il n’est même pas besoin de leur ôter le cours légal : elles passent sans effort des porte-monnaie au creux des coffres-forts et des bas de laine.

Versez votre OR. Nous verson bien notre sang !

Versez votre OR. Nous versons bien notre sang...

Pourtant l’État en a besoin : s’il a des achats à faire à l’étranger, ce n’est pas avec des billets français qu’il peut régler ses dettes extérieures. Un appel officiel du 2 juillet 1915 convie les Français à verser leur or pour concourir à la Défense nationale. « L’or est indispensable pour acheter des munitions, disent les affiches… Échangez l’or que vous détenez, et qui ne peut d’ailleurs vous être d’aucune utilité, contre des billets de la Banque de France dont le crédit fait l’admiration du monde. Un certificat vous sera remis, constatant la somme d’or que vous aurez versée… » Des comités de l’or s’organisent par tout le pays. La Banque reçoit ainsi 380 tonnes de métal durant la seule année 1915, et plus de 700 pendant l’ensemble des années de guerre : ce qui réduit la thésaurisation privée à 900 tonnes, et devrait porter l’encaisse de la Banque à 1 900 tonnes. Mais il lui a fallu céder du métal à l’étranger, pour assurer les approvisionnements de la nation. En 1919, elle ne détient plus qu’à peine 1100 tonnes d’or. La différence a payé la guerre.

On retient ici le cas de la France, parce qu’elle était, dès 1914, de tous les belligérants européens, le pays qui possédait les plus gros avoirs en or. L’Allemagne, tout en perdant les trois quarts de ses réserves de devises, réussit à sauvegarder l’encaisse de la Reichsbank (700 tonnes), faute de pouvoir trouver suffisamment de fournisseurs extérieurs. L’Angleterre préserve l’essentiel de son avoir grâce aux crédits américains. Les États-Unis, neutres jusqu’en 1917, fournisseurs en permanence, doublent leurs réserves d’or, de 1914 à 1919.

Il est vrai que la guerre ne se paie pas seulement avec de l’or. Elle se finance avec de l’inflation. Dans le cours forcé, le papier-monnaie ne s’accrédite qu’en se discréditant.

René Sédillot – Historien

Tout l’or du monde

Dimanche, novembre 1st, 2009

Tout l’or produit jusqu’à ce jour rentrerait dans un cube de 20 mètres de côté. Si on devait le distribuer à l’ensemble des habitants de la planète, cela représenterait 24 g par habitant, presque quatre Napoléons de 20 Francs. L’or est clairement une métal rare !

A LIRE POUR EN SAVOIR PLUS : Investir avec les pièces d’or. LE GUIDE

La monnaie fiduciaire

Jeudi, octobre 1st, 2009

Qu’est-ce que la monnaie fiduciaire ? Si l’on ouvre un dictionnaire latin, il est intéressant de noter que le mot fiducia veut dire « confiance », « assurance » ou « courage ». Le dollar, qui est LA monnaie fiduciaire de notre monde moderne est donc basé sur la confiance qu’on lui porte, une monnaie papier qui, si l’on colle à l’étymologie, donnerait courage et assurance à ceux qui en possèdent. Rien que ça !

En fait, toute monnaie est plus ou moins fiduciaire. Même l’or en son temps fut subordonné au crédit qui lui était attribué. L’usage voulait que si les autorités monétaires conféraient à une monnaie d’or un cours déconnecté du prix du métal incorporé, on l’accusait alors d’être une monnaie fiduciaire. A plus forte raison, la part demandée à la confiance grandit si la teneur en or est réduite, si un métal commun est substitué au métal précieux, si la monnaie est faite d’une matière sans valeur.

A ce jeu, les Etats-Unis et leur dollar n’ont évidemment rien d’innovant et il faut plutôt se tourner vers les chinois pour voir apparaître les premières monnaies fiduciaires « dignes » de ce nom. L’empereur Wou-Ti émet en l’an -140 des pièces faites d’un alliage d’argent et d’étain auxquelles il assigne un cours arbitraire : la pièce ovale vaut 300 jetons de cuivre, la pièce carrée 500 et la pièce ronde 3000. Il imagine même des carrés de daim blanc et de soie, marqués du sceau officiel, et leur donne cours pour 40000 pièces de cuivre. Il faut avouer que ces émissions ne coûtent rien au Trésor public et lui donnent de singulières facilités. Comment ne serait-il pas tenté d’en abuser ?

De fait, la Chine en abuse, à plusieurs reprises, surtout à dater du jour où elle sait fabriquer le papier : une belle invention, promise à un grand avenir monétaire ! Au premier siècle de notre ère, les Chinois obtiennent déjà de minces feuilles de pâte, d’abord avec une bouillie de déchets de soie, puis avec les fibres du mûrier et du bambou. Ils possèdent aussi depuis longtemps le secret des encres indélébiles, à base de noir de fumée. Ils sauront bientôt mouler des idéogrammes dans l’argile, pour former des caractères mobiles. Le papier, l’encre et l’imprimerie : voilà ce qui devait détrôner l’or pendant plusieurs siècles. Les chinois venaient d’inventer en même temps le papier monnaie et son corollaire, l’inflation… Mais là c’est une autre histoire que nous vous raconterons plus tard.

Notre Voltaire national avait une opinion très précise à propos de la monnaie fiduciaire : « une monnaie papier, basée sur la seule confiance dans le gouvernement qui l’imprime, finit toujours par retourner à sa valeur intrinsèque, c’est à dire zéro.”

Le passé et le futur donnèrent systématiquement raison à notre philosophe. La monnaie chinoise qui émerveillait tant Marco Polo ne dura qu’un temps, de même que toutes les autres monnaies de ce type qui existèrent plus tard dans le monde.

A l’échelle de l’histoire de la monnaie, le dollar est finalement encore jeune. Mais la confiance n’est pas éternelle. Pourquoi en irait-il autrement d’une monnaie qui est justement basée sur la confiance ?

Des humains et de l’or

Jeudi, octobre 1st, 2009

Cinq siècles Av-JC, ce sont déjà des pièces d’or qui tissent les liens essentiels du commerce. Les empires sont érigés et chutent à cause de l’or. Les routes commerciales qui relient les marchés d’est en ouest sont « pavées d’or ». De l’Amérique du Sud à l’Afrique du Sud, on s’est battu pour l’or. Pour l’amour de l’or, on conquiert le Nouveau Monde et des civilisations telles que les Aztèques et les Incas vont être anéanties (…) LIRE LA SUITE

Notre « coup de coeur » du moment : le demi-napoléon.

Jeudi, août 6th, 2009
Le Napoléon 10 Francs, ou Demi-Napoléon. Une jolie petite pièce d'or avec un beau potentiel pour l'investissement dans l'or physique mais difficile à trouver dans un état acceptable (pouvant soutenir une prime).

Le Napoléon 10 Francs, ou Demi-Napoléon. Une jolie petite pièce d'or avec un beau potentiel pour l'investissement dans l'or physique mais difficile à trouver dans un état acceptable (pouvant soutenir une prime).

Notre conseil du moment pour rentrer dans le monde formidable des pièces d’or: achetez quelques demi-napoléons (les napoléons 10F). En effet, leur prime de fond (la prime la plus couramment observée en dehors des périodes de crise) est généralement de 5 à 15 % En ce moment, la prime instantanée est proche de la prime de fond mais le potentiel de retour vers des niveaux haut (80 à 100% comme c’était le cas en octobre 2008) reste forte en cas d’un vif intérêt pour les pièces d’or.

