Article 21 bis du projet de loi Sapin II : la fin l’assurance-vie ?

par | 8 Nov 2016 | épargne | 0 commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

A l’occasion de la JournĂ©e Mondiale de l’Épargne, j’évoquais les alternatives aux solutions “classiques”, plĂ©biscitĂ©es par les Français. Une question plus que jamais d’actualitĂ© avec l’adoption rĂ©cente de l’article 21 bis du projet de loi Sapin II qui vise Ă  geler les contrats d’assurance-vie des Ă©pargnants en cas de crise systĂ©mique


L’assurance-vie, le placement prĂ©fĂ©rĂ© des Français

L’encours rĂ©el des assurances-vie des Français en support euros s’élĂšve Ă  1391,2 milliards d’euros au premier trimestre 2016 (source Banque de France).

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A lui seul, l’encours total de l’assurance-vie dĂ©passe de 300 milliards d’euros celui tous les actifs liquides non risquĂ©s (numĂ©raire, dĂ©pĂŽts Ă  vue, livrets d’épargne, CEL et titres d’OPC monĂ©taires) qui est de 1066,1 milliards d’euros.

L’encours des livrets d’épargne ne reprĂ©sentent “que” 594,2 milliards d’euros.

Selon une l’étude menĂ©e par OpinionWay pour AuCOFFRE.com en mars 2016, l’immobilier est le placement prĂ©fĂ©rĂ© de 59% des Français, suivi par l’assurance-vie, plĂ©biscitĂ©e par 55% des personnes interrogĂ©es .

Bref, l’assurance-vie, c’est la tendance lourde de l’épargne française, solidement ancrĂ©e dans notre culture. Mais cela pourrait changer, mĂȘme si selon nos amis suisses, les Français n’ont pas de trĂšs bonnes notions en Ă©pargne ! (Merci Ă  Philippe B. au passage pour sa contribution via notre page Facebook 😉

Assurance-vie : chronique d’une mort annoncĂ©e

Avec l’article 21 bis de la loi Sapin II, l’assurance-vie sent effectivement le sapin. En dehors de tout jeu de mot trùs tentant, que dit cette loi ?

AprĂšs la « Directive europĂ©enne sur le redressement des banques et la rĂ©solution de leurs dĂ©faillances » (ou directive BRRD) passĂ©e en douce en aoĂ»t 2015, et qui autorise une banque Ă  ponctionner votre compte Ă©pargne en cas de faillite, les dĂ©putĂ©s ont adoptĂ© fin septembre 2016 l’article 21 bis de la loi « Sapin 2 ». Cet article autorise le blocage des retraits des sommes placĂ©es sur les assurances-vie [
] en cas de « menace grave et caractĂ©risĂ©e » du systĂšme financier.

Cette décision a soulevé un véritable tollé aussi bien du cÎté des épargnants que des assureurs qui craignent de faire faillite.

Officiellement, les mesures du texte de loi visent Ă  renforcer la soliditĂ© des assureurs afin de “protĂ©ger les Ă©pargnants” et Ă  prĂ©venir une Ă©ventuelle “crise de liquiditĂ© chez des assureurs qui feraient face Ă  des demandes de remboursement massives de la part de leurs clients”. Autrement dit, le Haut Conseil de StabilitĂ© FinanciĂšre (HCSF) redoute un bankrun


DĂšs le premier projet de loi en juin, sous couvert de vouloir protĂ©ger consommateurs et petits Ă©pargnants et sous prĂ©texte de vouloir assainir l’économie, Michel Sapin dĂ©fendait surtout les intĂ©rĂȘts des banques. En interdisant par exemple la publicitĂ© pour « des instruments financiers trĂšs risquĂ©s », le but est d’éviter que l’épargne circule en-dehors du circuit bancaire traditionnel. Comme si les produits financiers proposĂ©s par les banques Ă©taient moins risquĂ©s
 Mais le problĂšme n’est pas lĂ .

