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Quand le terrorisme nous fait oublier nos problèmes économiques


Le 8 septembre dernier, à quelques jours de la commémoration des évènements tragiques qui endeuillèrent en 2001 la ville de New York (ainsi que le reste du monde dit libre), le magazine Challenges publiait un graphique particulièrement édifiant quant à l’impact du terrorisme sur les préoccupations des Français.

Petit retour en arrière. En 2002 comme en 2007, à la veille des élections présidentielles, la première préoccupation des Français concernait l’emploi. Ou, plus exactement, le manque d’emploi. En effet, le chômage était vu comme la source de tous les maux de notre société : précarité, montée de la violence, insécurité, etc. En 2011-2012, les sondages d’opinion et les enquêtes sociologiques montraient, là encore, la forte prédominance du chômage dans la liste des inquiétudes des citoyens. Au début de l’année 2015, pas de changement, si ce n’est que jamais encore la dégradation du marché du travail n’avait à ce point inquiété les Français : 73% des personnes interrogées le plaçaient en tête de leurs préoccupations, contre un peu plus de 50%  dix ans plus tôt. Dans la foulée, les conséquences de la crise de 2008 continuaient à affecter le moral des ménages puisque la baisse du pouvoir d’achat constituait le problème prioritaire pour plus de 50% d’entre eux.

Un détournement d’attention réussi

Et puis le mois de janvier 2015 est arrivé. L’horreur s’est invitée dans les locaux d’un journal dont la médiocrité n’en demandait pas tant mais que la liberté d’expression aurait dû protéger d’une telle ignominie. Dès cet instant, nos hommes et femmes politiques n’ont eu de cesse de marteler par médias interposés leur engagement quotidien contre la barbarie. Un engagement qui n’a pourtant pas su éviter les “tueries de masse” (selon l’expression consacrée de la gendarmerie) de l’Hyper Casher, du Bataclan, de Nice, sans oublier les différents attentats “individuels” qui ont émaillé ces dix-huit derniers mois.

Mais un engagement qui aura malgré tout réussi, à force de communication sécuritaire, à faire oublier les préoccupations initiales des Français, celles qui relèvent de son quotidien le plus immédiat, ces inquiétudes qui concernent les risques les plus probables dont ils sont menacés chaque jour : le chômage, la perte de pouvoir d’achat, la perspective d’un avenir économique de plus en plus sombre. Bref, on avait finalement détourné l’attention des citoyens vers autre chose que ce qu’on n’arrivait pas à résoudre depuis 40 ans…

Retrouver les enjeux prioritaires

Désormais, selon Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, la sécurité et la lutte contre le terrorisme sont, de très loin, les premières sources d’inquiétude des Français, lesquels étaient environ 15% à juger ces enjeux prioritaires durant l’été 2015, contre près de 60% un an plus tard ! La lutte contre le chômage se voit reléguée au second plan de l’urgence avec seulement 17 ou 18% de Français qui continuent à lui accorder une importance capitale. Quant à l’amélioration du pouvoir d’achat, il semble que depuis cet été, seuls 8 ou 9% des personnes interrogées considèrent qu’on devrait s’en occuper en priorité.

Néanmoins, une autre étude de l’institut de sondage Elabe montre que, à l’approche des élection de l’an prochain, les Français restent conscients de la nécessité de se recentrer sur les enjeux prioritaires.  Ainsi, en dépit d’un discours globalement plus sécuritaire qu’à l’accoutumée, les candidats à la présidence feraient mieux de ne pas négliger les aspects plus économiques de la gestion du pays. Car, pour deux tiers des électeurs, “les propositions des candidats pour redresser l’économie, réduire le chômage et lutter contre les inégalités” seront les plus importantes à prendre en considération. Un peu comme si les Français ne se faisaient finalement guère d’illusion sur la capacité des politiques à lutter contre le terrorisme, et que, quitte à croire à des promesses électorales, encore valait-il mieux continuer à imaginer les futurs élus tenter de résoudre des problèmes sur lesquels ils ont l’habitude de se casser les dents depuis des décennies.

Comme le disait récemment un entrepreneur interrogé sur la surenchère de propositions des futurs candidats au sujet de la lutte contre le terrorisme : “On sait déjà à quoi ils sont mauvais, et on a fini pas s’y faire, inutile qu’ils se lancent sur de nouveaux chantiers où leur incompétence pourrait être bien pire.”

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A propos de Anthony Alberti

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Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.

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