Début 2008 nous n’aurions pas nécessairement conseillé d’acheter prioritairement ce type de pièce car nous pensions à tort que sa prime était déjà bien haute et qu’il était potentiellement plus intéressant de partir d’une prime nulle comme c’est le cas avec nos bons vieux nap 20F. Et pourtant, force est de constater que le demi-napoléon est la pièce avec le différentiel de prime le plus élevé. Elle est passée d’une prime de fond d’environ 13 % à une prime record de 93% en octobre 2008. Le différentiel de prime est donc de 80 % ! Largement au-dessus des pièces d’or américaines en 10 et 20 $ (différentiel de prime d’environ 50% ), du demi-souverain (différentiel de 30 %). Exception faite de « l’accident » du napoléon 20F au dessus des 170 euros, son différentiel de prime n’est finalement que de 27 à 30% en cas de crise (comme le Krugerrand).

Attention cependant à la qualité de ce que vous achetez. La prime n’est possible que pour les pièce d’un état de qualité TTB au minimum. Et pour les demi-napoléons, qui ont beaucoup circulés, c’est déjà plus difficile d’en trouver.

[MAJ 07/06/13]
A ce propos, sauriez-vous faire la différence entre un faux demi-Napoléon et un demi-Napoléon fauté ?
Voici deux cas très intéressants :

- La première pièce, un demi-Napoléon 1860 Napoléon III tête nue, est une fausse pièce rare.

Demi-Napoléon 1860 Napoléon tête nue Avers

Demi-Napoléon 1860 Napoléon tête nue Avers

 

 

 

 

 

 

 

 

- Le demi-Napoléon 1860 Napoléon III tête nue est a priori une pièce très intéressante, qui pourrait se revendre au double du prix d’un Napoléon III tête nue classique, même en qualité TTB.
Pourquoi ? Car elle a un poinçon en forme d’abeille tout en provenant de l’atelier A (Paris). Or, ce type de pièce a été frappé entre le 15 novembre 1860 et le 31 décembre de la même année alors qu’elle était frappée jusqu’alors à Strasbourg (BB).
Intéressante, sauf qu’elle est fausse !
- elle est issue de deux fournisseurs qui font de la numismatique (un Hollandais et un Français). Donc pourquoi ne pas l’avoir repérée ?
- le métal est un peu rouge (comme des Marianne coq refrappées). Alors que l’or de toutes les pièces d’avant 1914 non refrappées est toujours de couleur jaune.
- tous les demi- Napoléon III tête laurée de qualité TTB pèsent entre 3,15 et 3,19 grammes. Celle-là fait 3,09 grammes. Le poids n’y est pas, il n’est pas raccord avec l’aspect visuel lié à l’usure. Pour un tel poids, nous aurions une pièce de qualité B (tous les reliefs plats). Le titre doit donc être d’environ 875 °/oo.
- la tranche n’est pas de bonne qualité, comme mal frappée.
Il s’agit probablement d’une pièce réalisée entre les années 1970 et 80. Les faussaires fabriquaient alors des faux à partir de pièces rares afin d’empocher la prime de rareté sur le marché de la numismatique. Et les balances de l’époque n’étaient pas précises au 0,01 gramme. Il est donc difficile de détecter un problème sur le poids.

- L’autre pièce, un demi-Napoléon III tête laurée est une pièce fautée.

Demi Napoléon 1866 Napoléon tête laurée avers

Demi Napoléon 1866 Napoléon tête laurée avers

 

 

 

 

 

 

 

 

Le coin a été abimé lors de la frappe de la série dans laquelle cette pièce se trouvait et il a « imprimé » son défaut dans le flan (avers, coin inférieur droit, le texte est dévié – sur le revers, le relief est écrasé). Une pièce qui évidemment vaut plus qu’un Napoléon III classique de même millésime, car habituellement elles étaient repérées avant de se retrouver en circulation. Elles étaient ensuite fondues et les coins détruits.

 

La fête continue pour les banquiers

Vendredi, juillet 24th, 2009

Ils s’étaient engagés à mettre un frein à leur avidité. Mais, à peine sauvés de la faillite à coups de milliards de fonds publics, les banquiers ont repris leurs bonnes vieilles habitudes : accumuler des profits à tout prix.
Souvenez-vous, c’était à Londres début avril. Les maîtres du monde, réunis au G20, promettaient, croix de bois, croix de fer, de mettre fin aux scandales de la finance mondialisée, aux excès de l’argent fou, aux dérives du « toujours plus » (de fric). Enfin, on allait encadrer les rémunérations des banquiers, coupables de pousser «à une prise de risques excessifs». Enfin, on allait contrôler les bonus déments des traders. Enfin, on allait mettre un terme à l’avidité et à la cupidité de ces financiers gavés de primes extravagantes, de stock-options indécentes et de parachutes dorés sur tranche. Pure illusion ! A peine sauvés de la faillite à coups de milliards de fonds publics, banquiers et traders ne pensent qu’à une chose : s’en remettre plein les poches, tout de suite, maintenant, sans même attendre une hypothétique sortie de crise. Surtout, que tout recommence comme avant, que la fête continue !

Depuis quelques semaines, les exemples se multiplient des deux côtés de l’Atlantique. Dernier en date : la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui a pourtant échappé au pire grâce aux 10 milliards de dollars déboursés par le contribuable. Ses dirigeants de l’époque avaient d’ailleurs profité de l’aubaine puisque, selon le Financial Times, ils auraient vendu en pleine tourmente quelque 700 millions de dollars d’actions qu’ils détenaient. Quelques mois plus tard, Goldman Sachs a recouvré la santé. Comment ? Essentiellement en prêtant très cher à ses clients de l’argent qu’elle emprunte à très bas coût auprès de la
Réserve fédérale, c’est-à-dire l’Etat. La banque a même annoncé vouloir s’acquitter au plus tôt de ses dettes envers le gouvernement. Bonne nouvelle, se dit-on. Erreur. Cet empressement à rembourser n’abuse que les naïfs. Il s’agit, pour le patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, de s’affranchir des contraintes liées à cette aide publique, à commencer par le plafonnement des rémunérations.

Extrait d’un article écrit par EMMANUEL LÉVY, HERVÉ NATHAN ET MARC PERELMAN pour le magazine MARIANNE du 18 au 24 juillet 2009

L’or n’est pas une matière première comme les autres

Mardi, mai 12th, 2009
Tout l'or extrait jusqu'à ce jour dans le monde rentrerait dans un cube de 20 mètres de côté

Tout l'or extrait jusqu'à ce jour dans le monde rentrerait dans un cube de 20 mètres de côté.

Depuis sa première extraction de la terre, il y a plus de 6 000 ans, l’or par son éclat a ensorcelé les hommes. De plus, il ne rouille pas, ne s’oxyde pas, ne se ternit pas. On estime que tout l’or jamais extrait ne formerait qu’un cube d’environ 20 mètres de côté, un huitième à peine de ce terrain de football. Et comme jamais aucun autre matériau, l’or a suscité les passions humaines. Sur le marché des métaux le plus actif du monde, la bourse des valeurs de New York, l’or provoque beaucoup d’agitation.

Georges Gero, Commodity Exchange New York : « Les Américains ont été fascinés par l’or en apprenant que durant la dépression, un kilo d’or ce qui fait trente-deux onces, leur permettait d’acheter une Ford, une Chevrolet ou une Plymouth et qu’aujourd’hui un kilo d’or leur permet d’acquérir, de la même manière, une nouvelle Ford ou une Chevrolet ou une Plymouth, donc que sa valeur avait été maintenue au fil des ans. »

Timothy S. Green, auteur de « Le Monde de l’Or » : « Si vous produisez du jus d’orange, vous le buvez et puis c’est terminé. De même si vous produisez n’importe quelle denrée alimentaire, vous la consommez et c’est tout. L’or, lui, du moins tout l’or potentiellement extrait, persiste. D’année en année, la demande constante en or excède les nouveaux arrivages en provenance des mines. D’une certaine manière, cela constitue une bonne raison d’être exploitant de mine d’or aujourd’hui, il y a une demande constante pour votre produit.»

