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Le Napoléon 20 francs est, sans conteste, la pièce d’or emblématique française. Elle est frappée pour la première fois à partir de 1803 : c’est l’avènement du franc germinal et la fin du Louis d’or. Mais c’est véritablement pendant le règne de Napoléon III que cette pièce devient une référence. Comment cette pièce d’or est-elle devenue aussi incontournable ? Voici son histoire et ses caractéristiques.

Une pièce historique née après la Révolution française

Les lois des 7 et 17 germinal an XI de la République (28 mars et 7 avril 1803) révolutionnent – c’est le cas de le dire – le système monétaire français. Elles instaurent le franc germinal et le bimétallisme. C’est la fin des Louis d’or de l’Ancien Régime : le profil de Napoléon Bonaparte, premier consul puis empereur, remplace celui du roi.

La première pièce française de 20 francs en or mesure 21 mm de diamètre et pèse 6,45 grammes. Son or est pur à 900 millièmes. Elle remplace les célèbres Louis d’or de l’Ancien Régime tout en s’en démarquant par un poids un peu inférieur (20/24e) et surtout en portant désormais une valeur faciale. Cette première pièce, dessinée par le graveur Pierre-Joseph Tiolier, porte la tête de Bonaparte et les mots « Bonaparte Premier Consul » sur son avers, ainsi que « République française » sur son revers.

Par décret du 7 messidor An XII (26 juin 1804) la tête change pour une gravure de Jean-Pierre Droz et une légende « Napoléon Empereur », mais toujours « République française » au revers. Et, enfin, par décret du 22 octobre 1808, le revers mentionne « Empire français ». La légende du Napoléon (que les Français surnomment aussi jaunet) est en marche !

Bon à savoir : La pièce d'or 20 francs Napoléon est aussi souvent appelé Louis d'or. Pour respecter la coutume de la Chandeleur, par exemple, qui veut que l'on fasse sauter des crêpes avec un Louis d'or dans la main, vous pouvez tout à fait utiliser un Napoléon 10 francs ou un Napoléon 20 francs. 

Le Napoléon, une pièce qui résiste aux régimes politiques et franchit les frontières

Sur l’avers de la pièce, un empereur, un roi ou encore la République

De sa création à sa disparition, en 1914, cette pièce de 20 francs en or, que nous appelons aujourd’hui Napoléon, sera frappée par tous les régimes qui se succèdent. Les caractéristiques, c’est-à-dire le diamètre, le poids et le titre, ne changent jamais : la pièce d’or conserve la même pureté à 900 millièmes.

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Seules les typologies vont changer, offrant les portraits successifs de Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe, Cérès (Seconde République), Napoléon III et enfin le Génie et Marianne (IIIᵉ République). Vous observerez aussi des différences entre une pièce de 20 francs or Napoléon III tête laurée ou tête nue. Les amateurs peuvent donc se constituer une collection de ces divers portraits. Mais attention, une partie de ces pièces peuvent avoir des valeurs très supérieures aux cours du fait de leur rareté numismatique (voir ci-dessous).

La pièce d’or référence de l’Union latine

La pièce de 20 francs or Napoléon est aussi le socle à l’Union Latine, au cours du Second Empire. Cette union monétaire, signée à Paris sous Napoléon III le 23 décembre 1865, visait à uniformiser les monnaies d’or et d’argent circulant dans les pays signataires. Pour l’or, la pièce de 20 francs française, le Napoléon, a servi d’étalon. Les pays signataires en 1865 étaient la France, la Belgique, la Suisse et l’Italie. Les monnaies émises étant strictement similaires, vous pouviez payer, par exemple, à Paris avec une pièce d’or de 20 lires italienne (lire Marengo) comme de 20 francs suisse (20 francs Vreneli) ou belge. L’euro avant l’Europe ! Ils seront rapidement rejoints par la Grèce, Monaco, l’Autriche-Hongrie, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, la Russie… et même certains pays d’Amérique Latine.

En savoir plus sur les pièces d'or et d'argent de l'Union latine 

La pièce Napoléon 20 francs est-elle rare ?

Valeur d’une pièce 20 francs or : tenir compte de la cotation de la pièce

Il faut bien comprendre qu’avant de devenir une pièce d’or d’investissement – ce qu’elle est aujourd’hui – le Napoléon 20 francs est avant tout une monnaie courante, avec laquelle on effectue ses paiements. Et ce, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Ce qui explique pourquoi un grand nombre de ces pièces d’or présentent aujourd’hui une certaine usure ou des altérations dues au fait qu’elles ont « traîné » dans les poches ou les « porte-louis » (inventés pour cet usage) des utilisateurs du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Et, c’est bien compréhensible, les plus petites valeurs faciales (5 francs or et 10 francs or), qui circulent davantage, sont généralement beaucoup plus usées que les fortes valeurs (50 francs et 100 francs).

