Pourquoi la Chine doit-elle absolument prendre le contrĂŽle de Hong Kong ?

par | 23 Nov 2020 | Economie | 0 commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

Il y a quelques semaines, j’ai dressĂ© une chronologie des actions menĂ©es par la Chine dans le cadre de la « guerre monĂ©taire ». Lundi passĂ©, j’ai commencĂ© Ă  vous proposer une interprĂ©tation qui permet de raccrocher tous ces wagons. Il nous reste cependant Ă  intĂ©grer une derniĂšre piĂšce dans le puzzle de la stratĂ©gie chinoise de « dĂ©dollarisation », Ă  savoir la prise de contrĂŽle de Hong Kong par PĂ©kin. 

Aujourd’hui, nous allons voir pourquoi la fin de la doctrine « Un pays, deux systĂšmes » Ă©tait inĂ©luctable, ce qui nous amĂšnera au 3Ăšme et dernier enjeu des ambitions chinoises en matiĂšre de « dĂ©dollarisation Â» de l’Asie.

Hong Kong

Hong Kong, la derniĂšre piĂšce du puzzle

RĂ©sumons-nous. La Chine ne cherche pas Ă  faire du yuan la monnaie de rĂ©serve mondiale en lieu et place du dollar. PĂ©kin cherche uniquement Ă  se soustraire, elle et sa zone d’influence, de la suzerainetĂ© juridico-monĂ©taire amĂ©ricaine, ce qui implique une lutte sur deux fronts : 1. remplacer le dollar par les devises locales dans le cadre du commerce inter asiatique et 2. « dĂ©dollariser » son approvisionnement en matiĂšres premiĂšres.

Pour retrouver sa souverainetĂ© monĂ©taire au sein de sa zone d’influence, la Chine joue la carte de la collaboration. Cela s’est traduit en particulier dans 3 politiques :

  • Approfondissement des relations Ă©conomiques et commerciales avec ses voisins proches et Ă©loignĂ©s (accords commerciaux rĂ©glĂ©s en devises locales, « Belt and Road Initiative »), en particulier avec les pays producteurs de pĂ©trole ;
  • Mise en place de nombreux accords de swaps de devises entre la PBoC et d’autres banques centrales ;
  • CrĂ©ation de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank – AIIB), une institution financiĂšre alternative au FMI, Ă  la Banque mondiale et Ă  la Banque asiatique de dĂ©veloppement.

Le rĂ©gime chinois Ă©tant ce qu’il est (une dictature), cette collaboration a cependant ses limites. Car pour que le plan chinois de « dĂ©dollarisation Â» de l’Asie puisse ĂȘtre viable, PĂ©kin doit avoir une place de marchĂ©s financiers large, profonde et ouverte – chose qui ne se dĂ©crĂšte pas. Le Shanghai Stock Exchange n’a Ă©tĂ© rĂ©tabli qu’en 1987 et tant Shanghai que Shenzhen restent, malgrĂ© les rĂ©formes, trĂšs difficiles d’accĂšs aux investisseurs Ă©trangers.

D’oĂč la prise de contrĂŽle de Hong Kong, 3Ăšme place de marchĂ© au monde. Pour Charles Gave, une telle manƓuvre Ă©tait inĂ©luctable : « dĂšs que les USA lui fermaient l’accĂšs Ă  la technologie US et lui fermaient aussi l’ensemble de nos marchĂ©s financiers [, la Chine] n’avait pas d’autre possibilitĂ© que de prendre le contrĂŽle de Hong Kong, ce que j’attendais depuis quelque temps et qu’elle a fait sans coup fĂ©rir. [
] la Chine, pour espĂ©rer l’emporter, doit tout faire pour que Hong Kong devienne la principale place financiĂšre mondiale dans les vingt ans qui viennent et [
] la seule façon d’y arriver est de faire de la ville un immense succĂšs et du marchĂ© obligataire Chinois le nouveau « placement sans risque » remplaçant le 10 ans amĂ©ricain, en tout cas pour les asiatiques. »

Ce qui nous amĂšne Ă  un autre enjeu de la stratĂ©gie chinoise de « dĂ©dollarisation Â» de l’Asie.