L’inflation ou la mort

Mardi, avril 7th, 2009

Tous les gouvernements sont actuellement engagés dans des programmes de « quantitative easing » (politique monétaire non conventionnelle) ou si vous préférez d’impression monétaire pour lutter contre les forces déflationnistes. Le but ultime étant de dévaluer le pouvoir d’achat de leur monnaie, donc de réduire le poids de la dette, de soutenir le prix des actions et de l’immobilier par l’inflation, tout en décourageant l’épargne.

La dette totale des USA dépasse $60’000 milliards, soit quatre fois tout ce que le pays produit en une année ! Lorsque vous ne pouvez plus vous montrer solvable, il vous reste trois options :

1) augmenter les impôts,
2) l’inflation,
3) la faillite.

Augmenter les taxes étant impossible vu la situation délicate dans laquelle se trouvent le peuple américain et les entreprises du pays, la seule solution qui s’impose pour les USA (et le reste du monde) est l’inflation. Les politiciens l’apprécient car elle permet d’emprunter une somme d’argent qui achète une miche de pain et de rembourser cette même somme lorsqu’elle suffit tout juste à payer une tranche de pain !

La Fed montre une réelle application dans sa politique inflationniste, en ayant déjà doublé son bilan l’année dernière à $2’000 milliards, et nul doute que son bilan risque d’exploser dans les années à venir ! Après le krach de 1929, la Fed avait attendu jusqu’en 1933 pour adopter une politique de « quantitative easing », mais cette fois la réaction a été immédiate ! Plus le bilan de la Fed gonfle, plus grande est la quantité de dollars qui sont injectés dans les banques, puis dans l’économie. Pour l’instant, une grande partie de ces dollars sont encore retenus au niveau des banques, mais lorsqu’ils finiront par être déversés dans l’économie, les prix des biens et des services vont à nouveau prendre l’ascenseur : ce sera la partie visible de l’inflation pour le consommateur. Je dis la partie visible, car l’inflation est avant tout un phénomène monétaire.

Comme la masse monétaire n’a jamais cessé de croître, même durant la crise de l’automne dernier, nous pouvions bien nous douter que le chant des sirènes déflationniste n’était qu’une illusion ! Il existe en fait une réaction décalée dans le temps entre la croissance de la masse monétaire (l’inflation au sens strict du terme) et son effet sur les prix (l’inflation pour le public). Ce retard est de 1 à 3 ans, et correspond au temps qu’il faut pour que le nouvel argent diffuse dans toute l’économie. Je me base sur la croissance de la masse monétaire américaine TMS (True Money Supply), car les autres agrégats monétaires peuvent porter à discussion.

Croissance annuelle de TMS en %

Croissance annuelle de TMS en %

Nous voyons par exemple que la forte croissance de TMS en 2001-2004 nous a conduit à une forte hausse des prix des matières premières sur la période 2003-2007. Ensuite le ralentissement dans la croissance de TMS en 2005-2006 aurait pu nous mettre en garde contre un ralentissement dans l’effet visible de l’inflation autour de 2008-2009. Je ne dispose des données de TMS que jusqu’au mois d’octobre 2008, mais nous voyons que depuis l’automne 2008, la croissance de TMS a à nouveau accéléré. Nul doute que les renflouages, nationalisations, plans de relance et monétisations vont contribuer à porter la croissance de TMS à un niveau élevé dans les mois et années à venir.

Tous les pays qui ont contractés d’énormes dettes ces dernières décennies vont s’engager sur la même voie que les USA. Ils n’ont plus d’autre choix, s’ils veulent survivre, que de dévaluer leur monnaie. Même la Suisse s’est lancée dernièrement dans la dévaluation de son franc ! On risque donc d’assister à une dévaluation monétaire compétitive au niveau mondial, et la valeur de la seule devise qui ne pourra pas être dévaluée, l’or, va automatiquement grimper en termes de pouvoir d’achat dans toutes les monnaies. Les autres matières premières vont également voir leur prix grimper, comme résultat de la perte du pouvoir d’achat des monnaies.

Article écrit par Léonard Sartoni (extrait de son Suivi n°19 – en format PDF sur LORetLARGENT.info)

Léonard Sartoni est l’auteur du livre « référence » : 2008-2015 : pourquoi l’or va battre la performance des actions et des obligations et comment vous pouvez en profiter

Ce premier guide en langue française sur le marché de l’or ne pouvait être écrit que par un investisseur à temps plein sur ce marché. Léonard Sartoni vit en Suisse de ses investissements dans ce domaine. La richesse de son expérience et de ses connaissances difficilement condensée dans ces 200 pages vous éclairera sur un univers méconnu autant qu’attractif sur un plan financier.  » le dernier grand marché haussier de l’or remonte aux années 70. Depuis, aux yeux du grand public, ce métal précieux est tombé aux oubliettes. Il est temps de le redécouvrir car une nouvelle heure de gloire est  » dans les tuyaux  » ! « 

Léonard Sartoni parraine AuCOFFRE.com, la plateforme d’achat, vente et don de pièces d’or avec garde en coffres bancaires.

L’Euro est-il menacé par la crise ?

Lundi, mars 16th, 2009
L'euro survivra-t'il à la crise ?

L Euro survivra-t'il à la crise ?

