« Chussia » : quand la Chine et la Russie font vaciller l’ordre mondial

par | 4 Sep 2023 | Chine | 0 commentaires

Temps de lecture : 11 minutes

Non-contente d’avoir repris leurs annonces d’achat officiels d’or, la Chine et la Russie n’ont cessĂ© d’occuper le devant de la scĂšne internationale au cours des 12 derniers mois. Plus que jamais, l’Empire du Milieu s’impose comme le leader des BRICS et des non-alignĂ©s, et la relation Chine-Russie devient de plus en plus asymĂ©trique.

Russie : Poutine abandonne l’euro au profit du renminbi suite Ă  la guerre en Ukraine

La Russie est entrée dans la grande danse de la dédollarisation en 2012, en commençant à se débarrasser de ses titres du Trésor US.

Russie Chine

Stock de bons du TrĂ©sor US dĂ©tenus par la Russie (2007 – 2021)

Mais la rĂ©volte de l’ours russe ne se cantonne pas aux États-Unis.

Comme le racontent Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (S&V) : « peu avant le dĂ©but de la guerre en Ukraine, la Russie et la Chine ont conclu un Ă©norme accord sur la fourniture de pĂ©trole et de gaz, dont le volume s’Ă©lĂšve Ă  plus de 100 Mds$. L’euro avait Ă©tĂ© choisi comme monnaie d’Ă©change pour le gaz, qui doit ĂȘtre acheminĂ© par un nouveau gazoduc. Nous pensons qu’il s’agissait d’un signal adressĂ© Ă  l’Europe pour qu’elle participe au « nouvel ordre mondial » de l’Est Â», indiquent S&V.

Cependant, aprĂšs que l’UE se soit alignĂ©e sur les Etats-Unis en militarisant l’euro, « en septembre 2022, le gĂ©ant gazier russe Gazprom est passĂ© de l’euro au renminbi et au rouble dans ses Ă©changes avec la Chine. La Russie accepte Ă©galement les renminbis pour les exportations de pĂ©trole et de charbon vers la Chine, tandis que les Ă©changes avec la Turquie se font Ă©galement en roubles.

Le ministĂšre russe des finances a annoncĂ© en fĂ©vrier 2023 qu’il comptait exclure l’euro du Fonds national de prospĂ©ritĂ© (FNP) pour n’y conserver que de l’or, des renminbis et des roubles. Selon le vice-ministre russe des finances, Vladimir Kolychev, le fonds contiendra jusqu’Ă  60% de renminbis et un maximum de 40% d’or, auxquels pourraient s’ajouter des roubles. La banque centrale russe s’appuie Ă©galement de plus en plus sur le renminbi comme monnaie de rĂ©serve, rĂ©alisant ainsi un objectif de longue date de PĂ©kin. Â» (N.B. : le yuan est l’unitĂ© de compte et le renminbi le nom officiel de la monnaie chinoise.)

L’intĂ©rĂȘt russe pour le renminbi ne s’arrĂȘte pas lĂ  :

  • Certaines des plus grandes entreprises russes ont commencĂ© Ă  Ă©mettre des obligations en yuans pour lever des capitaux ;
  • De plus en plus de banques offrent Ă  leurs dĂ©positaires la possibilitĂ© d’ouvrir des comptes en yuans ;
  • Les plus grandes banques russes renforcent Ă©galement leurs liens avec le systĂšme monĂ©taire et financier chinois, par exemple en proposant des prĂȘts libellĂ©s en renminbis et des transferts en renminbis vers la Chine en dehors du rĂ©seau SWIFT.

