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Le marché de l’or serait-il en train de vivre une « crise de la demande » en Inde ? Dans le pays le plus gourmand en métal précieux, où l’or s’échange et s’offre traditionnellement sous forme de bijoux, la demande est en forte baisse depuis plusieurs mois. L’équilibre a changé : non seulement l’or est plus difficilement accessible physiquement pour les acheteurs confinés chez eux sur fond de crise COVID, mais la hausse du cours de l’or le rend aussi inaccessible financièrement. A quelques semaines de la saison des mariages, l’or serait-il devenu trop cher pour les premiers consommateurs au monde ?

Pourquoi on n’achète plus d’or en Inde actuellement

L’Inde est culturellement, avec la Chine, le plus important consommateur de métal précieux. Pendant la saison des mariages et des festivals entre octobre et avril, l’or est offert sous forme de bijoux et de pièces, autant pour marquer le statut social que pour permettre aux jeunes mariés de se constituer un pécule. Or, avec le confinement, on ne se marie plus. Et entre le coup d’arrêt des mariages, les fermetures des bijouteries et des fonderies, l’or se vend beaucoup moins.  Selon le World Gold Council, la demande en bijoux en or a chuté de 74% par rapport à l’année précédente au cours du deuxième trimestre 2020. Pour le Conseil mondial de l’or, la reprise de la demande reste « incertaine » dans les mois à venir.

Source : World Gold Council, Gold Demand Trends Q2 2020

Cette baisse de la demande a fait l’objet de plusieurs articles récemment. Dans un article du 15 août 2020, Boursorama relaie ainsi le témoignage de joailliers « mis au chômage technique ». La pandémie fait fuir les clients habituels du Zaveri Bazaar de Bombay, le plus grand marché d’or du pays. Mais pas seulement : le quotidien cite aussi « l’envolée des prix de l’or », et « la progression des prix de l’or d’environ 30% cette année ». Une trop forte augmentation du cours de l’or n’est pas forcément une bonne chose, et la situation vécue par les Indiens l’illustre parfaitement. Valeur refuge par excellence dans un pays où le métal précieux est une assurance de s’en sortir en cas de crise ou de mauvaise récolte, l’or est devenu trop cher !  

La « crise de la demande » indienne illustre bien pourquoi une trop forte hausse de l’or n’est pas une bonne chose

L’or plat est un équilibre entre l’offre et la demande. Lorsque cet équilibre est rompu, c’est tout un modèle qui peut être à l’arrêt. C’est ce qui se passe actuellement sur le Zaveri Bazaar, mais l’article pourrait tout aussi bien évoquer la Chine. La même baisse s’observe aussi sur le marché chinois : la crise du COVID y a réduit la demande en bijoux à son plus bas depuis 13 ans.

Cours de l'or 2020

Pourquoi une forte hausse de l’or n’est pas une bonne chose ? L’or est plat, sauf en ce moment : en penchant la tête à 16° en observant le cours de l’or, on voit des creux et des bosses, et nous sommes actuellement dans une belle bosse. Le marché s’emballe, de manière normale et logique : les particuliers se tournent vers l’or parce qu’ils ont peur, parce qu’ils considèrent l’or comme une valeur refuge en cas de crise. En Inde, le bijou est un fondamental de l’achat d’or : cela représente la moitié de la demande en métal précieux. Cet effet peut être ponctuel : peut être que la prochaine saison des mariages permettra de rattraper le temps perdu et d’offrir à nouveau de l’or. Mais il peut aussi durer : un nouveau confinement, des habitudes qui changent…. Et dans ce cas, l’équilibre qui maintient l’or pourrait être rompu. Cette stabilité fait la force de l’or : si cet équilibre est rompu, l’or devient beaucoup plus spéculatif, et il devient beaucoup plus lié aux craintes des investisseurs et aux événements extérieurs.

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Pour le marché indien, l’or est devenu trop cher pour en faire des bijoux… mais il peut toujours être revendu pour passer un cap difficile. Dans son article, Boursorama évoque d’ailleurs le cas de ces particuliers indiens qui s’en servent pour l’utiliser comme caution. Néanmoins, le problème en Inde est le même que celui rencontré par les Français entre mars et mai : ils aimeraient revendre leur or, mais c’est compliqué parce que les magasins sont fermés et qu’ils n’ont pas le droit de sortir. Est-ce que les Indiens ne seraient pas en train de se demander si l’or, en tout cas l’or sous la forme de bijoux comme ils en ont l’habitude, est vraiment une valeur refuge ? Ce serait certainement le cas s’il avait été conservé d’une autre manière. Non pas sous forme de bijoux à la maison, mais dans des coffres avec des facilités de transaction. Comme les Occidentaux qui utilisent déjà ce type de plateforme, le paysan indien pourrait ainsi vraiment disposer de son or comme d’une valeur refuge.

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