Alan Greenspan, qui était le président de la Banque Centrale américaine de 1987 à 2006, a longtemps été un partisan de l’or, « l’or et la liberté économique sont indissociables », écrivait-il en 66. «À part l’étalon or, il n’existe aucun moyen de préserver l’épargne de l’inflation, l’or protège la propriété» disait-il.
Qu’a fait ce même Alan Greenspan pour l’or lorsqu’il était président de la FED ? Rien, si ce n’est le vendre.
Les Américains ont installé leur réserve d’or au centre d’un camp militaire impressionnant qui est le camp d’entraînement de l’arme blindée. Il est évident que leur or ne pouvait pas être mieux défendu que par ces tanks. Mais voilà, depuis plusieurs décennies déjà, les réserves des banques centrales sont constituées de devises et non plus d’or. Le dollar américain est la principale monnaie de réserve. A partir des accords de Bretton Woods et jusqu’en 1971 le dollar était réputé as good as gold, c’est-à-dire aussi bon que l’or. En effet, en 1944, les leaders mondiaux du système financier rattachent l’or au dollar à un cours fixe, une once d’or pour 35 dollars mais vers la fin des années 60, le président Johnson desserra les liens entre l’or et les dollars avant qu’en août 1971 Richard Nixon ne décrète leur inconvertibilité définitive. Plusieurs voix s’élèvent alors contre cette décision, mais certains voyaient déjà se dessiner une autre solution à la crise du système monétaire générée par la perte de l’étalon d’or.
Valéry Giscard d’Estaing : « Le système monétaire international s’est effondré il y a huit ans, en 1971, et nous sommes entrés dans la période des taux de change flottants et on a bien vu que ce système des taux de change flottants n’était pas favorable à l’économie mondiale. Nous ne pouvions pas, nous, rebâtir le système pour tout le monde, mais nous pouvions au moins le rebâtir pour nous et donc le fait que l’Europe rétablisse un système de stabilité du taux de change est un élément qui permettra – je l’espère – de reconstruire progressivement tout le système. »
C’était Giscard d’Estaing il y a exactement trente ans, l’année même de la création du système monétaire européen, un système qui nous a conduits vers l’euro. Aujourd’hui, l’euro est la deuxième monnaie au monde, s’agissant des transactions et depuis décembre 2006, il compte le plus grand nombre de billets en circulation. Que les espoirs étaient grands ! On se demandait même à l’époque si la monnaie européenne n’allait pas détrôner le roi dollar. Souvenez-vous, il y a seulement six mois le dollar était au plus bas par rapport à l’euro, mais la crise financière est venue à nouveau tout bouleverser, c’est à n’y plus rien comprendre. Pourquoi le dollar tient-il toujours et gagne même 22% sur l’euro depuis l’été dernier ? Et pourquoi des gens comme lemonde.fr titraient-ils « Paris s’inquiète de la fragilité de la zone euro » tout en expliquant que le débat sur la pérennité de l’euro a été lancé par la dégradation de notes de solvabilité de plusieurs Etats européens, notamment par celle de la Grèce.
Margarites Chinas (membre de la commission du budget au Parlement européen) : « Je pense que la zone euro n’est pas menacée, je pense qu’il y a un centre eurosceptique qui veut menacer la zone euro, qui veut la troubler, ce sont des dealers de marchés financiers qui fonctionnement avec les notes de l’Etats au-delà de l’euro ou sterling, etc. Et tous ces messieurs et dames ont l’intérêt d’attaquer la zone euro puisque nous sommes dans un moment difficile de crise, les marchés financiers cherchent toujours à s’attaquer à l’euro mais je pense que c’est une attaque à Francfort et à Bruxelles pas à Athènes ou à Rome. La crise frappe la Grèce comme beaucoup d’autres pays mais toute question de se placer en dehors de la zone euro pour revenir à l’époque d’une flexibilité monétaire qui conduit à une inflation exorbitante, c’est hors de question pour la Grèce. Même si l’Allemagne pense que la différence de spreads lui permet de vendre plus facilement ses bons d’Etat à court terme, je pense que même pour l’Allemagne, à moyen terme, toute menace sur la zone euro va contre les intérêts allemands, d’où la nécessité de faire ce que monsieur Young et beaucoup d’autres proposent, d’émettre des obligations collectives qui vont permettre à la zone euro de déployer ses défenses collectives. »
Récapitulons. Les Grecs sont moins solvables que les Allemands qui refusent les euro-obligations collectives. Décidément, si la monnaie unique veut survivre, la fédéralisation de l’Europe est inévitable.
Donc si on résume: l’abandon de l’étalon or a poussé l’Europe à bâtir un nouveau système monétaire. Depuis son lancement en 1999, l’euro n’a pas arrêté de gagner du terrain sur le dollar dans les réserves de change international. En 1999, l’euro représentait moins de 20% des réserves contre plus de 70% pour le dollar, à la fin du deuxième trimestre 2008 c’était 26.7% pour l’euro et 63.6% pour le dollar, c’est les statistiques du FMI. Est-ce que la crise va remettre en cause le statut de l’euro comme monnaie de réserve ?
A priori, non parce que là encore on a affaire à des comportements de gestion de portefeuille. Qui a besoin de placer des réserves en devises ? Ce sont les pays excédentaires en balance de paiement, les opérations courantes, donc ce sont les pays pétroliers, c’est la Chine, l’Allemagne, etc. Ces gens-là ont placé leurs économies et ont le choix entre des instruments libellés en dollar et des instruments libellés en euro et éventuellement en d’autres monnaies. Ils composent un portefeuille qui leur paraît optimal en fonction de leurs anticipations, l’euro a monté parce que les anticipations de rendement sur les titres en euro étaient supérieures aux anticipations de rendement sur les titres en dollar donc les gens vendaient des titres en dollar, vendaient les dollars, achetaient de l’euro, achetaient des titres en euro et ils font le mouvement inverse là où le dollar monte. C’est entièrement ce genre d’arbitrage qui fait aujourd’hui le cours des monnaies.
Donc la question est : quel est l’avenir de l’Europe dans la crise par rapport aux Etats-Unis ? L’Europe n’est pas globalement beaucoup plus mal placée que les Etats-Unis pour faire face à cette crise, donc il y aura des fluctuations, mais il n’y aura pas de marginalisation de l’euro. (Transcription de l’émission Station-Météo de France Culture)

L’or serait-il devenu trop cher pour les indiens ?

Vendredi, mars 6th, 2009
Parure indienne en or et pierres précieuses. L Inde possède 10% du stock mondial d or !

Parure indienne en or et pierres précieuses. L Inde possède 10% du stock mondial d or !

L’Inde est toujours le plus gros importateur d’or au monde. Cependant, les chiffres de janvier dernier sont à moins 90% d’achat du métal précieux selon la Bombay Bullion Association. L’or est-il devenu trop cher pour qu’ils n’en achètent plus ?

Les parures dorées font partie intégrante de la garde robe d’une femme indienne au même titre que le sari, affichant ainsi sa richesse et son rang. Une étude du Conseil mondial de l’or a même estimé que le stock d’or détenu par les particuliers en Inde s’élève à 15 000 tonnes soit plus de 10% du stock d’or mondial. L’inflation du cour de l’or influence les comportements : les Indiennes limitent l’achat de parures en or à des occasions spéciales, comme les mariages. « Pour la vie de tous les jours, elles préfèrent acheter des bijoux en argent et des imitations de pierres précieuses », explique Shyam de la bijouterie Shubam Jewellers. Si la joaillerie représente encore 75% du stock d’or consommé par l’Inde, « aujourd’hui, les gens préfèrent acheter de l’or pur comme des pièces et des lingots, à titre d’investissement », analyse-t-il. (Lu sur aujourdhuilinde.com)
Même s’ils représentent deux tiers de la demande mondiale, les Indiens sont donc surtout de gros acheteurs d’or pour la joaillerie et la bijouterie. Si on regarde la demande liée à la bijouterie en 2008 et que l’on la compare à celle de 2007, elle est en effet en légère baisse, environ de 10%. En 2007, l’Inde a consommé 869 tonnes d’or soit 20% de la consommation mondiale. Par contre, si on prend la consommation de bijouterie séquentielle, trimestrielle en 2008, c’est-à-dire deuxième trimestre par rapport au premier trimestre, troisième trimestre par rapport deuxième trimestre, quatrième trimestre par rapport au troisième trimestre, elle est en constante croissance. Il y a bien croissance de la demande de la bijouterie mondiale incluant les Indiens – tout dépend des trimestres, c’est vrai – mais il y a bien croissance séquentielle en 2008. Sur le mois de janvier, il y par contre une baisse très nette. Les Indiens sont d’excellents acheteurs, donc ils achètent à chaque fois que l’or baisse et ils ne sont pas présents sur le marché lorsque l’or est très élevé…

L’Inde serait-elle l’indicateur de la véritable valeur de l’or, serait-elle capable à terme de faire la pluie et le beau temps sur son cour ? A suivre…

Sémiotique de la crise

Mercredi, février 18th, 2009

Article diffusé avec l’autorisation de son auteur : Jean-Maxence Granier – Think-Out

S’il existe bien un consensus sur la crise actuelle et sa gravité, sur l’ensemble des continents et quelles que soient les idéologies, puisque les inquiétudes des libéraux de Davos font écho à celles des altermondialistes de Belém, il est intéressant d’opérer des distinctions au sein même des interprétations du phénomène et de proposer une approche sémiotique de celles-ci à travers les polarités variées qui organisent le champ des différentes lectures à laquelle cette crise donne lieu.

1. La notion de crise

Le concept de « crise », au sens médical, psychologique, économique, politique, culturel, du terme, correspond à l’idée d’une rupture à partir d’un état antérieur réputé stable, cette rupture étant souvent connotée négativement et constituant une tension, un risque. La crise vient interrompre, plus ou moins brutalement, un état perçu comme normal, neutre ou orienté positivement.

La notion de crise s’applique à des univers divers, individuels (physique, psychique) ou collectifs (économique, politique, culturel) mais ce qui nous intéresse ici, c’est de qualifier les différentes polarités qui caractérisent la sortie de crise, c’est-à-dire l’état dans lequel le système, au sens très large, se retrouve après la période de crise elle-même. Nous définissons donc la crise non par sa nature, sa durée ou son intensité, mais par l’état sur lequel elle débouche. Nous en distinguons 4 (voir tableau 1) :

État A. La crise ramène le système à son état antérieur. Quelle qu’ait été son intensité, elle se clôt par un retour à la normale, par une forme d’homéostasie. Dans cette logique, il faut faire cesser la crise au plus vite puisqu’elle constitue un accident qui finira par déboucher sur un retour à la normale.