En somme, comme l’a dĂ©clarĂ© Andrei Kostin, PDG de VTB (la seconde banque de Russie), « la nouvelle rĂ©alitĂ© conduit Ă  un rejet massif de l’utilisation du dollar et de l’euro dans les paiements internationaux. Â»

Ce qu’il faut comprendre par « nouvelle rĂ©alitĂ© Â», c’est le bilan de la militarisation du dollar tirĂ© par Vladimir Poutine le 17 juin 2022 : « selon le FMI, les rĂ©serves monĂ©taires mondiales s’Ă©lĂšvent actuellement Ă  7,1 billions de dollars et 2,5 billions d’euros. Ces rĂ©serves sont dĂ©valuĂ©es Ă  un taux annuel d’environ 8 %. En outre, elles peuvent ĂȘtre confisquĂ©es ou volĂ©es Ă  tout moment si les États-Unis n’apprĂ©cient pas un Ă©lĂ©ment de la politique des États concernĂ©s. Je pense que cette menace est devenue trĂšs rĂ©elle pour de nombreux pays qui conservent leurs rĂ©serves d’or et de devises dans ces monnaies Â», dĂ©clarait le prĂ©sident russe.

Et la solution est toute trouvĂ©e : un nouvel ordre mondial multipolaire, coconstruit avec la Chine, qui est aux commandes.

7 dĂ©cembre 2022 : la visite de Xi Jingping en Arabie saoudite

Sur le grand Ă©chiquier international, l’Arabie saoudite est tout sauf un acteur de second plan.

Ryad est Ă  la tĂȘte de l’Organisation des pays exportateurs de pĂ©trole (OPEP) et reprĂ©sente plus de 17% des exportations mondiales d’or noir.

Mais surtout, jusqu’Ă  rĂ©cemment, l’Arabie saoudite Ă©tait un alliĂ© crucial des États-Unis. Comme le rappellent S&V, « un accord longtemps secret des annĂ©es 1970 garantissait aux États-Unis l’utilisation du dollar comme seule monnaie pĂ©troliĂšre de l’OPEP. Cet accord sur les pĂ©trodollars est considĂ©rĂ© comme la pierre angulaire de l’ordre monĂ©taire post-Bretton Woods. Â»

Par ailleurs, depuis juin 1986, le cours du riyal saoudien est indexé sur le dollar, au taux de 1 dollar contre 3,75 riyals.

Enfin, au plan militaire, Ryad Ă©tait depuis 1979 un partenaire important de Washington dans le conflit avec l’Iran.

Cette architecture Ă©difiĂ©e il y a un demi-siĂšcle, fondement de l’hĂ©gĂ©monie du dollar, est en train de vaciller. Et pour cause : du point de vue saoud, l’attraction exercĂ©e par l’Empire du Milieu devient plus forte que celle de l’AmĂ©rique.

Quand la Chine passe des paroles aux actes

VoilĂ  de nombreuses annĂ©es que PĂ©kin signale qu’elle n’est plus satisfaite de l’ordre monĂ©taire international.

Comme le rappellent S&V, « dĂšs 2009 – c’est-Ă -dire en rĂ©ponse directe Ă  la crise financiĂšre occidentale – Zhou Xiaochuan (Ă  l’époque gouverneur de la banque centrale chinoise) appelait Ă  une “rĂ©forme du systĂšme monĂ©taire international”, et proposait de remplacer le dollar par une “monnaie de rĂ©serve supranationale”, comme l’avait dĂ©jĂ  suggĂ©rĂ© John Maynard Keynes en 1944.

Trois ans plus tard, la banque centrale chinoise a annoncĂ© qu’il n’Ă©tait plus dans l’intĂ©rĂȘt de la Chine d’augmenter ses rĂ©serves de change. Et par “rĂ©serves de change”, il faut bien sĂ»r comprendre les rĂ©serves en dollars qui sont recyclĂ©es en obligations de l’État amĂ©ricain, gĂ©nĂ©rant ainsi une demande pour la dette amĂ©ricaine. Â»

Titres du TrĂ©sor amĂ©ricain dĂ©tenus par la Chine (mars 20 – avril 2023)

Depuis, la Chine a mis en place d’innombrables accords bilatĂ©raux avec ses partenaires commerciaux afin de contourner le dollar, en particulier dans le commerce de l’Ă©nergie.

