Publicité

Il y a quelques semaines, j’ai dressé une chronologie des actions menées par la Chine dans le cadre de la « guerre monétaire ». Lundi passé, j’ai commencé à vous proposer une interprétation qui permet de raccrocher tous ces wagons. Il nous reste cependant à intégrer une dernière pièce dans le puzzle de la stratégie chinoise de « dédollarisation », à savoir la prise de contrôle de Hong Kong par Pékin. 

Aujourd’hui, nous allons voir pourquoi la fin de la doctrine « Un pays, deux systèmes » était inéluctable, ce qui nous amènera au 3ème et dernier enjeu des ambitions chinoises en matière de « dédollarisation » de l’Asie.

Hong Kong, la dernière pièce du puzzle

Résumons-nous. La Chine ne cherche pas à faire du yuan la monnaie de réserve mondiale en lieu et place du dollar. Pékin cherche uniquement à se soustraire, elle et sa zone d’influence, de la suzeraineté juridico-monétaire américaine, ce qui implique une lutte sur deux fronts : 1. remplacer le dollar par les devises locales dans le cadre du commerce inter asiatique et 2. « dédollariser » son approvisionnement en matières premières.

Pour retrouver sa souveraineté monétaire au sein de sa zone d’influence, la Chine joue la carte de la collaboration. Cela s’est traduit en particulier dans 3 politiques :

  • Approfondissement des relations économiques et commerciales avec ses voisins proches et éloignés (accords commerciaux réglés en devises locales, « Belt and Road Initiative »), en particulier avec les pays producteurs de pétrole ;
  • Mise en place de nombreux accords de swaps de devises entre la PBoC et d’autres banques centrales ;
  • Création de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank – AIIB), une institution financière alternative au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque asiatique de développement.

Le régime chinois étant ce qu’il est (une dictature), cette collaboration a cependant ses limites. Car pour que le plan chinois de « dédollarisation » de l’Asie puisse être viable, Pékin doit avoir une place de marchés financiers large, profonde et ouverte – chose qui ne se décrète pas. Le Shanghai Stock Exchange n’a été rétabli qu’en 1987 et tant Shanghai que Shenzhen restent, malgré les réformes, très difficiles d’accès aux investisseurs étrangers.

Publicité

D’où la prise de contrôle de Hong Kong, 3ème place de marché au monde. Pour Charles Gave, une telle manœuvre était inéluctable : « dès que les USA lui fermaient l’accès à la technologie US et lui fermaient aussi l’ensemble de nos marchés financiers [, la Chine] n’avait pas d’autre possibilité que de prendre le contrôle de Hong Kong, ce que j’attendais depuis quelque temps et qu’elle a fait sans coup férir. […] la Chine, pour espérer l’emporter, doit tout faire pour que Hong Kong devienne la principale place financière mondiale dans les vingt ans qui viennent et […] la seule façon d’y arriver est de faire de la ville un immense succès et du marché obligataire Chinois le nouveau « placement sans risque » remplaçant le 10 ans américain, en tout cas pour les asiatiques. »

Ce qui nous amène à un autre enjeu de la stratégie chinoise de « dédollarisation » de l’Asie.

Qui des Etats-Unis ou de la Chine va bénéficier des excédents d’épargne asiatiques des 50 ans à venir ?

C’est la question que pose le président de l’Institut des Libertés. Pour en comprendre le point de départ, il faut rappeler que depuis le milieu des années 2000, la Chine organise sa transition depuis un modèle mercantiliste basé sur un coût du travail faible et une monnaie sous-évaluée, vers un modèle qui privilégie la consommation interne et qui a donc meilleur compte à avoir une monnaie forte.

Or, dès lors que l’on envisage une Chine ayant une balance commerciale déficitaire dans le cadre d’une sphère d’influence chinoise « dédollarisée », alors cela pose la question du recyclage des yuans excédentaires des partenaires commerciaux de la Chine.

Voici comment Charles Gave envisageait les choses en septembre 2020 : « Si un pays se retrouve avec des excédents importants en Yuan (Russie par exemple), il ne peut pas les réinvestir en Chine puisque le compte capital de la Chine est fermé. Qu’à cela ne tienne, ce pays peut acheter des obligations du gouvernement Chinois (qui offre aujourd’hui un rendement réel supérieur à 3 % contre -2 % aux USA)… »

Et Charles Gave de poursuivre avec l’hypothèse suivante : « … et si ce pays ne veut pas des obligations, et bien la banque centrale Chinoise lui rachètera ses yuans en… or », ce qui revient ni plus ni moins qu’à la « réintroduction en catimini de l’or dans les transactions internationales. »

En somme, la Chine vise à confiner le dollar au sein du secteurs publics asiatiques, en tant que réserve de change dans les bilans des banques centrales. Pour que l’Asie regagne sa souveraineté, le dollar doit disparaitre du secteur privé. « Le diagnostic est simple », écrivait Charles Gave en septembre 2020 : « le combat actuel est entre deux monstres froids pour déterminer qui des USA ou de la Chine va gérer les excédents d’épargne asiatiques dans les cinquante ans qui viennent. » « La Chine veut donc que le dollar cesse d’être LA monnaie de réserve mais pas que le yuan le devienne, ce qui n’est pas la même chose », précisait-il dans un autre billet d’avril 2019.

Voilà pour l’ampleur du butin.

Je me permets une remarque : plus que la simple « réintroduction en catimini de l’or dans les transactions internationales »,  l’hypothèse de Charles Gave me semble être équivalente à l’avènement d’un yuan « as good as gold » – en tout cas si j’interprète correctement son propos.

Lundi prochain, je vous expliquerai pourquoi je ne penche pas en faveur de cette hypothèse.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom ici