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J’espère que notre interlude sur le point de vue de Jeffrey M. Christian vis-à-vis de l’or vous a plu. Aujourd’hui, je vous propose de continuer à élargir notre horizon en nous intéressant une personnalité qui prend de l’importance dans la planète finance, j’ai nommé : Lyn Alden.

Autant vous le dire tout de suite, nous ne sommes pas du tout sur le même profil que la semaine passée. Là où nous avions affaire à un vieux de la vieille avec Jeffrey Christian, Lyn Alden, du haut de ses 33 ans, pourrait donner l’impression d’être une nouvelle venue dans le monde de la recherche financière. En réalité, il n’en n’est rien.

Cette américaine n’a pas attendu de terminer ses études, en 2015, pour réfléchir à des stratégies d’enrichissement et créer la Lyn Alden Investment Strategy en décembre 2016, une lettre de conseil en investissement lue chaque mois par des centaines de milliers d’investisseurs particuliers et professionnels. Il faut dire aussi que Lyn Alden n’est pas issue des milieux dont proviennent habituellement les grands noms de la finance contemporaine…

Lorsqu’enfant, on a dû compter sur la charité pour se nourrir, on a souvent plus d’appétit pour la vie que son voisin !

Enfant d’un couple séparé, Lyn Alden passe sa petite enfance aux côtés de sa mère qui les conduit de refuges pour sans-abri en motels bon marché, quand elles ne doivent pas dormir dans leur voiture. La situation de Lyn s’améliore lorsqu’elle rejoint son vieux père dans un parc de maisons mobiles, jusqu’à son départ à l’université qu’elle finance à 18 ans au travers d’un prêt étudiant de 50 000 $ et un travail à temps partiel.

Pour Lyn Alden, se retrousser les manches n’a pas été un problème puisque quand on a dû se laver dans les toilettes publiques et s’en remettre à la charité pour se nourrir, « on a faim » et on sait qu’on va devoir « tout bâtir en partant de zéro », explique-t-elle. Nul doute que la jeune Lyn avait quelques années d’avance sur ses camarades en matière de discipline et de sens de l’effort. Si vous avez des enfants difficiles de ce point de vue-là, je vous invite vraiment à leur faire lire cet article de Lyn Alden publié en août 2017 sur le site Budgets Are Sexy (puis repris dans le Business Insider) qui est assez inspirant…

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Pour en revenir à nos moutons, Lyn Alden achète sa première action à 16 ans, sans connaître quoi que ce soit à la finance. Elle rattrape son retard en dévorant des bouquins au cours de sa licence en Génie électronique (Rowan University, New Jersey – 2010) pour ensuite se spécialiser à la croisée des chemins entre l’économie/la finance et l’ingénierie, avec un master en Gestion de l’ingénierie, spécialisé dans l’Economie de l’ingénierie et la modélisation financière (Université d’État de Pennsylvanie – 2015).

Employée au William J. Hughes Technical Center à Atlantic City (New Jersey) depuis 2009, Lyn Alden gravit les échelons de ce centre de recherche et développement dans l’aéronautique pour passer d’ingénieur électronique à ingénieur électronique en chef, avant de gérer depuis avril 2018 les finances et les opérations quotidiennes de l’un des établissements de simulation de recherche aéronautique du WJHTC, tout en supervisant l’équipe d’ingénieurs de cet établissement.

A 28 ans, forte d’une certaine expérience de la vie en matière de finances personnelles, et étant parvenue à bâtir un portefeuille financier à 6 chiffres, elle lance le site lynalden.com qui comprend une lettre d’investissement et des billets de blog, ses analyses se voyant relayées sur les médias financiers les plus en vue.

Lyn Alden est spécialisée dans l’investissement value à long terme avec une approche global macro, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Pour les lecteurs anglophones, je recommande cette vidéo dans laquelle Lyn Alden apparaît en tant que special guest lors du Conseil consultatif d’Incrementum du T4 2020 aux côtés de Ronald Stöferle,  Mark Valek et Jim Rickards.

Si j’ai souhaité prendre un peu de temps pour vous présenter Lyn Alden, c’est parce qu’elle aussi, à l’instar de Stöferle et Valek, propose un modèle d’évaluation du cours de l’or. Elle met à jour ses prévisions pour le cours de l’or deux fois par an sur le site gold-eagle.com.

Le modèle de base de Lyn Alden pour évaluer le cours de l’or

Ce modèle est relativement simple : il compare le cours de l’or à l’évolution de la masse monétaire (au travers de M2) par habitant aux Etats-Unis, normalisée à 1973 comme base de référence. (nous allons donc à nouveau être amenés à commenter le cours de l’or en dollars US, et non en euros).

Modélisation du cours de l’or par Lyn Alden

Pas d’inquiétude si vous avez du mal à déchiffrer ce graphique, je suis là pour les sous-titres : la ligne bleue représente l’évolution de la masse monétaire (M2) par habitant, la ligne rouge le cours de l’or en dollars (les deux courbes étant normalisées en base 100 en 1973). La ligne verte ? Je vous en parle dans un instant.