Cependant, comme le relĂšvent S&V, « il n’y a [jusqu’à prĂ©sent] pas eu de commerce de pĂ©trole basĂ© sur le renminbi avec l’Arabie saoudite. Â»

La visite de Xi à Ryad en décembre 2022 pourrait bien avoir changé la donne.

« Le crĂ©puscule du pĂ©trodollar, l’aube du pĂ©troyuan Â» (Zoltan Pozsar)

À l’issue de cette rencontre, les deux parties ont procĂ©dĂ© aux dĂ©clarations officielles d’usage, sans pour autant aborder l’utilisation du yuan comme monnaie pĂ©troliĂšre.

Cependant, lorsque l’on gratte sous le vernis des apparences diplomatiques, on s’aperçoit que la situation pourrait bien s’ĂȘtre retournĂ©e.

Comme l’expliquent S&V, « il n’Ă©tait tout simplement pas nĂ©cessaire de rendre [l’utilisation du yuan comme monnaie pĂ©troliĂšre] explicite. Le pĂ©troyuan est lĂ . Pour l’analyste Zoltan Pozsar, le discours de Xi en Arabie saoudite a marquĂ© la transition d’un monde unipolaire dominĂ© par les États-Unis Ă  un ordre mondial multipolaire. Â»

Voici quelques extraits de la dĂ©claration de Xi :

« Dans les trois Ă  cinq prochaines annĂ©es, la Chine est prĂȘte Ă  travailler avec les pays du Conseil de coopĂ©ration du Golfe (CCG) dans les domaines prioritaires suivants : premiĂšrement, la mise en place d’un nouveau paradigme de coopĂ©ration Ă©nergĂ©tique multidimensionnelle. La Chine continuera d’importer Ă  long terme de grandes quantitĂ©s de pĂ©trole brut des pays du CCG et d’acheter davantage de GNL. Nous renforcerons notre coopĂ©ration dans le secteur en amont, les services d’ingĂ©nierie, ainsi que le stockage, le transport et le raffinage du pĂ©trole et du gaz. La plateforme de la Bourse du pĂ©trole et du gaz naturel de Shanghai sera pleinement utilisĂ©e pour le rĂšglement en renminbis des Ă©changes de pĂ©trole et de gaz. [
] Â»

Voici comment S&V interprĂštent cette dĂ©claration :

La Chine et l’Arabie saoudite pourraient :

  • « Entamer une coopĂ©ration en matiĂšre d’Ă©change de devises ;
  • Approfondir la coopĂ©ration en matiĂšre de monnaie numĂ©rique et faire avancer le projet de pont m-CBDC. Â» (Il s’agit d’un projet de monnaie numĂ©rique de banque centrale dĂ©veloppĂ© par PĂ©kin).]

Par ailleurs, Xi :

  • « Parle littĂ©ralement d’un « nouveau paradigme » de « coopĂ©ration Ă©nergĂ©tique multidimensionnelle » ;
  • Promet que la Chine achĂštera de grandes quantitĂ©s de pĂ©trole et de gaz aux États du Golfe sur le long terme ;
  • Promet Ă©galement une coopĂ©ration dans le « secteur en amont », laquelle vise Ă  rĂ©pondre au souhait des États du Golfe de ne pas devenir de simples « stations-service », pour au contraire conserver une plus grande part de crĂ©ation de valeur dans le pays. Il s’agit en l’espĂšce du stockage, du transport et des raffineries ;
  • Appelle un chat un chat, en dĂ©clarant que la Bourse chinoise de l’Ă©nergie de Shanghai pourrait ĂȘtre utilisĂ©e et que le renminbi pourrait devenir la monnaie de rĂšglement. C’est un point essentiel. Â»

Pour ceux qui savent lire entre les lignes, il s’agit d’une proposition non seulement allĂ©chante du point de vue des États du Golfe, mais rĂ©volutionnaire Ă  l’échelle mondiale : la Chine a dĂ©voilĂ© ce en quoi son leadership dans un nouvel ordre monĂ©taire se distinguerait du leadership amĂ©ricain.

