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La fausse monnaie est apparue en même temps que la vraie monnaie. Un jeu du chat et de la souris entre les autorités et les faussaires, qui se poursuit encore aujourd’hui. Pour détecter les fausses pièces d’or ou les lingots fourrés, plusieurs techniques existent : de la plus simple à la plus technologique. Revue de détail de toutes les méthodes de contrôle d’une pièce d’or ou d’un lingot d’or.

L’essentiel de cet article :

  • Toutes les techniques anciennes pour détecter une fausse pièce d’or
  • Les méthodes modernes de contrôle de l’or : chimie, physique et technologie pour contrer les faussaires
  • Pièces fautées et fausses pièces : une différence qui vaut de l’or ou de la prison

Une pièce d’or sonnante et trébuchante !

Tout le monde a entendu cette expression « de l’argent sonnant et trébuchant » qui évoque la volonté de préférer du cash ou des espèces pour un paiement. Le “sonnant et trébuchant” est opposé aux paiements électroniques ou aux promesses de règlement qui n’engagent que leurs auteurs. En fait, il s’agit des deux premières méthodes utilisées pour détecter des fausses pièces d’or et d’argent.

Le sonnant

Le meilleur détecteur de fausse pièce d’or, depuis la création des monnaies, c’est l’oreille humaine. Quand on fait tinter une pièce d’or, le son est très particulier. Il ne faut pas longtemps pour arriver à reconnaître la façon dont sonne une pièce d’or. Mais les faussaires, les escrocs, ont rapidement trouvé des moyens de réduire le volume d’or présent dans les pièces. Dès lors, la valeur de la pièce sonnante n’était plus la même.

Le trébuchant

Dès les premières pièces, le poids a été un critère de reconnaissance. Comme le poids d’une pièce était connu, il fallait pouvoir effectuer une pesée précise pour être certain de ne pas être en présence de fausse monnaie. Grâce au trébuchet, il était assez facile de mesurer le poids d’un objet, au dixième voire au centième de gramme près. L’outil est simple à concevoir : un fléau, deux plateaux et l’équivalent en poids de la pièce d’or à tester. Si le plateau penche, le poids est différent. Tous les commerçants sur les marchés du Moyen-âge avait un trébuchet pour peser et un outil pour faire tinter les pièces. Soit la monnaie était sonnante et trébuchante, soit elle était refusée.

La colorimétrie : comment reconnaître la pureté de l’or ?

Autrefois, les pièces en or pur comme les Vera Valor ou les Maple Leaf étaient plutôt rares. Et c’était bien normal puisque l’or pur est assez malléable, fragile. Pour que les pièces puissent être échangées de main en main ou glissées dans une bourse avec d’autres pièces, des alliages (avec du cuivre notamment) sont utilisés pour durcir les pièces d’or. Ainsi, la quantité d’or dans un objet (un bijou ou une pièce) est mesurée en carats, ce qui correspond à son titre. 750 millièmes par exemple équivaut à 18 carats, et 25 % de l’objet est alors constitué d’autres métaux (cuivre, argent, zinc, etc.). Cette différence de titre, et de pureté de l’or, change la couleur de la pièce ou du bijou.

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La pierre de touche

La pierre de touche est un outil très utilisé par les joaillers et les marchands d’or. Elle permet de s’assurer de la qualité d’un or. La méthode est simple : il faut frotter la pièce d’or sur une pierre noire. Un trait de poussière d’or apparaît. Le contrôleur prend alors un « touchau » sur lequel on trouve un peu d’or de la qualité annoncée, un deuxième trait est fait sur la pierre de touche. Il reste simplement à comparer les deux couleurs.

La pierre de touche et les acides

Avec l’évolution de la chimie, le touchau manuel est abandonné et remplacé par des acides. L’or a des propriétés extraordinaires, c’est pour ça que sa valeur traverse les temps et les civilisations. Il est inoxydable et résiste à peu près à tous les acides sauf à un mélange d’acide chlorhydrique et d’acide nitrique. En revanche, ce même mélange détruit de nombreux autres métaux présents dans les alliages. Il suffit de trouver la bonne dilution d’acide chlorhydrique et d’acide nitrique qui correspond à un titre (ou à un nombre de carats) donc à la présence de cuivre ou autre dans la pièce d’or. Avec cette méthode, il est possible de à connaître la qualité de l’or.

  • Si l’acide n’attaque pas le trait sur la pierre de touche, la qualité est la bonne ;
  • S’il change de couleur (devient rougeâtre), la qualité est moindre ;
  • Si le trait disparait : ce n’est pas de l’or !

La physique contre les faussaires

Évidemment, les malfaisants ont pensé à tromper la pierre de touche et les acides. Avec un moyen assez simple : avec du plaquage ou en fourrant les lingots. Ainsi, la couche extérieure, celle soumise au test est bien constituée d’or. A l’intérieur en revanche, on trouve n’importe quoi. Il suffit juste que le poids et la taille de l’objet soient similaire au vrai.

