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Quelle a été la place de l’or dans l’histoire de l’humanité, et de quelle façon le métal précieux a servi de socle aux civilisations ? C’est un sujet que nous évoquons régulièrement sur Loretlargent.fr, tant il y a des aspects à découvrir ou à redécouvrir. Parmi les pépites des archives, l’interview donnée par René Sédillot en 1972 autour de son ouvrage « Histoire de l’or ». Elle est à regarder sur le site de l’INA, l’Institut national de l’audiovisuel. Voici ce que le journaliste et historien économique français évoquait dans l’émission Le Fond et la forme, auprès de l’écrivain André Bourin.

Interview de René Sédillot - Histoire de l'or - INA

A regarder ici sur le site de l’INA

L’or, un métal précieux tout en contradictions

« Economiste et homme de finance » selon André Bourin, tout autant qu’écrivain reconnu auteur de plusieurs ouvrages historiques, René Sédillot se penche dans son Histoire de l’or (éditions Fayard, 1972) sur la « place que l’or prend dans le quotidien, même sans rien y connaître« .  « Tous, nous sommes tributaires de l’or. Il est partout. Dans ma propre carrière, il a été constamment présent. Comme historien, je l’ai rencontré à chacune de mes démarches. Comme journaliste, j’ai toujours tenu une chronique du marché des changes. Si bien qu’en étudiant le passé et en suivant les problèmes de l’immédiat, j’ai toujours été en contact avec ce métal fabuleux.« 

Pour l’auteur français, c’est un métal qui ne laisse pas indifférent, quoi qu’on en pense. On peut ainsi être « passionné, à en vénérer le métal littéralement, pendant des siècles ou des millénaires. On peut aussi le haïr, un métal qu’on méprise et qu’on traîne dans la boue. De toute façon, on s’intéresse à l’or« . Et même ceux « qui le détestent l’ont recherché avec passion. » René Sédillot a d’ailleurs plusieurs exemples à citer. Celui de la Révolution française pour commencer, avec cette célèbre citation de Pierre-Joseph Cambon, financier de la Convention, qui a dit « l’or ce n’est que du fumier« . Pourtant dans le même temps, « les Conventionnels faisaient perquisitionner les églises et les cachettes des particuliers« . Autre exemple tiré de l’histoire, celui d’Hitler : l’historien français rappelle ainsi que dans l’Allemagne hitlérienne, « l’étalon or ne vaut rien, c’est l’étalon travail qui compte« , alors que les généraux allemands mettaient la main sur les stocks d’or des gouvernements et des particuliers.

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René Sédillot rappelle aussi l’exemple du régime communiste, avec d’un côté la citation de Lénine : « l’or, nous le consacrerons dans l’avenir à l’ornement des latrines publiques ». Et de l’autre, la passion de Staline pour l’or, qui a rêvé de faire de la Sibérie une nouvelle Californie. « Il y est parvenu : il a encouragé la prospection, même privée, par tous les moyens. L’Union soviétique est devenu le second producteur d’or après l’Afrique du sud, et l’un des tout premiers pays détenteurs d’or au monde, après les Etats-Unis ou l’Allemagne. » Et même si la situation a changé depuis 1972, le pays reste en effet le deuxième producteur d’or, et un acteur majeur du marché. « C’est dire les contradictions de l’or« , dit l’historien, et c’est toujours bien valable !

L’histoire de l’or à travers l’histoire du monde

Également auteur du livre Survol de l’histoire du monde, René Sédillot dit « avoir remis ses pas dans mes pas, en reprenant l’histoire de l’Egypte antique, de la Grèce, de l’Empire romain. J’ai suivi l’éclipse de l’or – et celle de la civilisation – après la chute de l’Empire romain. Mais aussi la réapparition de l’or avec la Renaissance, et cette résurrection est aussi celle de la civilisation et de l’humanisme. »

Mais d’ailleurs, dans cette histoire de l’or, à partir de quand les hommes se sont-ils intéressés au métal précieux ? Selon l’écrivain, c’est un métal dont on peut suivre la trace « de bout en bout ». « Il y a 7000 ans, l’homme a découvert l’or sous forme de pépites ou de paillettes. Il y a 5000 ans, l’homme est devenu métallurgiste et il a pu en faire des objets fétiches ou des parures. Il y a 2500 ans, il en fait une monnaie. Il y a 160 ans il en fait un étalon.  Et il y a 50 ans, l’or a cessé d’être une monnaie circulante, pour devenir un refuge et une réserve.« 

Pourquoi l’or a pris une place aussi importante ?

Selon l’historien, l’explication tient déjà à la composition même du métal, et « le fait que le métal or est à la fois éblouissant et inaltérable. Un morceau de fer ou de cuivre dans l’eau de mer s’oxyde ou rouille. Les mêmes morceaux d’or – c’est le cas des trésors – sont retrouvés dans le même état. » C’est d’ailleurs ce qui a rendu célèbres certains trésors perdus !

Il s’agirait aussi d’une « confusion entre le soleil et l’or dans l’esprit des hommes. Les alchimistes employaient d’ailleurs le même symbole pour désigner l’un et l’autre. Au cours des âges et dans de nombreuses civilisations, le soleil et l’or ne font qu’un. »

Certaines civilisations ont aussi été plus sensibles à l’or que d’autres. Cela dépend d’ailleurs si l’or est considéré pour sa valeur ornementale ou en tant que monnaie. Ainsi, la quête d’or des conquistadors a marqué l’histoire du métal précieux, tout comme la ruée vers l’or en Californie. Mais pour l’économiste, « la grande période de l’histoire de l’or pourrait être celle que nous vivons actuellement. Nous sommes à une époque de mutation : l’or a été étalon et monnaie mais ne l’est plus, et l’or est toujours refuge. »

Quelle quantité d’or pourrait-on trouver dans le monde ?

Si l’interview de René Sédillot date d’il y a près de 50 ans, les chiffres qu’il avance sont proches de ceux connus actuellement. « Depuis 7000 ans que les hommes extraient l’or, ils en ont produit à peu près 100 000 tonnes. » En 2019, le World Gold Council estimait à 190 040 tonnes l’ensemble de l’or extrait par l’homme.  Et que sont devenus ces 100 000 tonnes ? Pour l’historien, « 47 000 tonnes d’or se trouvent dans les caves et les coffres des banques centrales et des trésoreries publiques. 22 000 tonnes d’or dans les bas de laine des particuliers : c’est la thésaurisation privée, et on sait que les Français à cet égard sont des champions.  Et le reste enfin, 31 000 tonnes qui ont été consacrées à la bijouterie, aux prothèses, aux industries de pointe. Car l’or n’est pas seulement un métal du passé, c’est aussi un métal de l’avenir ! Et ce sont les industries les plus avancées qui consomment de l’or en quantité grandissante. »

Et quel est l’avenir pour l’or ?

René Sédillot n’avait pas tort, dans sa vision du rôle de l’or dans les industries de pointe. Cinq décennies après son intervention, l’or dans l’industrie est particulièrement important.  La demande représente environ 1/9e de la demande totale en or dans le monde. Mais pour l’écrivain, cela ne s’arrête pas là : « Le métal restera désiré et désirable. Pas dans un rôle d’étalon, comme il l’a été au 19e siècle, mais plutôt dans un rôle de refuge et de réserve, et sans doute pour de nombreux siècles. Les hommes et les femmes ne sont pas prêts de bannir l’or de leurs parures, pas plus que les banquiers ne sont prêts à le répudier à tout jamais. »

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