L’allĂ©chant ordre monĂ©taire proposĂ© par PĂ©kin

S&V nous aident Ă  lire entre les lignes : « contrairement aux États-Unis, la Chine n’insiste pas pour que les renminbis qu’elle Ă©met soient investis dans des obligations d’État chinoises. Au contraire, ces derniĂšres annĂ©es, Shanghai a ouvert la voie au commerce du pĂ©trole et de l’or en renminbi. Les États du Golfe peuvent donc soit placer la monnaie chinoise dans des obligations d’État, soit acheter des biens et des services Ă  la Chine, soit simplement convertir cette monnaie en or. Â»

Et pour reprendre la formule de Zoltan Pozsar, « la convertibilitĂ© en or l’emporte sur la convertibilitĂ© en dollars Â»â€Š

Pour le cĂ©lĂšbre analyste, la visite de Xi Ă  Ryad est l’équivalent du pacte du Quincy. Le 14 fĂ©vrier 1945, de retour de la confĂ©rence de Yalta, le prĂ©sident amĂ©ricain Roosevelt rencontrait le roi saoudien Ibn Saud Ă  bord du croiseur USS Quincy, jetant les bases de l’amitiĂ© entre l’Arabie saoudite et les États-Unis.

77 ans plus tard, cette alliance vacille. L’Arabie saoudite « flirte intensĂ©ment avec la Chine et les BRICS. En outre, elle aimerait commercer avec l’Europe en euros, ce qui signifie qu’elle aspire Ă©galement Ă  un systĂšme multipolaire Â», commentent S&V.

Pour Zoltan Pozsar, l’équation est simple : « pĂ©trole du Conseil de coopĂ©ration du Golfe s’Ă©coulant vers l’Est + facturation en renminbi = aube du pĂ©troyuan Â»â€Š donc crĂ©puscule du pĂ©trodollar.

Ce n’est pas tout.

6-10 mars 2023 : quand Xi rĂ©tablit la paix au Moyen-Orient

Déclarations de guerre et traités de paix sont choses communes au Moyen-Orient.

Mais le traité dont nous parlent S&V est particulier.

« AprĂšs des dĂ©cennies d’hostilitĂ©, l’Arabie saoudite et l’Iran se parlent Ă  nouveau. Et la mĂ©diation est venue de PĂ©kin, et non de Washington. [
] Bien entendu, l’accord ne signifie pas que les profonds clivages entre les sunnites d’Arabie saoudite et les chiites d’Iran ont soudainement disparu. Il s’agit cependant d’un premier pas, non seulement pour les deux États du Golfe mais aussi pour la Chine, qui fait soudainement preuve d’une grande habiletĂ© diplomatique. Â»

Ce coup de maĂźtre diplomatique ne se limite Ă  un rapprochement historique entre les deux nations du Golfe. Comme le soulignent S&V, « de nouveaux accords commerciaux ont Ă©tĂ© conclus pour des livraisons de pĂ©trole et de gaz qui seront rĂ©glĂ©es en yuans. Â»

Et voilà un clou de plus dans le systÚme des pétrodollars.

Mentionnons au passage le rapprochement entre la Syrie et l’Arabie saoudite intervenu dĂ©but mai, cette fois-ci non pas sous l’égide de PĂ©kin mais grĂące Ă  la mĂ©diation de Moscou.

Ces derniers temps, les choses changent vite au Moyen-Orient


Mais c’est sans doute la rencontre suivante qui a Ă©tĂ© le plus mĂ©diatisĂ©e.

21 mars 2023 : la “Chussia”, oĂč quand la Russie et la Chine deviennent plus proches que jamais (alliance russo-chinoise)

Chine ou Russie : qui est le plus gros/grand poids lourd gĂ©opolitique ?

