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Or, bitcoin, monnaies complémentaires : nouvelle anarchie ou sursaut démocratique ? (2/2)


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Selon Robert Kiyosaki, auteur de best-sellers économiques comme “Rich Dad Poor Dad” ou encore “Why The Rich Are Rich Richer“, d’ici une vingtaine d’années, la monnaie fiduciaire aura perdu son caractère hégémonique au profit notamment de l’or (qui agira comme un important instrument de couverture face aux risques) ainsi que, dans une certaine mesure, des cryptomonnaies à condition qu’elles règlent leur nombreux problèmes de légitimité.

Il n’y a pas de monnaie sans confiance

En réalité, ce qui fait la force du bitcoin et consorts, c’est leur liberté, leur indépendance à l’égard de tout État ou de tout pouvoir central régulateur. Mais c’est aussi justement ce qui les perd, car les cryptomonnaies ne reposent sur rien de tangible et seule la confiance qu’on peut leur accorder leur confère une certaine valeur.

Un degré de confiance estimé habituellement en fonction de la capacité présumée des “autorités émettrices de monnaie” à honorer leurs dettes publiques et privées. Or là, il n’y a aucune autorité émettrice, aucune garantie, et le fait que les cours du bitcoin (pour ne citer que lui) aient pu flamber de 2000% en quelques mois, avant de fondre de moitié en quelques jours, a fini de tuer toute forme de confiance chez les opérateurs institutionnels.

Les métaux précieux restent une valeur sure face aux marchés en perdition

L’or et l’argent, en revanche, n’ont plus à prouver leur légitimité. L’histoire parle en leur faveur et, aujourd’hui encore, les banques centrales de tous les pays (ou presque) rivalisent d’appétit afin de se constituer de gigantesques réserves de métaux précieux.

Pour quelle raison agiraient-elles ainsi si seule la monnaie fiduciaire avait du sens aujourd’hui ? Sans doute parce que cette même monnaie-dette dont 97% échappent à l’économie réelle, ces liquidités dont les banquiers centraux inondent les marchés en quantités phénoménales, sans commune mesure avec la richesse qu’elles sont censées représenter, ces devises, comme on les appelle aujourd’hui, sont en train de toucher leurs limites.

Car si les investisseurs se frottent les mains depuis quelques mois en voyant les différents indices boursiers voler de records en records, il ne faut pas oublier que tout ce qui monte est souvent appelé à redescendre un jour ou l’autre. Ce n’est pas jouer les Cassandre que de prédire un futur krach financier, car l’économie est ainsi faite, elle est cyclique et tend naturellement vers un certain équilibre, une forme d’entropie qui n’aime pas les écarts trop marqués ni les singularités qui durent. Et là, force est de constater que les marchés sont tous orientés dans le même sens depuis trop longtemps pour qu’il n’y ait pas une correction à un moment ou à un autre.

Ajoutons à cela que c’est la dette, et seulement la dette, qui tire tous ces marchés vers le haut depuis maintenant une quinzaine d’années (avec le concours récent des banques centrales qui se sont mises à produire de la monnaie comme s’il en pleuvait) et on comprend qu’au prochain mouvement à la baisse un peu brutal, c’est une véritable réaction en chaîne qui risque de se déclencher. Un peu comme en 2008… mais en pire.

Le bitcoin, miroir déformant d’un monde en faillite ?

Certains se demandent même si le schéma présenté ces derniers mois par le bitcoin n’est pas une préfiguration en mode accéléré de ce qui attend nos marchés financiers, et en particulier les devises qui ne reposent plus sur aucune base tangible et auxquels les agents économiques sont de plus en plus réticents à accorder leur confiance.

Certes, les monnaies étatiques (qui ne sont d’ailleurs plus du ressort souverain des États) restent émises par des autorités que la plupart des agents économiques majeurs considèrent comme légitimes. Mais pour combien de temps encore ? Car on constate de plus en plus que l’influence des banquiers centraux sur les marchés (grâce à leur rôle de régulateurs notamment) tend à disparaître. Et les modèles théoriques sur lesquels on pouvait s’appuyer jusqu’ici pour prévoir l’évolution économique du monde, tous ces systèmes bien rodés ne fonctionnent plus depuis maintenant presque deux ans.

Les marchés ne répondent plus que partiellement aux actions des banques centrales, ils semblent devenus presque insensibles aux soubresauts géopolitiques qui menacent le monde, ils restent comme englués dans leurs propres lourdeurs dont il faudrait être aveugle pour ne pas voir l’origine dans l’énorme masse monétaire qui les étouffe. Cette même masse monétaire qui n’est rien d’autre qu’une dette tout aussi énorme qu’il est désormais impossible de solder et qui fait de chaque citoyen un garant solidaire malgré lui de la faillite du monde.

Prendre le meilleur de chaque système

L’or et l’argent, donc, pourraient constituer une alternative économique viable, à condition de ne pas tomber dans les travers du passé. Oublions donc l’étalon-or qui ne servirait qu’à soutenir des monnaies dont le rôle n’est plus que d’être de simples actifs spéculatifs comme les autres sur les marchés financiers.

Prenons au contraire exemple sur les autres expériences menées depuis quelque temps dans le même but louable de rendre aux individus une certaine dose d’auto-détermination. Ainsi, indépendamment de la légitimité parfois contestable des cryptomonnaies, la blockchain reste une formidable invention qui va certainement révolutionner la traçabilité et le contrôle de toutes les transactions, de manière à la fois sécurisée et (relativement) confidentielle.

De la même façon, utiliser l’or et l’argent comme sous-jacent d’une devise complémentaire qui aurait cours légal auprès de la population pour répondre aux nécessité de l’économie réelle, régler les transactions du quotidien, sans entrer en concurrence avec les devises “officielles”, voilà qui pourrait être une solution pour libérer l’initiative économique et redonner du sens à la monnaie. Quant aux devises institutionnelles et supranationales, elles poursuivraient leur existence d’actif sur les marchés financiers (comme le fit l’ECU avant d’être remplacé par l’euro), permettant également aux États de régler leurs échanges, et resteraient les garantes d’une certaine unité monétaire à l’échelle des pays ou des continents.

Cette vision apparaît certainement comme utopique, pour ne pas dire presque anarchique, et d’aucuns pourraient même y sentir les relents d’une vision rétrograde prônée par quelques partis extrémistes. Mais ce serait au contraire une parfaite illustration de la démocratie, un moyen de rendre aux peuples le pouvoir de disposer d’eux-mêmes à travers le premier outil de cohésion d’une société après la loi : la monnaie.

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A propos de Anthony Alberti

Entrepreneur depuis vingt ans dans le domaine de la communication et l'information stratégique, il a été amené à travailler plusieurs fois en partenariat avec des banques et des assurances, dont la principale matière d'œuvre était constituée de l'argent des épargnants. Peu complaisant à l'égard de leurs pratiques dont il a entrevu les coulisses, il délivre aujourd'hui régulièrement son analyse sans concession (et souvent piquante) non seulement sur les agissements des professionnels de la finance, mais aussi de tous ceux qui, de près ou de loin, se font les auteurs ou les complices des manipulations qui spolient chaque jour un peu plus les honnêtes citoyens.

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