État B. La crise se clôt vers un retour au système initial, mais celui-ci ne reste pas inchangé, car pour faire face à elle, il a dû s’adapter, se modifier en regard d’un nouveau contexte. Cette adaptation procède largement d’une autorégulation, d’une possibilité pour le système en question d’intégrer de nouvelles données issues de la situation nouvellement créée, pour justement y faire face. L’adaptation peut être plus ou moins profonde, ponctuelle ou durable, mais elle demeure réversible et fait du système l’acteur de sa transformation.

État C. La crise contraint le système initial à se transformer radicalement au risque sinon de disparaître. Cette réorganisation excède la logique d’adaptation, car elle n’émane plus seulement de l’intérieur du système, de ses capacités intrinsèques d’accommodation, mais d’une nouvelle configuration qui produit une mutation en profondeur, qui n’est plus réversible et en quelque sorte subie par le système en question.

État D. Le système existant initialement ne survit pas à la crise qui accouche d’un modèle radicalement nouveau ou du chaos. La rupture est paradigmatique et s’inscrit dans une solution de continuité radicale par rapport à l’état initial.

Les états A et D se caractérisent par un régime d’immutabilité/rigidité au sens où le système soit se perpétue à l’identique, soit disparait.

Les états B et C se caractérisent par leur mutabilité/souplesse car le système soit s’accommode soit mute en profondeur suite à la crise.

Les états A et B relèvent d’une logique de continuité dans la mesure où, soit le désordre introduit par la crise correspond à une parenthèse plus moins longue, mais circonscrite dans le temps, soit il donne lieu à une stratégie d’adaptation qui permet au système de persévérer dans son être.

Les états C et D relèvent d’une logique de discontinuité dans la mesure où la crise débouche soit sur une transformation radicale qui change la nature même du système initialement entré en crise, soit sur la rupture de fait que constitue la disparation du système initial.

Pour les sémioticiens (les autres lecteurs peuvent faire l’économie de ce paragraphe plus technique), on notera que l’on peut aussi représenter ces polarités sous la figure d’un carré sémiotique qui permet de déployer le couple initial « perpétuation du système » et « disparition du système » (voir tableau 2) en l’articulant à deux sub-contraires qui seraient « non-disparition du système » et « non-perpétuation du système ». La continuité correspond à la deixis positive (A+B) et la discontinuité à la deixis négative (C+D). Le méta-terme correspondant à A et D et celui de l’immutabilité qui se solde soit par la continuité soit par la disparition, le méta-terme correspondant à B et C est celui de la mutabilité sous forme d’adaptation ou de refondation.

Ce modèle décrivant les différents états de sortie de crise possibles, permet de mieux comprendre les postures prises aujourd’hui face à la crise économique que nous connaissons.

2. La crise économique de 2008

Notre but n’est pas ici de décrire ou d’expliquer une nouvelle fois la crise actuelle mais de voir comment elle est interprétée dans le champ socio-économique et politique. Si, en effet, il y a bien consensus sur sa gravité, on constate qu’il existe différentes manières bien différentes de lui donner sens et ce sont ces manières que l’on voudrait disposer selon les polarités définies plus haut de manière générique. On voudrait pour chaque pôle possible voir quelles sont les causes principalement mises en avant pour expliquer cette crise et quelles sont les solutions majeures proposées.

2.1. Les logiques de continuité

2.1.1. La posture A

La posture A est celle d’un retour à l’état antérieur. Elle est aujourd’hui intellectuellement assez difficile à tenir même si elle est sans doute dans le cœur de beaucoup qui voudraient se réveiller du cauchemar. Si on trouve peu d’optimistes invétérés pour remettre en cause le caractère systématique et mondial de la crise, les questions sur la date de sortie de celle-ci, portent bien en elles le désir que les choses reviennent à ce qu’elles furent et si possible au plus tôt. Le « quand » est ici le symptôme d’un évitement partiel du « pourquoi ». On sait d’ailleurs bien que pouvoir répondre à cette question serait déjà une manière de solution, puisque la crise est étroitement liée au champ d’incertitude qu’elle déploie devant nous. Les tenants de cette posture auront naturellement tendance à revenir aux causes les plus immédiates de la crise, à ses symptômes au fond, laissant de côté les plus structurelles et partant d’aller aux remèdes les plus immédiats aussi. Les solutions envisagées se centrent au premier chef sur l’éradication des actifs « toxiques » disséminés dans les comptes de la haute finance et des petits porteurs et sur la réinjection massive d’argent par l’État dans le système bancaire, sans trop de conditions, pour réinstaurer la confiance et la liquidité et relancer le crédit. Au fond, on en reste à l’idée qu’une fois le système bancaire sauvé, l’essentiel est fait. Pour ce faire, on baisse les taux (USA) pour augmenter les marges bancaires, l’État concourt à des augmentations de capital et à des reprises de provisions afin de permettre aux banques d’accroître leurs fonds propres et de relancer la machine en prêtant aux entreprises et aux ménages. Il s’agit au premier chef de lutter contre le « Credit Crunch » et le sinistre bancaire pour faire face au ralentissement économique qu’il enclenche. Cette approche peut opérer des distinctions au sein du capitalisme financier entre les bonnes pratiques et les dérives de quelques égarés (Kerviel) ou de quelques aigrefins (Madoff) mais globalement elle ne remet pas en cause le dispositif, demandant simplement à l’État d’intervenir pour débloquer le système, jusqu’à quelquefois se substituer aux banques en prêtant directement aux entreprises (cf. la France et le prêt au secteur automobile).

2.1.2. La posture B

Cette posture propose une lecture à la fois plus critique et plus ambitieuse de la crise en reconnaissant qu’il y a bien quelque chose de pourri au royaume de la finance. C’est d’abord la crise financière, spéculative qui sera pointée du doigt avec en particulier : les dérives des organismes de crédit immobilier hypothécaire qui ont volontairement prêté à des gens insolvables pour garantir des taux d’intérêt maximaux, l’inconscience des traders surpayés et court-termistes, l’impéritie des agences de notation aux relations ambiguës avec ceux-là mêmes qu’elles doivent contrôler, des règles comptables (évaluation des actifs financiers au prix du marché) et prudentielles comme des critères de solvabilité qui ont évolué de manière trop lâche en ouvrant la porte à tous les risques ou encore la distinction qui s’est effacée entre banque de dépôt et banques d’investissement (remise en cause du Glass-Steagall Act de 1933). Quant aux solutions, le discours dominant est celui de la régulation de l’intérieur, de l’autorégulation en demandant aux acteurs eux-mêmes de revenir à la raison, de bien vouloir prêter à des taux qui ne soient pas usuraires ou d’éviter de distribuer trop ouvertement des millions de dollars de bonus à des dirigeants qui ont mené leurs entreprises au bord de la faillite. Cette posture s’appuiera volontiers sur la distinction entre un capitalisme industriel et un capitalisme financier, coupable de quelques excès, entre au fond un bon et un mauvais capitalisme qui se serait laissé emporter par les effets de levier, la titrisation, les produits dérivés, les gros bonus, le court terme et les ROI à 15 %, quant on ne distingue pas entre une bonne spéculation, utile aux opérations de couverture, et une mauvaise spéculation, ramenée à une logique de pari sur les monnaies ou les matières premières et de surenchère sur l’avenir ! Cette posture a été occupée de l’intérieur du système et bien avant le démarrage effectif de la crise par un certain nombre de Cassandres, ce qui ne laisse pas d’inquiéter sur son caractère peu audible en tout cas d’un point de vue collectif (cf. Patrick Artus, Le Capitalisme est en train de s’autodétruire, avec M.-P. Virard, La Découverte, 2005). C’est encore la posture d’un économiste comme Michel Aglietta (La crise : pourquoi en est-on arrivé là ? Comment en sortir ? Michalon, 2008) : « Les responsables politiques doivent prendre conscience qu’il s’agit d’une crise globale de la finance et qu’il faut des changements dans la réglementation. Un retour de l’autorité de l’État sur les marchés est nécessaire pour réduire les risques. Il faut inventer une nouvelle organisation de la finance qui soit au service de l’économie et non pas au service d’elle-même, comme ces dernières années où les profits et les bonus ont explosé à des niveaux indécents. », L’Express, 15/09/2008 ou d’un Jacques Attali qui prône le passage à une gouvernance mondiale comme opérateur de cette nécessaire régulation (cf. La crise, et après ? Fayard, 2008).

