Nouvelle monnaie : à quoi pourrait ressembler la monnaie du futur ?

par | 30 Déc 2024 | Monnaie | 0 commentaires

Temps de lecture : 5 minutes

Au fil de son histoire, la monnaie a subi toutes sortes de mĂ©tamorphoses. Sans aucun doute, d’autres encore l’attendent. AprĂšs les monnaies primitives, les mĂ©taux et la monnaie papier, quelle nouvelle forme adoptera la monnaie du futur ? On peut envisager au moins 3 scĂ©narios : 1. la gĂ©nĂ©ralisation des monnaies numĂ©riques de banques centrales ; 2. l’avĂšnement d’une nouvelle forme d’Ă©talon-or ; 3. le triomphe de Bitcoin.

Avant d’étudier chacune de ces hypothĂšses, je vous propose de revenir briĂšvement sur les grandes Ă©tapes de l’histoire de la monnaie.

Gold vs Bitcoin

Quelles formes la monnaie a-t-elle empruntĂ© Ă  travers les Ăąges ?

« La monnaie n’a pas d’inventeur, pas plus que le feu ou la roue. Elle n’a pas de date de naissance, parce que des centaines de gĂ©nĂ©rations ont participĂ© Ă  son enfantement. Son histoire prend place dans l’histoire des Ă©changes, dont elle reprĂ©sente l’ultime Ă©tape », Ă©crit RenĂ© SĂ©dillot dans son Histoire de l’or (Fayard, 1972).

Quels « articles Â» l’homme a-t-il choisis pour dĂ©passer le stade du don rĂ©compensĂ© et du commerce muet ?

Les monnaies primitives

Les ethnologues ont recensĂ© plusieurs centaines de monnaies primitives, lesquelles varient en fonction des ressources des peuplades concernĂ©es :

  • Peuples pĂȘcheurs : poisson sĂ©chĂ© (Islande), dents de marsouin (Ăźles Salomon)
 ;
  • Peuples chasseurs : fourrures animales (Canada et Russie)
 ;
  • Civilisations rurales : produits vĂ©gĂ©taux (thĂ© au Tibet, riz en CorĂ©e, amandes en Perse, graines de cacao chez les AztĂšques, orge chez les Babyloniens
) ;
  • Civilisations artisanales : produits ouvrĂ©s (tapis aux Samoa
).

Cependant, seules deux de ces monnaies sont parvenues Ă  dĂ©passer leur zone d’influence d’origine :

  • Le coquillage : il se distingue par son utilitĂ© en tant que matiĂšre premiĂšre (par exemple pour se transformer en Ă©pingle ou en hameçon) et sa beautĂ© (pour composer des bijoux), mais ce n’est pas tout. Il prĂ©sente Ă©galement l’avantage d’ĂȘtre relativement solide et durable, et facilement transportable.
  • Le bƓuf : dans la GrĂšce homĂ©rique, il a Ă©tĂ© l’étalon de mesure des richesses. Par l’intermĂ©diaire des Romains, notre langue lui doit les termes de capital (caput signifie tĂȘte de bĂ©tail en latin) et de pĂ©cuniaire (pecus signifie bĂ©tail).

Le premier a eu la prĂ©fĂ©rence des peuples de la mer (Chine, pourtour de l’ocĂ©an Indien, Afrique noire des rives atlantiques, Philippines et PolynĂ©sie), quand le second a Ă©tĂ© la monnaie de prĂ©dilection des peuples de la terre.

Cependant, comme l’explique SĂ©dillot : « dans beaucoup de cas, ces monnaies Ă©lĂ©mentaires ne valent que pour certaines catĂ©gories de transactions […] : il y a la monnaie pour bijou, la monnaie pour nourriture, et non pas la monnaie Ă  tout faire. Â»

Et pour cause, ni le coquillage ni le bƓuf ne remplissent l’ensemble des fonctions fondamentales de la monnaie, qui doit permettre Ă  la fois de mesurer, d’échanger mais aussi d’épargner.

C’est ainsi que l’Homme a laissĂ© de cĂŽtĂ© ces formes primitives de monnaie pour recourir au mĂ©tal qui, lui, remplit toutes ces conditions.

Les monnaies métalliques

Les barres, lingots, plaques, tiges, croix et poudres de métaux précieux ont ainsi revendiqué le monopole sur la monnaie.

Avant que l’or, l’argent, le cuivre (Chine), le bronze (GrĂšce, Rome) et l’électrum (GrĂšce) ne se distinguent, il aura fallu en passer par le fer (Sparte et Chine), l’étain (Sumatra et Inde), le plomb (ThaĂŻlande), le platine (Russie), le fer-blanc (Argentine), le nickel, l’aluminium et l’acier.

Puis, aprùs plusieurs siùcles de rùgne de ces monnaies-marchandises, l’Homme a fini par opter pour le papier.

Du métal au papier

Cette transition s’est produite suite Ă  l’avĂšnement de deux nouveautĂ©s :

  • Les orfĂšvres, ancĂȘtres des banques commerciales modernes, ont introduit les premiers billets de banques et le systĂšme de rĂ©serves fractionnaires ;
  • L’introduction des bĂątons de comptage en tant que systĂšme d’enregistrement des paiements, dans l’Angleterre mĂ©diĂ©vale.

C’est par la conjonction de ces deux innovations financiĂšres qu’est nĂ©e la monnaie fiduciaire. Initialement, elle a pu se rĂ©pandre sur la base de la confiance accordĂ©e aux orfĂšvres par leurs clients. Par la suite, les États et les systĂšmes bancaires ont eu pour charge de maintenir cette confiance.

En 2025, cela fera 54 ans que la monnaie papier rĂšgne en maĂźtre, aprĂšs que le prĂ©sident Richard Nixon a coupĂ© le dernier lien qui unissait l’or Ă  la monnaie.