Le 21 mars 2023, Xi a rendu visite Ă  Poutine Ă  Moscou. Il s’agissait du premier voyage officiel Ă  l’étranger du prĂ©sident chinois depuis sa réélection.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les deux dirigeants autoritaires ont resserrĂ© les liens Ă©conomiques, militaires et diplomatiques qui unissent leurs deux pays. En particulier, la Chine achĂšte une grande partie du pĂ©trole que la Russie vendait auparavant Ă  l’Allemagne et aux États-Unis.

Oui, le monde va changer. Avec des « changements comme nous n’en avons pas connu depuis 100 ans Â», a dĂ©clarĂ© Xi Jinping le 22 mars 2023. Ce Ă  quoi Poutine a rĂ©pondu : « je suis d’accord. Â»

Comme l’indiquent S&V, « le message est clair : la Russie et la Chine font front commun. Du moins pour le moment. Elles ont un objectif commun : un nouvel ordre mondial qui ne se limite pas Ă  une seule superpuissance. Â»

C’est l’union « du plus grand producteur de matiĂšres premiĂšres (la Russie) et de l’usine du monde (la Chine) Â», la « Chussia Â», pour reprendre la formule de Zoltan Pozsar.

Mais la Chine ne compte pas en rester au statut de simple usine


Comment le renminbi est-il en train de devenir une monnaie de rĂ©serve et d’Ă©change ?

Pas aprĂšs pas, le renminbi est en train de devenir une monnaie de rĂ©serve et d’Ă©change.

Comme le relĂšvent S&V, « en 2010, la Chine [
] n’utilisait pratiquement pas le renminbi pour ses transactions commerciales. En revanche, Ă  la fin du mois de mars [2023], pour la premiĂšre fois, la Chine a rĂ©alisĂ© plus de ventes en renminbi qu’en dollar amĂ©ricain, lequel reprĂ©sentait encore 83% du commerce extĂ©rieur de la Chine en 2010. [
] Les sanctions imposĂ©es par l’Occident Ă  la Russie et Ă  ses rĂ©serves ont jouĂ© un rĂŽle important dans ce processus. Â»

VoilĂ  pour l’aspect monnaie d’échange dans le commerce international.

Jusqu’à prĂ©sent, il semblait cependant impossible que la Chine ne parvienne Ă  transformer le renminbi en monnaie de rĂ©serve. Pour arriver Ă  cette fin, on pensait que PĂ©kin devrait libĂ©raliser la circulation transfrontaliĂšre des capitaux et rendre sa monnaie complĂštement convertible.

Or comme le soulignent S&V, la Chine pourrait avoir trouvĂ© « de nouveaux moyens de faire du renminbi une monnaie de rĂ©serve sans lever le contrĂŽle des capitaux ni ouvrir son compte de capital. Â» En effet, comme l’explique l’économiste Barry Eichengreen, « la Chine devra poursuivre la libĂ©ralisation de son compte de capital. Mais avec l’aide du financement des importations, du remboursement des dettes, des infrastructures de paiement, des swaps de devises et des marchĂ©s offshore, le renminbi peut encore gagner un rĂŽle plus important. Â»

Zlotan Pozsar confirme cette analyse, et pousse le raisonnement encore plus loin. Voici ce que dĂ©clare l’analyste dans l’interview exclusive qu’il a accordĂ©e Ă  S&V : « il existe un mĂ©canisme par lequel la Chine va fournir au monde les renminbis que le monde n’a pas mais dont il aura besoin pour importer des produits de Chine, et il s’agit des lignes de swap. Il ne s’agira pas d’un plan Marshall, mais il existe des mĂ©canismes par lesquels la Chine va injecter de l’argent dans le systĂšme.