2.2. Les logiques de discontinuité

2.2.1. La posture C

La posture C, qui appelle à une mutation profonde, s’inscrit à la fois dans l’économique et le politique en proposant justement une réarticulation de ces deux champs face à la crise. Elle se caractérise par une approche beaucoup plus globale de celle-ci, par exemple par une mise en perspective plus nette des enjeux écologiques, la dérive financière comme le risque écologique apparaissant comme les deux faces de la même monnaie ultra libérale. Elle porte sa critique sur une évolution plus ancienne et plus profonde, liée à la période des trente dernières années, et sur une remise en cause très vive de l’ultralibéralisme américain porté par les épigones de Milton Friedman. Pour cette posture, la crise que nous vivons est d’abord l’occasion de repenser à la fois les rapports économiques internationaux (rapports Nord/Sud, crises alimentaires, délocalisations sauvages), le rapport de la société industrielle à la nature et aux générations futures, la question de l’équilibre entre le capital (actionnaires, dirigeants qui sont d’abord des actionnaires) et le travail (appauvrissement des classes moyennes, augmentation des écarts entre les plus riches et les plus pauvres) et enfin le rapport entre pouvoir politique et pouvoir économique. La crise financière actuelle n’est plus perçue comme un fatum qui pèserait soudain sur le destin des hommes et des sociétés, mais bien comme le produit d’une certaine conception de l’économie et du politique. Elle pose ainsi la question du fonctionnement réellement démocratique de démocraties, de leur capacité à réguler un capitalisme mondialisé, qui subsume assez largement la puissance publique telle qu’elle s’exerce au niveau des nations. Elle interroge l’écart assez radical entre la logique démocratique visant idéalement au bien commun et les stratégies d’entreprises qui ne gèrent ni le long terme ni les externalités négatives et socialisent les pertes après avoir privatisé les bénéfices. Ce discours est soutenu par un Joseph Stiglizt (Un autre monde : contre le fanatisme du marché, Fayard, 2002) qui stigmatise les inégalités, face à la richesse comme face à l’information qui permet de l’acquérir ou les instances mondiales de régulation comme le FMI, qui, sous l’apparence du bien commun universel, défendent d’abord, dans les rapports Nord/Sud, les intérêts des économies jusqu’alors dominantes. C’est aussi la posture de Paul Krugman (L’Amérique que nous voulons, Flammarion, 2007), autre prix Nobel et critique virulent du double mandat de G. W. Bush : « C’est une crise de l’érosion. C’est une crise des certitudes dans le système. C’est une crise du crédit bancaire, de l’énergie à bas prix, de l’accès à la nourriture, du commerce mondial. Et, surtout, de la régulation ou de son absence. Et, contrairement à ce que l’on entend, il n’y a aucune gouvernance économique et financière dans le monde depuis vingt ans, c’est une fumisterie. Et cela peut avoir des conséquences dramatiques. (…) » Libération, 13/10/08 ou celle d’un Paul Jorion qui dans son ouvrage La crise : des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard 2008), déroule une critique très vive de l’économie de marché comme des économistes qui la soutiennent théoriquement, en insistant sur la dimension mortifère de l’augmentation des écarts entre capital et travail, comme sur les risques associés à la spéculation : « Je suis surpris de voir que mes livres se vendent bien mais qu’il n’y a pas un seul homme politique qui me consulte ! C’est comme les économistes, ils sont à l’intérieur d’un système. Ce système n’a pas encore compris qu’il est en train d’affronter cette crise de civilisation à laquelle je faisais allusion. Alors, quelles sont les solutions ? Je propose notamment qu’on écrive une constitution pour l’économie, éliminant un certain nombre de principes entièrement destructeurs. Les paris sur l’évolution des prix – des matières premières, par exemple – sont aujourd’hui au cœur du processus économique ; on a ouvert grand les portes du marché des matières premières aux spéculateurs. Ils en sont devenus les acteurs dominants. C’est de la folie. D’autre part, il faudrait repenser complètement le problème des prêts à la consommation. C’est une bonne chose que les banques prêtent de l’argent entre investisseurs et dirigeants d’entreprises, parce que ça produit de la richesse dans le monde ; on fait travailler les gens et on produit des biens et des services. Mais prêter de l’argent à des consommateurs pour qu’ils achètent des biens, alors que leurs salaires ne leur permettent pas, c’est une aberration » Telerama 31/10/08.

2.2.2. La posture D

Cette ultime posture voit dans la crise se dessiner la fin même du capitalisme et l’appelle souvent de ses vœux. La crise se teinte d’une dimension presque positive, malgré les difficultés sociales qu’elle engendre, comme promesse d’un changement de paradigme radicale. La dimension cyclique des analyses A et B qui intégraient au fond la crise au rythme intrinsèque du capitalisme (euphorie/inquiétude, relance/rigueur, inflation/déflation, etc.) est remise en cause au profit d’un véritable épuisement du capitalisme et de l’économie de marché qui verraient là approcher leur fin. Cette posture insiste sur l’instabilité maximale du système, lit l’enchaînement des différentes crises récentes et plus anciennes non sous le signe de la régénération, mais sous celui de l’épuisement. L’économie de marché est fortement remise en cause dans ses fondements, confrontée qu’elle serait à une politique d’accumulation sans fin. Les solutions évoquées sont bien sûr d’abord politiques (critique des limites de la démocratie face au marché) mais aussi économiques (décroissance). Elles appellent à l’élaboration d’un système radicalement nouveau.

Sous des formes quelquefois très différentes, les philosophes Jean-Claude Michéa (L’empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, 2007, Climats), qui démontre comment libéralisme économique et libéralisme politique sont littéralement coproduits l’un par l’autre et en appelle à une sorte d’égalitarisme populaire d’inspiration orvellienne, et Alain Badiou, qui critique la démocratie comme inopérante et appelle au retour d’une forme de communisme authentique : On a souvent parlé ces dernières semaines de « l’économie réelle » (la production des biens). On lui a opposé l’économie irréelle (la spéculation) d’où venait tout le mal, vu que ses agents étaient devenus « irresponsables », « irrationnels », et « prédateurs ». Cette distinction est évidemment absurde. Le capitalisme financier est depuis cinq siècles une pièce majeure du capitalisme en général. Quant aux propriétaires et animateurs de ce système, ils ne sont, par définition, « responsables » que des profits, leur « rationalité » est mesurable aux gains, et prédateurs, non seulement ils le sont, mais ont le devoir de l’être. Il n’y a donc rien de plus « réel » dans la soute de la production capitaliste que dans son étage marchand ou son compartiment spéculatif. Le retour au réel ne saurait être le mouvement qui conduit de la mauvaise spéculation « irrationnelle » à la saine production. Il est celui du retour à la vie, immédiate et réfléchie, de tous ceux qui habitent ce monde. C’est de là qu’on peut observer sans faiblir le capitalisme, y compris le film catastrophe qu’il nous impose ces temps-ci. Le réel n’est pas ce film, mais la salle. (Le Monde, 17/10/08) ou encore le sociologue américain altermondialiste Immanuel Wallerstein, qui pose une analyse du capitalisme comme lieu de la marchandisation de toute chose et comme dissymétrie fondamentale entre un centre où s’accumule le capital et des périphéries toujours spoliées : « Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries. A cet égard, le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde, de l’Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour « l’économie-monde » créée par l’Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l’accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d’œuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s’achever n’a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu’en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu’en 1945. En fait, la dernière période d’accumulation réelle – les « trente glorieuses » – n’a été possible que parce que les États keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte ! » (Le Monde, 11/10/08), sont les porteurs de cette approche.