En revanche, cette usure va se répercuter sur la valeur de cours de ces pièces aujourd’hui. Car seules celles en bon état sont considérées comme pièces d’investissement, c’est-à-dire ayant une valeur en lien avec leur cotation, alors que celles très abîmées vont partir « à la casse », c’est-à-dire être refondues. De ce fait, leur valeur sera inférieure à celle de la cotation. D’où l’intérêt de faire très attention à l’état des pièces Napoléon que vous achetez !

Pièce Napoléon 5 francs or.

Quelle valeur pour une pièce d’or au tirage limité ?

Autre élément de rareté : le tirage. De Napoléon Iᵉʳ jusqu’à 1870, il existait plusieurs hôtels des Monnaies en France qui frappaient les monnaies courantes. Afin de savoir où ces pièces ont été frappées, habituellement, à proximité du millésime (année de fabrication), il y a une petite lettre. Celle-ci vous indique l’atelier de fabrication. Exemple A = Paris, B = Rouen, BB = Strasbourg, K = Bordeaux…. La combinaison du millésime et de l’atelier peut être un élément important de la valeur d’une pièce, car, d’une année à l’autre et d’un atelier à l’autre, les quantités fabriquées varient énormément. Et, si vous êtes vigilants, vous pouvez passer d’une pièce d’investissement, au tirage généreux, à une pièce numismatique, au tirage très limité, et donc de beaucoup plus grande valeur.

Mais attention ! Tout d’abord, ces monnaies d’or ont été, durant certaines périodes, massivement refondues ou sorties du marché, que ce soit parce qu’elles étaient usées, ou parce que les titulaires étaient invités à les apporter aux banques, en particulier pour soutenir l’effort de guerre. Sans doute vous souvenez vous de l’affiche « Versez votre or pour la France. L’or combat pour la Victoire » de la guerre de 14-18. Vous trouverez un petit rappel de cette partie de l’histoire de la France dans cet article « L’or et la Première Guerre mondiale ». Et cela est, d’ailleurs, valable dans tous les pays de la zone de conflit. Ensuite, elles ont été également massivement la cible des bijoutiers qui les ont très souvent dénaturées en les montant en broche, pendentifs, bracelets ou autres épingles de cravate (surtout les petites pièces de 5 francs or).

Donc, même si les quantités de frappe annoncées sont élevées, cela ne correspond plus du tout à ce qui peut y avoir encore sur le marché.

Le saviez-vous ? Le Napoléon était une pièce si célèbre et si utilisée qu’elle a donné lieu à des contrefaçons… en platine. En effet, durant le règne de Napoléon III, la différence entre les cours de l’or et du platine était telle (1 à 3) que des faussaires ont fabriqué des Napoléon en platine doré. Leur poids et leur « sonnant » les rendait difficiles à détecter.  Inimaginable aujourd’hui lorsque l'on considère le cours du platine ! On en trouve encore parfois sur le marché et, bien que faux, leur côte est très élevée.

Napoléon : les différentes valeurs faciales des pièces d’or

Si le Napoléon est bien la pièce de 20 francs, il existe également des monnaies de même type portant d’autres valeurs faciales.

  • De Napoléon Iᵉʳ jusqu’à Napoléon III, la seconde pièce en or porte une valeur de 40 francs (26 mm, 12,9 g, or 900 millièmes) ;

Napoléon III, qui bénéficie durant son règne d’un afflux massif d’or dû aux grandes découvertes aux États-Unis ou en Australie, supprime la pièce de 40 francs. Il conserve celles de 10 et 20 francs, et va en créer de nouvelles, accélérant ainsi la circulation de l’or :

  • 5 francs (14 puis 17 mm, 1,6129 g, or 900 millièmes) ;
  • 50 francs (28 mm, 16,12903 g, or 900 millièmes) ;

Seule la pièce de 5 francs ne lui survivra pas.

Le Napoléon or : une vraie pièce d’investissement

Pièce d’or historique, le Napoléon de 20 francs est donc incontournable pour l’investissement. C’est une pièce d’or facilement accessible, et dont la prime de fonds avoisine le zéro, c’est-à-dire que son cours avoisine la valeur de l’or qu’elle contient. En période de crise, c’est une pièce qui est capable de belles performances. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pendant la crise de 2008 : la prime de la pièce avait alors atteint les 50 % en septembre et en octobre. Mais il ne faut pas négliger les autres valeurs faciales, toutes aussi intéressante pour d’autres raisons, et très recherchées. Notez, en sus, que, s’il existe nombre d’autres pièces de placement en or sur le marché international, le Napoléon reste, en France, la pièce la plus facile à trouver et à négocier.

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Bruno Collin
Elève d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Docteur en histoire économique et monétaire, expert numismate et journaliste. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages et de plusieurs centaines d’articles sur ce sujet, il analyse la monnaie sous tous ses multiples aspects : historique, valeur, économique, support de propagande, nerf de la guerre, objet de placement, techniques de fabrication, métaux...

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