DeuxiĂšmement, la Chine a rouvert le guichet de l’or Ă  Shanghai avec le Shanghai Gold Exchange. La convertibilitĂ© des renminbis offshore en or, si quelqu’un le souhaite, est un autre Ă©lĂ©ment important. La facturation du pĂ©trole en renminbi a lieu depuis plusieurs annĂ©es, avec tous les suspects habituels (la Russie, l’Iran, le Venezuela) mais elle va maintenant avoir lieu avec les Saoudiens et les pays du Conseil de coopĂ©ration du Golfe en gĂ©nĂ©ral. Nous commençons Ă  voir des contrats de cuivre dont le prix est fixĂ© en renminbi avec le BrĂ©sil. [
]

L’autre chose que je dirais Ă  propos de la question des monnaies de rĂ©serve est la suivante : les gens ont des rĂ©serves de dollars parce qu’ils en ont besoin en cas de crise. Ce type de raisonnement et ce langage corporel des banques centrale est nĂ© Ă  une Ă©poque oĂč il n’y avait pas de lignes de swap en dollars. Et parce que vous saviez que si vous Ă©tiez Ă  court de dollars, la prochaine chose que vous auriez Ă  faire serait de vous adresser au FMI, ce qui serait trĂšs difficile et douloureux. Or, la Chine a une ligne de swap avec tout le monde. Par consĂ©quent, personne n’aura Ă  accumuler des renminbis pour pouvoir commercer avec la Chine. Si ces lignes de swap avaient existĂ© dans les annĂ©es 1980, l’Asie du Sud-Est aurait connu une crise financiĂšre diffĂ©rente de celle de 1997 – il s’agissait d’une crise de liquiditĂ©. Aujourd’hui, nous traitons les crises de liquiditĂ© par le biais de lignes de swap.

Si je mentionne cela, c’est parce que je ne pense pas que c’est une accumulation de renminbis par certains pays qui va permettre Ă  la monnaie chinoise de devenir une monnaie de rĂ©serve ; elle sera gĂ©rĂ© par des lignes de swap. [
]

C’est ainsi que je vois la Chine et le renminbi en tant que monnaie de rĂ©serve : plutĂŽt comme un service d’Ă©change et de facturation, ou quelque chose comme ça. »

Monnaie de rĂ©serve en tant que telle ou « service d’échange et de facturation Â», du point de vue amĂ©ricain, le rĂ©sultat sera le mĂȘme : une diminution de la demande de bons du TrĂ©sor, donc une menace vis-Ă -vis du privilĂšge exorbitant du dollar.

En route vers « l’épreuve de force finale Â» (relation Asie, Russie, Chine, Inde, France, ONU
)

VoilĂ  des annĂ©es que la Chine Ɠuvre Ă  une refonte de l’ordre international.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 fĂ©vrier 2022, l’Ă©volution de la situation s’est accĂ©lĂ©rĂ©e. Comme l’indiquent S&V, « en 2023, nous sommes passĂ©s de prĂ©paratifs plutĂŽt passifs Ă  une rĂ©orientation active de l’Orient sous l’impulsion de la Chine [
] MĂȘme si nous n’en sommes pas encore Ă  l’Ă©preuve de force finale, il semble que nous entrions dans le dernier tour [de la partie] Â».

Pour appréhender exactement de quoi il retourne, il manque encore quelques piÚces à notre puzzle.

La semaine prochaine, je vous parlerai de la colonne de pays que veulent rejoindre les BRICS. Et oui car les non-alignĂ©s sont en train de s’aligner, et pas sur le camp occidental


À lundi !

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Perrin, Nicolas
DiplĂŽmĂ© de l’IEP de Strasbourg, du CollĂšge d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, Nicolas Perrin a dĂ©butĂ© sa carriĂšre en tant que conseiller en gestion de patrimoine. Auteur de l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence "Investir sur le MarchĂ© de l’Or : Comprendre pour Agir", il est dĂ©sormais rĂ©dacteur indĂ©pendant. Il s’intĂ©resse au libĂ©ralisme, Ă  l’économie et aux marchĂ©s financiers, en particulier aux mĂ©taux prĂ©cieux et aux crypto-actifs, sans oublier la gestion de patrimoine. Twitter : @Nikookaburra

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