Cette posture, plus radicalement politique, interroge le système de l’extérieur, et considère la crise non comme un accident, mais comme le révélateur de ses limites intrinsèques.

Conclusion

La posture A et la posture B s’appuient l’une comme l’autre sur une approche cyclique de la crise, la première la ramenant à une crise de confiance à résoudre en réduisant le stress bancaire, la seconde en réformant les excès d’un capitalisme financier emporté dans son élan. Ce qui rapproche ces deux attitudes, c’est au fond de considérer la crise comme une cause, la posture A ayant tendance à naturaliser au maximum cette cause, jusqu’à en faire l’équivalent d’une catastrophe naturelle contre laquelle tout le monde doit s’unir et lutter, tandis que la posture B construit la crise comme un excès que le retour à la raison pourrait contenir. Ces deux postures maintiennent le paradigme initial pratiquement tel quel ou au prix d’une réforme interne plus conséquente. Elles répugnent à établir des liens entre la crise dite des « subprimes » et ses effets sur l’économie, et des questions plus larges, sociales, écologiques, alimentaires, ou géostratégiques. Enfin, ces postures sont très largement marquées par une lecture progressiste du capitalisme, faisant de chacune de ses crises le signe même de sa capacité à perdurer ou à s’adapter

Les postures C et D, sous la figure de la refondation pour la C, sous la figure de l’épuisement pour la D, se situent au contraire dans une logique de discontinuité beaucoup plus marquée. Ces deux postures se caractérisent par le fait qu’elles considèrent la crise comme un effet, voire un symptôme, d’un dysfonctionnement à la fois plus ancien et plus fondamental, celui même de l’économie de marché, ou en tout cas de sa dérive libérale, stigmatisée sous les traits de la « pensée unique ». Elles opèrent un renversement causal en faisant de la crise le résultat et non la cause d’une dérive entamée depuis longtemps.

On voit ainsi apparaître certaines dominantes dans l’interprétation de la crise (cf. tableau 3), la logique de la discontinuité impliquant de manière forte la question politique, une vision plus globale de la crise, non pas cyclique mais vectorielle (accumulation de crises jusqu’à une crise finale) et se situant plutôt à gauche ou à l’ultragauche, la logique de la continuité, plutôt à droite, s’inscrivant elle dans le seul champ de l’économique, dans une approche plus étroitement circonscrite dans le temps d’une crise qui commencerait en 2008 et qui s’inscrirait dans une cyclicité quasi naturelle au capitalisme.

Cette réflexion sémiotique sur l’organisation du champ des discours sur la crise, caricature évidemment en quatre grandes postures le continuum qui, en réalité, préside à la variété des regards possibles. Mais ce schématisme permet de voir comment s’infléchissent dans un sens ou un autre des lectures différenciées d’une crise qui, derrière l’unanimisme de façade, suscite des interprétations bien distinctes. L’intérêt du carré sémiotique est de permettre, comme nous l’avons fait, de positionner différents types de discours en regard les uns des autres, mais de saisir aussi comment certains acteurs infléchissent leurs discours au fur et à mesure du déroulement de la crise et des effets qu’elle produit, les principales opérations de passages se faisant clairement au niveau du registre de la mutabilité, sur l’axe continuité / discontinuité, entre les pôles B et C.

Article de Jean-Maxence Granier – Think-Out

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Les trois premiers jours du krach de 1929

Mercredi, février 4th, 2009
Le krach de 1929. Dabord Wall-Street puis le reste du monde deux jours après

Le krach de 1929. D'abord Wall-Street puis le reste du monde deux jours après

Journal de Genève du 25 octobre 1929 : La Bourse des valeurs de New York a vécu jeudi une journée très mouvementée à la suite de ventes qui prirent le sens d’une panique. Des cours diminuèrent en peu de temps de 50 dollars. L’énervement s’accroissait de minute en minute et fut encore accru par l’insuffisance des installations techniques pour faire face au débordement des transactions. Lorsque l’agitation eut atteint son point culminant, les principaux banquiers se réunirent pour délibérer et leurs déclarations rassurantes amenèrent une détente au début de l’après-midi. Les transactions ont porté sur 12 881 000 actions, chiffre encore jamais atteint. Jusqu’à présent le record des transactions était d’environ six millions.

JdG du 26 octobre 1929 : Le « lessivage » a continué jeudi à New York. Le télégramme de l’United Press paru dans notre Dernière heure financière, parle délibérément d’une panique. On signale que des paquets de 5000 et même de 20 000 titres changèrent de mains par moments. On dit aussi que 150 000 actions de City Service Co. furent vendues d’un seul coup de crayon, à 55%, ce qui, parait-il, représente une perte de plusieurs millions de dollars. C’est bien l’affolement, car toutes les valeurs sont atteintes. On put heureusement arrêter la chute verticale par des déclarations rassurantes émanées des hautes autorités financières de Washington elles-mêmes, déclarant qu’il s’agit avant tout d’une réaction d’ordre technique contre les excès de la spéculation et que la situation générale des affaires demeure normale. La clôture, somme toute, se tient assez peu au-dessous du cours de la veille. On ose espérer qu’on s’en tiendra là; l’ébranlement des positions est en effet tel, qu’à chaque recul, des réalisations s’imposent, des exécutions ont lieu. (…) Les premières nouvelles de la débâcle – celles de mercredi – n’ont, chose curieuse, pas influencé les marchés européens.

JdG du 27 octobre 1929 : Ce qui frappe dans la crise boursière actuelle, c’est sa généralité, son caractère international, l’atmosphère de pessimisme dans laquelle elle se dévoile. C’est qu’elle est l’aboutissement logique de cet autre phénomène universel que fut la mentalité de haute spéculation que a caractérisé l’après-guerre. (…) C’est toute l’histoire, depuis de longs mois, de tous les marchés européens, les uns marquant plus d’avance, les autres plus de gravité. New York est longtemps resté à part, poursuivant, au milieu d’indéniables conditions de prospérité, une ascension invraisemblable. Et c’est sans doute le trouble amené par l’influence du grand marché américain sur les affaires d’Europe, dans les relations de crédit surtout, qui a hâté la décomposition de ceux-ci et leur déliquescence actuelle. (…) C’est New York qui a amené dans le monde financier l’enchérissement de l’argent, l’étroitesse de crédit, la paralysie des marchés de valeurs. Car, petit à petit, il a fallu diminuer les nombreuses positions spéculations trop chargées. (…) Le cycle de la dépression boursière est bien mondial. Il se ferme en ce moment à New York; on a des raisons de croire qu’il se ferme aussi sur le continent, laissant, en même temps qu’un avertissement salutaire, l’espoir d’une convalescence prochaine. Voici plusieurs jours que le phénomène de la baisse du dollar sur les marchés s’amplifie. (…) Si l’évolution des changes s’accentue, on pourra être amené à revoir des expéditions d’or d’Amérique. Quand un pays est sous le régime de l’étalon-or et que son change fléchit, il arrive fatalement un moment où les exportations deviennent inévitables, parce que, dans les règlements extérieurs, il est alors plus avantageux de payer avec de l’or que de convertir des devises nationales en devises étrangères. (…) Il existe du reste, comme on sait à New York, de considérables avoirs appartenant à des nations étrangères et qui peuvent être retirés; on connaît d’autre part l’appétit non encore rassasié de plusieurs d’entre elles. Ainsi 3 millions de dollars ont été vendus, le 22, à la Banque d’émission à Prague et 10 à la Banque de Pologne. Comment l’Amérique va-t-elle réagir ? Tolérer cette redistribution du métal précieux ou prendre des dispositions pour la réprimer ? Il sera intéressant de suivre à cet égard la politique des Etats-Unis, détenteurs du plus formidable stock d’or qu’on connaisse. Cet or, les banques l’ont utilisé pour créer du crédit; il a servi surtout à accroitre les dépôts des banques affiliées dans les banques de réserve. On calcule que chaque dollar de ces réserves supporte en moyenne une dizaine de dollars de dépôts en banque. Il est vrai que, depuis quelques années, la politique de crédit des Banques de réserve fédérale n’est plus autant basée sur les mouvements d’or. La couverture métallique se tient aux environs de 70%, alors que le minimum requis par la loi n’est que de 40%. Il y a un excédent d’or, « l’or libre », qui est considéré comme une réserve ne devant servir de base à du crédit qu’en cas de violente crise monétaire.
Le point si important de la politique d’escompte de nos Banques d’émission européennes qu’est le rapport de la couverture or ne joue donc presque pas de rôle auprès des Federal Reserve Banks, puis-qu’elles en regorgent au point d’en stériliser. Ce qui les décide à changer le taux de l’escompte, par exemple, ce n’est pas la défense de leurs réserves, mais l’état général des affaires et la situation financière internationale. Malgré cela, laisseront-ils partir leur or sans prendre des mesures pour en réprimer l’exportation ? Et lesquelles ? Ou bien le Federal Reserve Board, qui semble chercher à éviter maintenant l’inflation pour des raisons d’ordre social, laissera-t-il peut-être se produire tout simplement le phénomène?