Voici comment Lyn Alden défend son modèle : « Sur le long terme, l’or a tendance à suivre l’inflation monétaire. Ou, pour l’exprimer peut-être plus précisément, le dollar a tendance à se dévaluer par rapport à l’or à peu près au même rythme l’augmentation [de M2] par habitant, tandis que l’or conserve son pouvoir d’achat. Lorsque le cours de l’or dépasse largement la ligne de la masse monétaire du modèle, cela signifie qu’il est historiquement surévalué selon cette mesure. Lorsqu’il se situe au niveau, près ou en-dessous de la ligne qui représente la masse monétaire, l’or tend à être un pari à long terme plus sûr. »

Cependant, l’or est un actif très volatile, comme j’ai eu l’occasion de vous l’exposer dans plusieurs vidéos (voir en particulier ici et là), d’où le fait que son cours vienne parfois s’établir bien en-dessus ou bien au-dessous de la ligne bleue.

C’est là qu’entre en jeu la ligne verte, laquelle vient contextualiser l’approche de Lyn Alden. Cette ligne représente le taux d’intérêt réel du 10 ans américain, c’est-à-dire le taux d’intérêt des obligations du Trésor à 10 ans moins l’inflation des prix à la consommation officiellement déclarée.

Et Lyn Alden de préciser : « [Le cours de l’or] dépasse généralement [la ligne bleue] lorsque les taux réels deviennent fortement négatifs, c’est-à-dire lorsque l’inflation est supérieure aux taux des obligations du Trésor de 100 points de base ou plus. Ces pics du prix de l’or se sont produits en 1974, 1980 et 2011 et, lorsqu’ils ont pris fin, l’or est retourné sur un marché baissier de plusieurs années. »

Or en 2020, le cours du métal jaune a marqué un nouveau plus haut historique le 6 août à 2 067 $. Lyn Alden penche-t-elle du côté de Jeffrey Christian, qui voit l’or plafonner à 2 300 $ en moyenne annuelle d’ici 2023-2025, ou bien du côté de Stöferle et Valek, qui envisagent une once entre 4 800 $ et 8 900 $ à horizon 2030 ?

Voici ce qu’écrit l’analyste américaine dans sa prévision du 13 décembre 2020, alors que l’once cotait autour de 1 830 $ : « L’or est à peu près bien valorisé, avec un bon potentiel de rendement à long terme dans les années à venir. »   

Et oui car comme vous pouvez le constater sur le graphique ci-dessus, « La différence entre aujourd’hui et 2011, c’est que [le cours de] l’or n’a pas été très au-dessus de ce modèle en 2020, alors que cela a été le cas en 2011. [M2} a augmenté beaucoup plus rapidement en 2020 que n’importe quelle autre année depuis les années 1940, de sorte que la hausse du cours de l’or était justifiée et n’a que légèrement dépassé la projection du modèle. »

En 2020, M2 a cru à un rythme annuel de 13% aux Etats-Unis

Et Lyn Alden de préciser que ce taux de croissance annuel record de 13% « est assez structurel au point où nous en sommes, même en prenant en compte le stimulus [budgétaire dans le cadre de la pandémie]. »

Et l’analyste de conclure : « L’or devrait, avec le temps, continuer à suivre à peu près ce rythme de croissance. »

Cependant, comme je l’ai souligné, l’or est un actif très volatile, et n’est pas à l’abri de violentes corrections. D’où la question suivante.

Qu’est-ce qui pourrait faire baisser le cours de l’or ?

Lyn Alden en revient à l’un de mes graphiques favoris, que j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter :

Cours de l’or (en rouge) vs Taux d’intérêt réels sur le 10 ans US (en bleu) entre 2016 et décembre 2020

Cette fois-ci, c’est l’explication de Lyn Alden que je vais vous livrer : « Le cours de l’or en termes de variation en pourcentage d’une année sur l’autre a tendance à être fortement inversement corrélé avec les taux d’intérêt réels, tels que mesurés par le taux du 10 ans US moins le taux d’inflation officiel. » […] Par conséquent, « Le plus grand risque pour l’or dans l’année à venir est la hausse des taux nominaux [des bons] du Trésor. Le pic local de l’or en août [2020] a correspondu au creux des taux réels, à -1,08 %. Depuis lors, les taux nominaux ayant augmenté plus vite que les prévisions d’inflation, le taux réel a légèrement progressé. Il est toujours négatif, mais pas autant qu’en août. »

Le 13 décembre, Lyn Alden s’attendait à ce que l’économie mondiale connaisse une nouvelle période de désinflation, avant une inflation qui reprendrait de l’importance avec la réouverture de l’activité économique, sous le double effet de la hausse de la demande pour les matières premières et l’accélération de la vitesse de circulation de la monnaie.

« Si les obligations du Trésor suivent le rythme de l’inflation, cela peut empêcher l’or de surchauffer, mais l’or devrait, sur une période de 3 à 5 ans, plutôt bien se porter quoi qu’il en soit », écrivait-elle.

Mais ce n’est pas tout car outre ce modèle, Lyn Alden a également un scénario beaucoup plus haussier pour l’or à nous proposer.

Je me chargerai de vous le présenter lundi prochain !

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