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Huchon, Lepaon, Valls : petits arrangements entre amis


En dépit de leurs erreurs de parcours qui a conduit à leur mise à l’écart de la vie politique, Jean-Paul Huchon et Thierry Lepaon sont les derniers bénéficiaires en date d’une certaine tendance de Manuel Valls à recaser ses amis politiques.

La République exemplaire : depuis son accession à la présidence, François Hollande en a fait son cheval de bataille. Or, dès le début de son quinquennat, ce noble principe a plusieurs fois été mis à mal par les agissements bien moins vertueux de certains ministres, élus et autres hauts fonctionnaires socialistes. Néanmoins, pour la plupart, ils ont su rebondir, grâce notamment à l’aide bienveillante de Manuel Valls. Derniers bénéficiaires en date de sa générosité : Jean-Paul Huchon et Thierry Lepaon.

Jean-Paul Huchon : une bonne planque à 12500 euros par mois

L’ennui quand on est président de Conseil Général et qu’on a juré-craché de ne pas cumuler les mandats c’est que, lorsque l’opposition emporte la victoire aux élections régionales, on perd son boulot. C’est exactement ce qui est arrivé à Jean-Paul Huchon, qui a vu s’envoler la présidence de la région Ile-de-France qu’il occupait depuis 17 ans, après que Claude Bartolone eut intrigué pour mener campagne à sa place. Il faut dire que le bilan de Monsieur Huchon n’était pas des plus fameux : explosion des dépenses de fonctionnement (+ 223 millions d’euros), augmentation de la masse salariale dans des proportions pas toujours très claires (+ 57 millions d’euros en 5 ans), dysfonctionnements dans l’attribution des subventions avec versements d’avances généralement importantes et pas forcément justifiées, irrégularités dans l’attribution des marché publics entachée le plus souvent de favoritisme (dans 54% des cas), etc.

Bref, l’homme manquait singulièrement d’arguments pour redorer son bilan, et le parti socialiste lui a donc gentiment expliqué qu’il était temps pour lui de prendre sa retraite. En fait, la majorité craignant surtout que sa réputation de mauvais gestionnaire ne lui fasse perdre une région emblématique. Et c’est pourquoi, à sa place, c’est Claude Bartolone, l’actuel président de l’Assemblée Nationale, qui a été missionné pour défendre les couleurs de la gauche en Île-de-France. Or, il semble qu’il n’ait pas su davantage convaincre les électeurs, puisque la région est finalement passée à droite, sous la férule de Valérie Pécresse.

Pire encore, le score de Bartolone aux élections de 2015 a été encore moins bon que celui réalisé par Huchon en 2010, ce qui a amené ce dernier à exprimer son désarroi auprès d’un Manuel Valls qui se montra fort compatissant, au point de lui confier une “mission” de la plus haute importance (réfléchir à ce qu’on pourrait faire pour améliorer l’attractivité touristique de la France…), en attendant de lui trouver un vrai poste.

Et c’est désormais chose faite puisque, dès le 1er juillet prochain, et sauf rebondissement de dernière minute, Jean-Paul Huchon devrait prendre la tête de la très inutile Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) pour un salaire de 148 000 euros par an. Une petite sinécure de fin de carrière bien sympathique dont rêveraient tous les retraités de 70 ans.

Thierry Lepaon : un recyclage discret

Évincé début 2015 de son poste de responsable de la CGT pour avoir utilisé très largement l’argent de son syndicat à des fins personnelles, Thierry Lepaon aurait finalement retrouvé un nouvel emploi, grâce à l’intervention très discrète de Manuel Valls. En effet, suite au tollé soulevé par la Loi Travail et ses récentes incursions dans le pré carré des partenaires sociaux, le premier ministre avait à cœur de montrer sa bonne volonté aux syndicats.  Il devrait d’ailleurs également nommer Stéphane Lardy, secrétaire confédéral de Force ouvrière (FO), à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Pas de jaloux.

Pour en revenir à Thierry Lepaon, sa prochaine nomination n’est donc pas motivée par un quelconque devoir d’assistance, ou pour compenser les avantages perdus de ses précédentes fonctions représentatives, car l’ancien secrétaire général du premier syndicat de gauche n’est pas vraiment dans le besoin. Par exemple, en dépit de sa démission forcée, il perçoit toujours un salaire de 4 200 euros nets par mois… payé par la CGT. Et puis, il occupe toujours l’appartement de fonction auquel son ancien titre lui donnait droit, un très joli trois-pièces à Vincennes, avec vue sur le bois, loué 2000 euros par mois… là encore financé par la CGT. Un appartement pour la “rénovation” duquel, d’ailleurs, il avait tout de même dépensé la bagatelle de 130 000 euros (facturés à la CGT, évidemment) et qu’il conserve, explique-t-il, avec l’accord du syndicat “le temps de trouver de nouvelles activités“.

Bien entendu, il n’a plus accès à son bureau de secrétaire général, qu’il également fait “rénover” pour un montant de 62 000 €, forcément aux frais du syndicat, mais il semble qu’il utilise en revanche toujours la voiture de fonction qui allait avec, une fois de plus avec la bénédiction du syndicat. Un syndicat très généreux puisqu’il lui avait déjà permis, en 2013, de percevoir 100 830 € d’indemnité de départ de la CGT Basse-Normandie dont il était responsable, pour devenir secrétaire général de la CGT. En clair, une indemnité de départ… pour rester à la CGT !

Dernièrement, le Canard Enchainé a révélé que Manuel Valls allait le nommer à la présidence de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, une agence présidée jusqu’alors bénévolement par Marie-Thérèse Geffroy (en poste depuis 16 ans) mais que le gouvernement compte bien transformer pour l’occasion en « Agence de la langue française ». La raison de cette transformation ? Éditer de nouveaux statuts permettant désormais à son président… d’être rémunéré !

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A propos de Anthony Alberti

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Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.

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