Dans cette séquence complètement atypique pour le cours de l’or, les stratégies des banques centrales sont toujours éclairantes. Ont-elles vendu ou acheté des barres d’or ? Et surtout à quel moment dans ce premier trimestre 2026 un peu fou.
Premier trimestre 2026 : les montagnes russes de l’or
L’or a été victime de fortes turbulences en ce début d’année 2026. Le roi des actifs métalliques a eu un comportement parfois déroutant. Sa performance trimestrielle est finalement modérée (si on regarde les prix au 1er janvier et au 31 mars) mais enregistre une hausse de + 6,75 % en euros. Cela cache en réalité une séquence d’une intensité rare, marquée par des mouvements de prix extrêmes et une forte instabilité.

L’année a commencé dans la continuité du deuxième semestre 2025. Avec un comportement devenu inhabituel pour l’or : une violente hausse dont l’apogée est à quasi 5500 dollars et 4600 euros l’once en février. Et puis c’est la dégringolade qui se traduit vers un retour sur les niveaux de la mi-janvier 2026 juste en dessous de 4500 dollars et de 4000 euros. Si on prend un peu de recul, cela reste des cours très élevés.
Ce mouvement de baisse brutale après une forte hausse du cours de l’or s’explique assez bien. Au déclenchement des bombardements américains, les gestionnaires de fonds, les grands investisseurs ont décidé de liquider tout ou partie de leurs positions en or pour prendre leurs gains. Ils ont ainsi pu répondre aux appels de marge ou investir dans le pétrole dont le prix du baril était en forte hausse.
Quelle a été la réaction des banques centrales ?
Note : Le jour de la publication de cet article, le 24 avril 2026, nous n’avons pas encore les chiffres officiels du mois de mars.
Achats d’or : une pause en janvier, une reprise en février
Le World Gold Council note une réelle pause dans la demande en or des banques centrales. Mais elles ont rapidement repris leurs achats dès février, dans la continuité des tendances observées en 2025. Mais, note l’auteur du communiqué du WGC, « une inflexion apparaît : ces achats deviennent plus opportunistes, les institutions se montrant davantage sensibles aux niveaux de prix ».
Les gros acheteurs d’or sont…
Ainsi sur les deux premiers mois de l’année, ce sont 31 tonnes d’or qui ont rejoint les coffres des banques centrales. Mais dans le détail, c’est bien 27 tonnes uniquement en février. Et le principal acheteur mondial est la Banque nationale de Pologne avec 20 tonnes acquises. Cela porte le total de ses réserves d’or à 570 tonnes, faisant passer la part de l’or dans ses réserves totales à 31 %.
L’Ouzbékistan a enregistré son cinquième mois consécutif d’achats nets (8 tonnes). L’or représente plus de 80 % des réserves de ce pays. Autres acheteurs réguliers le Kazakhstan (8 tonnes), suivi de la République tchèque (2 tonnes), de la Malaisie (2 tonnes), de la Chine (1 tonne) et du Cambodge (1 tonne).
Les vendeurs d’or sont…
Les vendeurs nets au mois de février ont été la Turquie (8 tonnes) et la Russie (6 tonnes). Mais sans doute pas tout à fait pour les mêmes raisons.
La Turquie a eu besoin de soutenir sa monnaie locale, la Livre Turque. Avec cet or, Ankara a récupéré des dollars mais aussi d’autres monnaies. La banque centrale turque a aussi acheté sa propre monnaie.
La Russie a vendu son or pour financer l’effort de guerre et son économie.
Quelle stratégie pour les banques centrales au mois de mars 2026
Pour l’instant, les chiffres officiels ne sont pas encore remontés au World Gold Council.
L’utilisation de la réserve de valeur
Mais on peut sans prendre de risque estimer que certains pays ont eu besoin d’utiliser cette réserve de valeur pour financer leurs économies. Cela a été le cas des monarchies du Golfe dont les recettes ont été quasiment coupée du jour au lendemain avec les bombardements et la fermeture du Détroit d’Ormuz.
La Turquie comme d’autres pays, ont eu aussi besoin de dollars pour financer la hausse du prix du pétrole.
Certains pays d’Afrique utilisent leur production locale d’or
Plusieurs pays ont annoncé avoir mis en place des méthodes pour constituer leurs stocks d’or avec de la production locale. « La Banque d’Ouganda était auparavant un organisme purement de régulation. Elle est désormais devenue un acteur actif du marché grâce au lancement de son programme national sur l’or, qui a officiellement démarré en mars 2026 » précise un consultant en minerais cité par RFI. La RDC a reçu ses premiers lingots issus des mines du pays. La Tanzanie oblige depuis 2024 les compagnies minières à réserver 20 % de leur extraction aux réserves du pays. L’or local représente plus de 30 % des réserves de la banque centrale du Ghana grâce à un programme lancé il y a 5 ans.






0 commentaires