La masse volumique

Le poids ne suffit pas à prouver qu’une pièce d’or est bien une vraie. Pour être certain d’être en présence du bon titrage donc de la bonne quantité d’or, il faut se souvenir de ses cours de physique sur la masse volumique. Pour mesurer cette masse, il faut un récipient gradué et de l’eau. Si la densité du métal n’est pas de 19,3 g/cm³, cette simple expérience permet de le montrer et de le prouver, ce n’est pas de l’or pur. Le calcul doit alors être fait pour l’or de différents carats. Mais il existe des métaux qui ont la même densité que l’or… d’où l’idée des faussaires de fourrer les lingots d’or… au tungstène (beaucoup moins cher).

Le test de l’aimant

L’or n’est pas magnétique, il n’est pas attiré par un aimant. Dès lors, si une pièce ou un lingot attire ou repousse un aimant, il y a autre chose sous la surface.

Faire passer une échographie à ses lingots

Cela demande déjà un peu plus de matériel : l’échographie, qui consiste à envoyer des ondes en profondeur pour voir si la matière est la même, est une bonne méthode.

L’arme ultime : le spectromètre

Sauf preuve du contraire, pour l’instant, les faussaires n’ont pas trouvé de parade pour contrer les analyses au spectromètre. Et ce n’est pas de la science-fiction. L’analyse d’un objet métallique est aujourd’hui possible avec des détails incroyables. Cette technologie a permis de faire d’immenses progrès dans la connaissance de certaines pièces anciennes : quelle quantité d’or, quels métaux utilisés dans les alliages, etc. La méthode est assez simple : un faisceau optique, qui n’abîme pas la surface de la pièce, du bijou ou du lingot analyse les matériaux présents en profondeur. Un logiciel donne ensuite la composition exacte du métal testé : quantité d’or, de cuivre, d’argent, etc.

Fausses pièces et pièces fautées

Souvent, une simple observation permet de s’apercevoir qu’il manque des éléments sur une pièce d’or. Il peut y avoir des fautes, des éléments en moins. Devant de telles différences, il serait assez naturel de penser être en présence d’une fausse pièce. Mais attention, il peut aussi s’agir d’une pièce fautée. Et là, assez bizarrement, les erreurs peuvent rapporter gros !

Les pièces fautées très prisées des collectionneurs

A la différence des fausses pièces, les pièces fautées sont bien produites par une Monnaie officielle. Mais elles sont différentes. Elles ont un petit truc en plus ou en moins par rapport au modèle officiel courant. Il va y avoir une erreur sur le millésime, un élément de décor raté ou autre défaut mineur mais bien présent. En général, il y en a peu parce que le graveur s’est aperçu de ses erreurs assez vite. Mais comme certaines ont quand même été mises en circulation, elles sont particulièrement recherchées donc chères.

À lire, mon article sur les pièces fautées : quand l’imperfection vaut de l’or.

Fausse pièce d’or : l’exemple d’un demi-Napoléon 10F de 1867

Tranches d’un faux et d’un vrai demi-Napoléon 10 F

Pour voir un contrôle et la découverte d’une fausse pièce de manière concrète, il faut lire ce reportage sur la détection d’un faux Napoléon 10F de 1867. Toutes les techniques, à part l’usage du spectromètre, sont utilisées. Et notamment, l’observation des détails de la pièce par l’expert, la pesée et les acides et la pierre de touche.

Une vraie-fausse pièce : Le Napoléon Marianne Coq refrappe

Le Napoléon Marianne Coq refrappe est une vraie fausse pièce. Elle a bien été frappée par l’État français mais elle n’est pas exactement ce qu’elle dit être. Les Napoléon Marianne Coq avec une tranche Liberté Egalité Fraternité ont été frappés entre 1907 et 1914. Ces pièces portent ce millésime.

Pièces d'or Marianne Coq 20 Francs. D'origine et refrappe
Avers de la 20 Francs Marianne Coq. A gauche refrappe Pinay « 1909 », à droite 20F Coq 1909. Photo : Yannick Colleu (deux pièces de même qualité photographiées sous le même éclairage 5000°K)

Pourtant, à l’observation de ces « Marianne Coq », il apparaît qu’il y a deux couleurs possibles et des états différents. Certaines sont plus rouges que d’autres mais aussi en moins bon état. Pour les experts, les mêmes pièces sont différentes mais comment le prouver ?

Avec un spectromètre, la vérité a éclaté. Il existe des Nap’ Marianne Coq qui n’ont pas la même qualité d’or, pas le même alliage (avec plus de cuivre, de l’argent aussi) que d’autres. Celles qui sont en meilleur état (SPL) n’ont pas beaucoup circulé visiblement.

En fait, il y a bien eu des « refrappes » de Marianne Coq dans les années 50 mais le design est resté le même, notamment les millésimes (1907-1914). Les techniques de frappe ont évolué, se sont améliorées et surtout, la quantité d’or n’est plus la même. Pour en savoir plus sur ces refrappes Pinay : l’article de Yannick Colleu.

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Jean-François Faure
Jean-François Faure. Président d’AuCOFFRE.com. Voir la biographie.

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