Une lettre persane

Vendredi, janvier 30th, 2009

Un voyageur venu d’un autre système stellaire a récemment visité la Terre et a tenu à informer les siens de ce qu’il avait pu y observer. Arrivé sur notre planète alors qu’y fait rage une crise profonde, il en informe ses correspondants lointains dans les termes que voici :

« Il existait ici il y a quelques années seulement un grand commerce de biens appelés “ABS adossées à des prêts subprime” dont on s’aperçut un jour que leur valeur avait tant baissé qu’ils se vendaient désormais beaucoup plus cher que ce qu’ils valaient. Les acheteurs éventuels disparurent aussitôt et plus personne n’entendit traiter avec ceux qui détenaient de tels biens en grande quantité de peur qu’ils ne fassent bientôt banqueroute. Certains ayant caché de tels ABS au sein d’autres produits appelés CDO (pour Collateralized–Debt Obligations), chacun soupçonna alors chacun de vouloir le gruger et plus personne n’entretint commerce avec personne. Or les habitants de la Terre ont pour habitude d’utiliser pour toutes leurs entreprises, plutôt que leur argent propre, celui qui appartient à quelqu’un d’autre, usage très dispendieux cependant car il leur faut payer un loyer pour l’argent qu’ils empruntent et le montant de ces « intérêts » ne manque pas de se retrouver alors en proportion importante dans le prix de tout ce qui se vend et s’achète.

Je demandai à un Terrien pourquoi ne pas utiliser son propre argent plutôt que celui des autres et il m’apprit alors que la plupart de ceux qui ont besoin de cette commodité en manquent, soit qu’il s’agisse pour eux de l’utiliser au titre d’avances pour se procurer les matières premières et les outils nécessaires à leurs tâches, soit qu’il s’agisse de consacrer un tel argent à l’achat d’un bien dont ils ont besoin pour survivre ou pour vivre, sommes qu’ils rembourseront et dont ils acquitteront les intérêts à partir de leurs gages. La question que je lui posai alors fut celle qui eut le plus l’heur de le surprendre : « Comment se fait-il », lui demandai-je, « que l’argent ne se trouve pas là où il est le plus nécessaire ? » Il me fit la réponse suivante : « Cet argent dont nous parlons, on l’appelle quand on ne l’a pas : “capitaux”. Ceux qui en disposent en grandes quantités et qui se font spécialité de les prêter, nous les appelons : “capitalistes” et c’est pour cela que nous appelons “capitalisme” la façon dont nous organisons nos sociétés ».

Je lui expliquai que l’argent devant être emprunté pour s’acquitter des tâches les plus communes et pour vivre au jour le jour, il n’était pas surprenant que toute activité s’interrompe aussitôt que ceux qui en disposent refusent de s’en défaire et le grand désarroi où est plongée sa planète me semblait causé par ce simple fait.

Je lui demandai alors d’où était née chez eux cette idée de confier l’argent aux seuls capitalistes. « Il ne s’agit pas d’une décision qui fut jamais prise », me déclara-t-il, « mais de la conséquence de la combinaison de deux principes : celui de l’héritage et celui de la propriété privée qui permit l’appropriation des communs par un petit nombre ». « Ne voyez-vous pas », lui dis-je, m’échauffant quelque peu, « que l’appropriation privée des communs n’était tolérable que tant que vous n’étiez que peu nombreux et que votre planète vous apparaissait comme un vaste terrain en friche ? ». Au comble de l’exaspération je m’écriai alors : « Si ces principes mettent aujourd’hui votre existence en péril que n’en changez-vous ! » « La chose fut proposée autrefois », me répondit-il sans se départir de son calme, « par un idéaliste appelé Jean-Jacques Rousseau qui, si j’ai bon souvenir, vivait dans un tonneau, mais nous ne pouvons guère modifier ces principes car ils nous furent confiés par nos aïeux qui les tenaient des leurs et nous dirent de bien nous garder d’en changer, raison pour laquelle nous les appelons : “sacrés” ».

Je ne sus bien sûr que répondre. Quelques jours plus tard cependant je prenais la décision de rentrer au pays ».

Article de Paul Jorion

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Des nouvelles économiques et financières décourageantes

Lundi, janvier 19th, 2009

1. Le cycle de dégradation des notations des Etats a débuté et il va s’accélérer : Grèce, Espagne, Portugal et Irlande. Mais les autres vont suivre sous le poids de déficits abyssaux provoqués par des plans de relance chaque jour augmentés
2. Le système bancaire n’est pas stabilisé. Une nouvelle vague de pertes massives et de provisions provoquées par l’impact de la récession économique sur les entreprises et les ménages s’est déclenchée.
3. Les indicateurs économiques dans le monde entier, des Etats-Unis à la Chine en passant par l’Europe, confirment la récession et font redouter la dépression.
4. L’inflation s’effondre. Dans un contexte économique normal, ce serait une bonne nouvelle ; souvenons nous qu’il y a encore quelques mois l’inflation était LE problème principal. Mais dans le contexte économique actuel, la décélération de l’inflation peut être le préambule de la déflation, véritable cancer économique.

Marc Fiorentino, président d’Euroland Finance pour Boursorama.com

La nationalisation des banques

Lundi, janvier 19th, 2009

N’ayons pas peur des mots. On peut dire que nous vivons un tournant historique et que nous assistons en direct à la chute du système bancaire privé. Entre la prise de controle de fait par le gouvernement Américain des deux plus grandes banques américaines, Bank oF America et Citigroup, à la suite d’annonces de pertes abyssales et le nouveau plan de sauvetage Anglais de ce week end, toutes les banques sont directement ou de fait nationalisées. Le modèle de la banque commerciale privée est mort, le modèle de la banque d’affaires et banques de marchés à l’américaine est mort. C’est aujourd’hui les gouvernements qui sont au commande. Aux Etats Unis, en Angleterre, en Suisse avec UBS a genoux, en Irlande avec la nationalisation d’AIB ce week end et petit à petit dans le reste du monde.

Marc Fiorentino, président d’Euroland Finance pour BFM

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Réflexions
" Ce qui compte pour un alpiniste, c'est son effort, c'est son adresse, ce sont ses muscles. La corde qui l'assure ne joue aucun rôle tant que tout va bien. Mais elle lui donne la sécurité. De même, l'or ne sert qu'à garantir la confiance. C'est un refuge. "