Le problùme, c’est que la confiance qui sous-tend nos monnaies fiduciaires est vacillante, ce qui pose la question suivante


Quelles nouvelles formes pourrait prendre la monnaie dans les prochaines dĂ©cennies ?

RĂ©pondre Ă  cette question implique d’évacuer l’hypothĂšse du statu quo.

La fin de la monnaie papier telle que nous la connaissons aujourd’hui (c’est-Ă -dire dĂ©pourvue de contrepartie mĂ©tallique) n’est certes pas pour demain. Ceci dit, on est en droit d’y rĂ©flĂ©chir, et ce pour au moins 2 raisons :

  • Lorsque la situation l’exigera, les États vont devoir proposer une solution Ă  leur problĂšme de surendettement ;
  • Le systĂšme monĂ©taire international contemporain est dĂ©sĂ©quilibrĂ© au profit des Etats-Unis, donc au dĂ©triment de l’Europe et des BRICS+. VoilĂ  des dĂ©cennies que ces deux groupes de pays prĂ©parent un plan B.

Qu’est-ce que le projet de nouvelle monnaie de la Russie et des BRICS+ ? Quel nom ?

A ce stade, il s’agit surtout de propagande russe. Les avancĂ©es les plus significatives ont lieu du cĂŽtĂ© du projet mBridge.

Quoi qu’il en soit, tĂŽt ou tard, la monnaie finira donc par entamer une nouvelle mue
 mais quels seront ses nouveaux oripeaux ?

Monnaies amĂ©ricaine, française et europĂ©enne : en route vers les MNBC ?

Une MNBC est une forme de monnaie numĂ©rique Ă©mise directement par une banque centrale. Au contraire, dans nos systĂšmes financiers actuels, ce sont les banques commerciales qui crĂ©ent l’essentiel de la monnaie sous forme de crĂ©dits.

Contrairement Ă  certaines monnaies numĂ©riques privĂ©es (comme le bitcoin), les MNBC sont gĂ©rĂ©es de maniĂšre centralisĂ©e, en l’occurrence par une banque centrale.

Officiellement, les MNBC ont vocation à moderniser les systÚmes de paiement, en rendant les transactions plus rapides, moins coûteuses et plus transparentes.

Elles revĂȘtent nĂ©anmoins un potentiel totalitaire, l’État ayant tous pouvoirs sur ce type de capitaux :

  • Imposition d’un taux nĂ©gatif ou d’une date d’expiration ;
  • ContrĂŽle des capitaux ;
  • Traçage des transactions ;
  • Gel arbitraire des avoirs pour cause de mauvais « score social » (sur le mode chinois)…

Tout sera thĂ©oriquement possible. 

L’euro numĂ©rique, c’est quoi ?

C’est tout simplement le nom que porte le projet de MNBC de la Banque centrale europĂ©enne.

Vers une nouvelle forme d’Ă©talon-or ?

Les projet de monnaie saine aux Etats-Unis face au dollar


C’est ce que j’ai Ă©voquĂ© dans mon prĂ©cĂ©dent billet au sujet du Texas. Ceci dit, les États amĂ©ricains ne sont pas les seuls Ă  contester la suprĂ©matie du dollar.

Reste du monde : la monnaie, au niveau international, va-t-elle se relier Ă  l’or ?

Ce genre de scĂ©nario pourrait Ă©galement ĂȘtre initiĂ© par les BRICS+, voire par l’Europe. Pour certains auteurs, voilĂ  plus de 50 ans que les banques centrales concurrentes de la Fed prĂ©parent l’avĂšnement d’un systĂšme monĂ©taire international Ă©quitable, donc durable, au sein duquel l’or occupera Ă  nouveau une place centrale.

Il n’est ainsi pas exclu que les mĂ©taux finissent par faire le grand retour dans l’histoire de la monnaie.

Monnaie Ă©lectronique : et Bitcoin, dans tout ça ?

Au travers du projet de réserve nationale porté par Donald Trump et Cynthia Lummis, le bitcoin est en passe de faire un bon de géant sur la voie du statut de monnaie.

Longtemps considĂ©rĂ©e comme « exotique », l’hypothĂšse d’une grande Ă©conomie qui adouberait le bitcoin de son sceau est devenue rĂ©aliste avec la campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine, et trĂšs probable suite Ă  l’élection du candidat rĂ©publicain.

Cependant, comme l’écrit Bruno Bertez, « ce qui compte [, pour que bitcoin devienne une monnaie Ă  part entiĂšre], ce n’est pas le prix ou la dĂ©tention institutionnelle ou mĂȘme le fait que les entreprises dĂ©tiennent du bitcoin dans leur trĂ©sorerie. Non. Ce qui compte, c’est de savoir si des personnes ou des entreprises assument des obligations/liabilities libellĂ©es en bitcoins. Ce qui fera du bitcoin une monnaie de rĂ©serve, c’est quand on s’endettera en bitcoins. »

Alors, quelle monnaie (mondiale ?) pour le futur ?

Alors : maintien du statu quo, MNBC, retour Ă  une forme d’étalon-or, ou Ă©talon-bitcoin ?

Certaines hypothĂšses ne sont pas exclusives les unes des autres.

Affaire à suivre


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Perrin, Nicolas
DiplĂŽmĂ© de l’IEP de Strasbourg, du CollĂšge d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Auteur de l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence "Investir sur le MarchĂ© de l’Or : Comprendre pour Agir", il est dĂ©sormais rĂ©dacteur indĂ©pendant. Il s’intĂ©resse au libĂ©ralisme, Ă  l’économie et aux marchĂ©s financiers, en particulier aux mĂ©taux prĂ©cieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine. Twitter : @Nikookaburra

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