En vrai, voilĂ  ce qu’il en retourne. Cet article explique clairement que si les taux d’intĂ©rĂȘt augmentent ou qu’ils restent bas, c’est la faillite assurĂ©e pour les assureurs. De grands groupes d’assureurs limitent dĂ©jĂ  les placements importants (de 500 000 Ă  200 000€) qu’ils jugent trop risquĂ©s, redoutant de ne pas pouvoir rembourser les taux d’intĂ©rĂȘt.

Le dossier spĂ©cial des Echos “Assurance-vie : ce que la loi Sapin II pourrait changer pour les Ă©pargnants” prĂ©cise par ailleurs que si la rĂ©munĂ©ration de l’assurance-vie est jugĂ©e “trop Ă©levĂ©e dans l’environnement de taux ultra-bas actuel”, le projet de loi Sapin II autorise le HCSF Ă  la moduler.

Bref, le rendement et la garantie de l’assurance-vie ne sont plus ce qu’ils Ă©taient.

La spoliation a commencé 

Si vous ĂȘtes titulaire d’un contrat d’assurance-vie et que vous avez voulu effectuer un retrait, vous le savez. Si les rachats partiels sont encore autorisĂ©s (Ă  hauteur de 3000, 5000€…), pour un rachat total de votre encours, ça se complique sĂ©rieusement.

Les assureurs font traĂźner le retrait pendant des semaines voire des mois, prĂ©textant l’attente de revalorisation des taux.

En attendant, vous n’avez aucune visibilitĂ© sur votre dĂ©pĂŽt : oĂč va l’argent ? A qui profite-t-il pendant tout le temps oĂč vous attendez d’en disposer ? Aucune visibilitĂ©, zĂ©ro liquiditĂ© 


Mais ce n’est pas tout. Avec les frais d’ouverture, de gestion de dossier et de sortie, on est loin du rendement miraculeux annoncĂ© par la compagnie d’assurance. Dans la rĂ©alitĂ©, les Ă©pargnants sont perdants, comme c’est dĂ©jĂ  le cas en Allemagne. Vous pouvez rapidement vous retrouver avec une perte sĂšche de l’ordre de -3,5% au lieu des 2,3% promis.

Retraites : vers des fonds de pension Ă  l’amĂ©ricaine ?

Le projet de loi Sapin qui vise aussi le rĂ©gime des retraites, propose de crĂ©er « un rĂ©gime prudentiel adaptĂ© pour les rĂ©gimes de retraite supplĂ©mentaires, en maintenant un niveau de protection Ă©levĂ© des assurĂ©s ». C’est en fait la prĂ©misse d’une transformation des rĂ©gimes de retraite par rĂ©partition vers des fonds de pension Ă  l’amĂ©ricaine


Ces propositions de rĂ©formes gĂ©nĂšrent une forte inquiĂ©tude chez les Ă©pargnants, qui plus est retraitĂ©s, qui sont de plus en plus nombreux Ă  vouloir effectuer un retrait total de leur assurance-vie pour se replier vers l’or physique.

L’or, le vrai placement de « bon pĂšre de famille »

Une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e en mars dernier avec OpinionWay et AuCOFFRE.com sur les Français et les alternatives d’épargne rĂ©vĂ©lait que l’or arrivait en 3e position des placements prĂ©fĂ©rĂ©s des Français (38%), derriĂšre l’immobilier et l’assurance-vie.

A ce rythme, l’or pourrait prochainement devenir le 2e placement prĂ©fĂ©rĂ© des Français. Reste la question du rendement – que ne promet pas l’or physique, car c’est un placement. Mais vu que l’assurance-vie fait dĂ©sormais perdre de l’argent, il est plus question de sĂ©curiser son Ă©pargne que de rendement. Il est aussi plus facile et plus certain de rĂ©aliser des plus-values en revendant des piĂšces d’or d’investissement au moment opportun qu’effectuer un retrait total ou partiel d’un contrat d’assurance-vie
 surtout en cas de crise grave, comme semble le redouter le Haut Conseil de StabilitĂ© FinanciĂšre.

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Faure, Jean-François
Jean-François Faure. PrĂ©sident d’AuCOFFRE.com. Voir la biographie.

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