Qui des Etats-Unis ou de la Chine va bĂ©nĂ©ficier des excĂ©dents d’épargne asiatiques des 50 ans Ă  venir ?

C’est la question que pose le prĂ©sident de l’Institut des LibertĂ©s. Pour en comprendre le point de dĂ©part, il faut rappeler que depuis le milieu des annĂ©es 2000, la Chine organise sa transition depuis un modĂšle mercantiliste basĂ© sur un coĂ»t du travail faible et une monnaie sous-Ă©valuĂ©e, vers un modĂšle qui privilĂ©gie la consommation interne et qui a donc meilleur compte Ă  avoir une monnaie forte.

Or, dĂšs lors que l’on envisage une Chine ayant une balance commerciale dĂ©ficitaire dans le cadre d’une sphĂšre d’influence chinoise « dĂ©dollarisĂ©e Â», alors cela pose la question du recyclage des yuans excĂ©dentaires des partenaires commerciaux de la Chine.

Voici comment Charles Gave envisageait les choses en septembre 2020 : « Si un pays se retrouve avec des excĂ©dents importants en Yuan (Russie par exemple), il ne peut pas les rĂ©investir en Chine puisque le compte capital de la Chine est fermĂ©. Qu’à cela ne tienne, ce pays peut acheter des obligations du gouvernement Chinois (qui offre aujourd’hui un rendement rĂ©el supĂ©rieur Ă  3 % contre -2 % aux USA)
 Â»

Et Charles Gave de poursuivre avec l’hypothĂšse suivante : « â€Š et si ce pays ne veut pas des obligations, et bien la banque centrale Chinoise lui rachĂštera ses yuans en
 or Â», ce qui revient ni plus ni moins qu’à la « rĂ©introduction en catimini de l’or dans les transactions internationales. Â»

En somme, la Chine vise Ă  confiner le dollar au sein du secteurs publics asiatiques, en tant que rĂ©serve de change dans les bilans des banques centrales. Pour que l’Asie regagne sa souverainetĂ©, le dollar doit disparaitre du secteur privĂ©. « Le diagnostic est simple », Ă©crivait Charles Gave en septembre 2020 : « le combat actuel est entre deux monstres froids pour dĂ©terminer qui des USA ou de la Chine va gĂ©rer les excĂ©dents d’épargne asiatiques dans les cinquante ans qui viennent. » « La Chine veut donc que le dollar cesse d’ĂȘtre LA monnaie de rĂ©serve mais pas que le yuan le devienne, ce qui n’est pas la mĂȘme chose », prĂ©cisait-il dans un autre billet d’avril 2019.

Voilà pour l’ampleur du butin.

Je me permets une remarque : plus que la simple « rĂ©introduction en catimini de l’or dans les transactions internationales »,  l’hypothĂšse de Charles Gave me semble ĂȘtre Ă©quivalente Ă  l’avĂšnement d’un yuan « as good as gold Â» – en tout cas si j’interprĂšte correctement son propos.

Lundi prochain, je vous expliquerai pourquoi je ne penche pas en faveur de cette hypothĂšse.

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Perrin, Nicolas
DiplĂŽmĂ© de l’IEP de Strasbourg, du CollĂšge d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Auteur de l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence "Investir sur le MarchĂ© de l’Or : Comprendre pour Agir", il est dĂ©sormais rĂ©dacteur indĂ©pendant. Il s’intĂ©resse au libĂ©ralisme, Ă  l’économie et aux marchĂ©s financiers, en particulier aux mĂ©taux prĂ©cieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine. Twitter : @Nikookaburra

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